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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2404839

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2404839

mardi 16 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2404839
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantGHANASSIA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 4 juillet 2024, Mme B A, représentée par Me Ghanassia, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) de suspendre l'exécution de la décision implicite par laquelle le préfet de l'Isère a refusé de renouveler son titre de séjour " vie privée et familiale " et la décision implicite par laquelle le préfet de l'Isère a refusé de lui renouveler un récépissé de demande de titre de séjour ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de réexaminer sa demande de renouvellement de sa carte de séjour dans un délai de 15 jours à compter de la notification de la présente ordonnance, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

4°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de 24 heures, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la condition de l'urgence est remplie : n'ayant plus de titre de séjour le versement de l'allocation pour adulte handicapé dont elle bénéficiait a été suspendu ; elle ne peut plus rendre visite à son fils resté au Cameroun alors que ce dernier est malade ;

- il y a un doute sérieux quant à la légalité des décisions attaquées qui :

- ne sont pas motivés et sa situation n'a pas fait l'objet d'un examen sérieux ;

- méconnaissent les dispositions des article L. 423-1 et L. 423-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, au regard de sa situation familiale ;

- méconnaissent les articles R. 431-15-1 et R.311-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sa demande ayant déposée hors délais pour des raisons qui lui sont extérieures ;

- méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- méconnaissent sa liberté d'aller et venir ;

- méconnaissent les dispositions de l'art R. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, compte-tenu des difficultés techniques de la plateforme ANEF ;

- sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiquée au préfet de l'Isère qui n'a pas produit de mémoire.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 4 juillet 2024 sous le numéro 2404838 par laquelle Mme A demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Doulat pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience publique du 16 juillet 2024 au cours de laquelle ont été entendus, en présence de M. Morand, greffier d'audience :

- le rapport de M. Doulat, juge des référés ;

- les observations de Me Rouvier, substituant Me Ghanassia pour la requérante.

Le préfet de l'Isère n'était ni présent ni représenté.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, ressortissante camerounaise née le 15 février 1980 est arrivée en France en 2010 selon ses déclarations. Suite à son PACS avec un ressortissant français le 19 juin 2012, elle a bénéficié de cartes de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Malgré son mariage le 29 octobre 2022, sa demande d'obtention d'une carte de séjour de dix ans a été refusée et elle a bénéficié d'une carte de séjour temporaire de 2 ans. Lors de sa demande de renouvellement de son titre de séjour le 8 décembre 2023, des difficultés rencontrées sur la plateforme ANEF ont retardé le dépôt de sa demande qui n'a finalement été possible que le 4 mars 2024, alors que son titre de séjour expirait le 6 février 2024. Aucun récépissé ne lui ayant été délivré lors du dépôt de sa demande de renouvellement de son titre de séjour, et n'ayant pas obtenu de réponse à sa demande de renouvellement, Mme A demande la suspension du refus implicite de renouveler son titre de séjour et la délivrance d'une autorisation provisoire de séjour.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". En raison de l'urgence qui s'attache au règlement du présent litige, il y a lieu d'admettre Mme A, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

En ce qui concerne l'urgence :

3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () " Aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. "

4. La condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence est en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant d'établir la réalité de circonstances particulières qui justifient que la condition d'urgence soit regardée comme remplie.

5. En l'espèce, la décision litigieuse refuse le renouvellement du titre de séjour de Mme A alors qu'elle ne bénéficie plus d'autorisation provisoire de séjour. Ainsi, la condition d'urgence est présumée satisfaite. En l'absence de toute contestation sur ce point en défense, cette condition est remplie.

En ce qui concerne le doute sérieux quant à la légalité de la décision :

6. En l'état de l'instruction, et en l'absence d'observations du préfet de l'Isère, les moyens tirés du défaut de motivation et de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et de l'art sont propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige.

7. Dans ces conditions, il y a lieu d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision implicite refusant le renouvellement du titre de séjour de Mme A.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

8. La suspension de l'exécution de la décision par laquelle le préfet de l'Isère a implicitement rejeté la demande de renouvellement de titre de séjour présentée par Mme A n'implique pas qu'un titre de séjour soit délivré à l'intéressée. En revanche, elle implique que le préfet de l'Isère procède au réexamen de la situation administrative de l'intéressée dans un délai de deux mois et lui délivre dans un délai de cinq jours une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, valable jusqu'à l'intervention d'une nouvelle décision à la suite de ce réexamen ou jusqu'à ce qu'il ait été statué par le tribunal sur la requête au fond n°2404838. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

9. Il y a lieu, sous réserve de l'admission définitive de la requérante à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 600 euros à Me Ghanassia, avocate de Mme A, en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à la requérante par le bureau d'aide juridictionnelle, la même somme sera directement versée à Mme A en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : Mme A est admise provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'exécution du refus implicite du préfet de l'Isère de délivrer à Mme A un titre de séjour est suspendue.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de l'Isère de réexaminer la situation administrative de Mme A dans un délai de deux mois et, dans cette attente, de lui délivrer, dans un délai de cinq jours à compter de la notification de la présente décision, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, valable jusqu'à l'intervention d'une nouvelle décision ou jusqu'à ce qu'il ait été statué au fond sur la requête tendant à l'annulation de la décision refusant de lui délivrer un titre de séjour.

Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de Mme A à l'aide juridictionnelle, l'Etat versera à la somme de 600 euros à son conseil, Me Ghanassia, en application des dispositions de l'article de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme A, la même somme lui sera versée en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A, à Me Ghanassia et au ministre de l'intérieur et des outre-mer. Copie en sera adressée au préfet de l'Isère.

Fait à Grenoble, le 16 juillet 2024.

Le juge des référés,

F. Doulat

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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