mardi 3 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2404978 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Juge unique 6 |
| Avocat requérant | IBINGA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 9 juillet 2024 et le 23 août 2024, M. A, représenté par Me Ibinga, demande au tribunal :
1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler l'arrêté du 18 juin 2024 par lequel le préfet de la Haute-Savoie l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination en cas d'exécution forcée de la mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Savoie de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
M. A soutient que :
L'arrêté pris dans son ensemble
- est entaché d'incompétence ;
- a été pris au terme d'une procédure viciée par la méconnaissance de son droit d'être entendu ;
Chacune des décisions
- méconnaît l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
Les décisions portant obligation de quitter et interdiction de retour sont insuffisamment motivées.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme B en application de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Bonino, greffière d'audience, Mme B a présenté son rapport et entendu les observations de Me Huard, substituant Me Ibinga et représentant M. A.
A l'audience, Me Huard soulève un nouveau moyen à l'encontre de l'interdiction de retour sur le territoire français, tiré du risque de séparation de la famille dès lors que la compagne du requérant a présenté une demande d'asile en cours d'examen et qu'elle est enceinte de deux mois.
1. M. A, ressortissant guinéen, né en 1984, soutient être entré en France le 26 avril 2022. Le bénéfice d'une protection au titre de l'asile lui a été refusé par une décision de l'office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) du 24 novembre 2023, confirmé par la cour nationale du droit d'asile le 15 avril 2024. Par l'arrêté attaqué du 18 juin 2024, le préfet de la Haute-Savoie lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et l'a interdit de retour sur le territoire français.
2. Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. A de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
3. En premier lieu, l'arrêté a été signé par M. David-Anthony Delavoët, secrétaire général de la préfecture, qui bénéficiait d'une délégation de signature accordée par le préfet de la Haute-Savoie par arrêté du 15 décembre 2022, régulièrement publié. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté manque en fait et doit être écarté.
4. En deuxième lieu et d'une part, l'arrêté vise le 4° de l'article L. 611-1 et les articles L. 612-1, L. 612-8, L. 612-10 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont le préfet a fait application et mentionne la situation administrative et personnelle de l'intéressé. D'autre part, le préfet a mentionné le caractère récent du séjour de M. A, l'absence de précédente mesure d'éloignement, de lien avec la France en dehors du cercle familial et de menace pour l'ordre public. Les décisions portant obligation de quitter le territoire et interdiction de retour comportent ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Le moyen tiré de l'insuffisance de la motivation doit donc être écarté.
5. En troisième lieu, le droit d'être entendu avant l'édiction d'une obligation de quitter le territoire français non concomitante au refus de délivrance d'un titre de séjour, garanti par l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, implique que l'autorité préfectorale mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne. Toutefois, la méconnaissance de ce droit n'entraîne l'annulation de la décision prise au terme de la procédure administrative en cause que si, en l'absence de cette irrégularité, cette procédure régulièrement conduite pouvait aboutir à un résultat différent.
6. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant aurait été empêché de présenter ses observations avant que ne soit prise la décision litigieuse. Il ne fait, en outre, état dans la procédure d'aucune information susceptible d'influer sur le sens de la décision contestée qu'il aurait vainement souhaité faire valoir. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que les décisions en litige sont intervenues à l'issue d'une procédure par la méconnaissance du principe général du droit de l'Union européenne d'être entendu.
7. En quatrième lieu, M. A était en France depuis deux ans seulement à la date de l'arrêté attaqué. S'il se prévaut de la présence de son épouse sur le territoire, celle-ci n'y est arrivée que très récemment, ses empreintes ayant été relevées en Italie le 29 mai 2024. L'intéressé indique que sa sœur est également en France sans toutefois préciser les liens qu'il entretiendrait avec elle ou la situation administrative de celle-ci. Par ailleurs, les attestations émanant du club sportif athlétique et de la mairie de Poisy, qui font part des qualités éducatives de l'intéressé et soulignent son investissement dans la vie de la commune, demeurent insuffisantes pour fixer le centre de ses intérêts en France. Il en est de même de la production d'une promesse d'embauche pour un contrat à durée déterminée en qualité d'aide électricien, qui est en tout état de cause postérieure à l'arrêté attaqué. Dans ces conditions et alors qu'il est constant que trois des enfants de M. A vivent en Guinée, le préfet de la Haute-Savoie n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et n'a dès lors pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Dans les mêmes circonstances, l'arrêté attaqué n'est pas entaché d'erreur manifeste d'appréciation.
8. Enfin, si M. A fait valoir que l'interdiction de retour sur le territoire français, comporte un risque de séparation de la famille, les deux circonstances dont il se prévaut à cet égard sont postérieures à l'arrêté attaqué dès lors que le début de grossesse de sa compagne est évalué au 22 juin 2024 et surtout que la demande d'asile de cette dernière a été introduite le 3 juillet 2024. Par suite, la décision portant interdiction de retour sur le territoire français n'est pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée dans toutes ses conclusions.
D E C I D E :
Article 1er: M. A est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Me Ibinga et au préfet de la Haute-Savoie.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 septembre 2024.
La magistrate désignée,
A. BLa greffière,
J. Bonino
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026