mardi 3 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2404987 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Juge unique 6 |
| Avocat requérant | HUARD |
Vu les procédures suivantes :
I- Par une requête, enregistrée le 9 juillet 2024 sous le n°2404987, M. D, représenté par Me Huard demande au tribunal :
1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler l'arrêté du 17 juin 2024 par lequel le préfet de l'Isère l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination en cas d'exécution forcée de la mesure d'éloignement et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;
3°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
La décision portant obligation de quitter le territoire français :
- est insuffisamment motivée ;
- méconnaît l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'un défaut d'examen particulier et complet de sa situation ;
- a été prise au terme d'une procédure viciée par la méconnaissance du droit d'être entendu ;
- méconnaît l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- méconnaît l'article 3§1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
La décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- est insuffisamment motivée ;
- est disproportionnée et entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
Des pièces ont été enregistrées pour le préfet de l'Isère le 20 août 2024.
II- Par une requête, enregistrée le 9 juillet 2024 sous le n°2404988, Mme C, représentée par Me Huard demande au tribunal :
1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler l'arrêté du 17 juin 2024 par lequel le préfet de l'Isère l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination en cas d'exécution forcée de la mesure d'éloignement et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;
3°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
La décision portant obligation de quitter le territoire français
- est insuffisamment motivée ;
- méconnaît l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'un défaut d'examen particulier et complet de sa situation ;
- a été prise au terme d'une procédure viciée par la méconnaissance du droit d'être entendu ;
- méconnaît l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- méconnaît l'article 3§1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
La décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- est insuffisamment motivée ;
- est disproportionnée et entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
Des pièces ont été enregistrées pour le préfet de l'Isère le 20 août 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme E en application de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Bonino, greffière d'audience, Mme E a présenté son rapport et entendu les observations de Me Huard, représentant M. D et Mme C.
Me Haurd doit être regardé comme soulevant à l'audience le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation à l'encontre de la décision lui refusant un délai de départ volontaire puisque le certificat médical versé au dossier recommande un suivi de six mois de l'état de santé de M. D.
Considérant ce qui suit :
1. Les requêtes visées ci-dessus concernent un couple et présentent à juger les mêmes questions. Elles ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour y statuer par un seul jugement.
2. M. D et Mme C, ressortissants macédoniens, nés en 1973 et 1979, soutiennent être entrés, pour la dernière fois, en France le 4 novembre 2023. Le 21 décembre 2023, ils ont sollicité le réexamen de leurs demandes d'asile, qui a été jugé irrecevable par l'office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) par des décisions du 31 janvier et 6 février 2024, respectivement notifiées les 14 et 21 février 2024. Par les arrêtés attaqués du 17 juin 2024, le préfet de l'Isère leur a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à leur encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.
Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :
3. Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur les requêtes de M. D et Mme C de prononcer leur admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
4. M. D n'a pas formé de demande de titre de séjour sur le fondement de son état de santé. Il justifie qu'il est suivi en addictologie depuis novembre 2023 et produit, par ailleurs, un unique certificat médical établi le 8 juillet 2024 par un médecin généraliste qui indique que l'intéressé " a subi récemment une pose de stent en mai 2024 dans le cadre d'un syndrome coronaire aigu ", que le traitement (non précisé) et le suivi médical justifient qu'il reste en France durant les six mois à venir. M. D établit qu'il a été hospitalisé du 14 au 18 mai 2024.
En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français
5. En premier lieu, les arrêtés attaqués comportent les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et permettent aux intéressés de les contester utilement. La circonstance que les arrêtés ne mentionnent pas l'état de santé de M. D n'est pas, par elle-même, constitutive d'une insuffisance de motivation, de plus fort alors que rien ne permet de retenir que le requérant, qui a fait établir un certificat médical le 8 juillet 2024, en aurait fait part en temps utile aux services de la préfecture. Les arrêtés attaqués sont par suite suffisamment motivés et le moyen doit être écarté.
6. En deuxième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 613-1 du même code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit. "
7. Les requérants soutiennent que les décisions litigieuses sont entachées d'un défaut d'examen particulier de leur situation personnelle au regard de ces dispositions, faute de mentionner l'état de santé de M. D. Toutefois, les dispositions précitées n'ont ni pour objet ni pour effet d'imposer au préfet de faire état de toutes les circonstances relatives à la situation des intéressés. L'état de santé de M. D n'apparaît pas de nature à caractériser une considération humanitaire au sens de ces dispositions. Enfin, ainsi qu'il a été dit, aucun élément ne permet de retenir que cet état de santé était connu du préfet, qui a dûment examiné la situation du couple telle qu'elle lui était connue.
8. En troisième lieu, M. D, qui indique sans pièce ni précision, que sa pathologie coronaire présenterait un caractère chronique, pouvait en faire état lors de ses demandes au titre de l'asile, notamment lors du réexamen demandé le 17 janvier 2024 ou par une demande de titre de séjour. A supposer même que cette pathologie coronaire ne serait apparue que le 14 mai 2024, il demeurait loisible aux intéressés d'en informer le préfet avant l'édiction des mesures contestées le 17 juin 2024. Le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu doit être écarté.
9. En quatrième lieu, les requérants sont entrés pour la dernière fois en France le 4 novembre 2023, soit depuis sept mois à la date des arrêtés attaqués. Ils ne se prévalent ni d'un lien personnel ou familial, ni d'une insertion professionnelle en France. L'unique pièce mentionnée au point 4 est insuffisante pour établir la réalité du traitement et la nécessité qu'un éventuel suivi se déroule nécessairement en France. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que les mesures d'éloignement et les interdictions de retour prononcées à leur encontre méconnaitraient les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou seraient entachées d'erreur manifeste d'appréciation.
10. En cinquième lieu, si les requérants font valoir qu'ils sont parents de quatre enfants mineurs dont l'un souffre d'une situation médicale extrêmement fragile, ils ne donnent aucune précision et ne versent aucun élément médical sur ce point. La seule circonstance que deux d'entre eux sont scolarisés ne peut caractériser une méconnaissance de leur intérêt supérieur. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.
En ce qui concerne les décisions fixant le pays de destination
11. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas () ".
12. Il résulte de ce qui a été dit au point 9 que les pièces du dossier relatives à l'état de santé de M. D ne permettent pas de considérer que le préfet aurait manifestement dû accorder aux requérants un délai de départ supérieur à trente jours.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français
13. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que les requérants ne sont pas fondés à soutenir que les décisions portant interdiction de retour sur le territoire français sont privées de base légale du fait de l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français.
14. En deuxième lieu, les arrêtés litigieux visent l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui constitue le fondement légal des décisions leur faisant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an et énumère les différents critères prévus par l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le préfet a examiné la situation personnelle des requérants au regard de l'ensemble desdits critères. Le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
15. En troisième lieu, pour interdire aux requérants de retourner sur le territoire français durant un an, le préfet de l'Isère s'est fondé sur la circonstance qu'ils sont entrés récemment sur le territoire français, et qu'ils ne disposent pas de liens personnels anciens et stables en France. En conséquence, nonobstant l'absence de menace à l'ordre public, et compte tenu de la durée de l'interdiction, les décisions attaquées ne sont ni disproportionnées ni entachées d'une erreur d'appréciation.
16. Il résulte de tout ce qui précède que M. D et Mme C ne sont pas fondés à demander l'annulation des arrêtés attaqués. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte et celles relatives aux frais de l'instance doivent également être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er: M. D et Mme C sont admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B D, à Mme A C, à Me Huard et au préfet de l'Isère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 septembre 2024.
La magistrate désignée,
A. ELa greffière
J. Bonino
La République mande et ordonne au préfet de l'Isère, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2 2404988
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026