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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2404996

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2404996

lundi 14 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2404996
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème Chambre
Avocat requérantALBERTIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 juillet 2024, Mme C, représentée par Me Albertin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 novembre 2023 par lequel le préfet de la Drôme a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai d'un mois et a fixé le pays à destination duquel elle serait éloignée ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Drôme, dans un délai de deux mois à compter de la décision à intervenir, de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, de réexaminer sa situation et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros qui sera versée à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Mme B soutient que :

Sur la décision de refus de titre de séjour :

- cette décision a été signée par une autorité incompétente ;

- le préfet, à défaut d'avoir saisi la commission du titre de séjour, a entaché sa décision d'un vice de procédure ;

- le préfet a méconnu les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'elle remplissait les conditions prévus par le premier alinéa de cet article ;

- le préfet a méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation ;

Sur la décision d'obligation de quitter le territoire français :

- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;

- le préfet a méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire, enregistré le 10 septembre 2024, le préfet de la Drôme conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 2 mai 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Argentin a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, de nationalité gabonaise, née en 2002, est entrée en France le le 26 janvier 2021 sous couvert d'un visa long séjour valant titre de séjour étudiant valable du 12 janvier 2021 au 12 janvier 2022. Le 31 juillet 2023, Mme B a sollicité, sur le fondement des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le renouvellement de son titre de séjour étudiant. Par l'arrêté attaqué du 17 novembre 2023, le préfet de la Drôme a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions en annulation :

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

2. La décision contestée a été signée par M. Cyril Moreau, secrétaire général de la préfecture de la Drôme, qui avait reçu, à cette fin, une délégation consentie par arrêté du préfet de la Drôme du 21 août 2023, régulièrement publiée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée manque en fait et doit être écarté.

3. Aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : / 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; / 2° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer la carte de résident prévue aux articles L. 423-11, L. 423-12, L. 424-1, L. 424-3, L. 424-13, L. 424-21, L. 425-3, L. 426-1, L. 426-2, L. 426-3, L. 426-6, L. 426-7 ou L. 426-10 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; / 3° Lorsqu'elle envisage de retirer le titre de séjour dans le cas prévu à l'article L. 423-19 ; / 4° Dans le cas prévu à l'article L. 435-1 ".

4. Aucune des dispositions de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne prévoit la saisine de la commission du titre de séjour s'agissant de la demande de délivrance d'un titre de séjour portant la mention " étudiant ". Par suite, le moyen tiré du vice de procédure en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour est inopérant et doit être écarté.

5. Aux termes de l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire () est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1 ". Aux termes de l'article L. 422-1 du même code : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. / En cas de nécessité liée au déroulement des études () l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".

6. Lorsque Mme B à nouveau sollicité un titre de séjour en qualité d'étudiante, son précédent titre de séjour étudiant était expiré depuis un an et demi. Au cours de cette période, Mme B a séjourné irrégulièrement en France. Sa demande de renouvellement de titre de séjour devait, dès lors, être regardée comme une première demande à l'appui de laquelle l'intéressée n'a présenté ni visa long séjour ni demande de dérogation à cette obligation prévue par l'article L. 422-1 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, après avoir constaté qu'elle ne remplissait pas l'une des conditions de délivrance du titre de séjour étudiant posée par l'article L. 412-1 du même code, le préfet de la Drôme devait, pour ce seul motif, lui refuser la délivrance du titre de séjour demandé. Par conséquent, Mme B ne peut utilement se prévaloir de son inscription en première année de licence de droit et du caractère réel et sérieux de ses études. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

7. Mme B, qui est entrée en France à l'âge de 18 ans, n'est présente sur le territoire français que depuis 2 ans et 9 mois à la date de l'arrêté attaqué. Mme D n'établit pas avoir en France des liens privés anciens, intenses et stables alors qu'elle n'est pas dépourvue de tous liens familiaux dans son pays d'origine où résident notamment ses parents et les membres de sa fratrie. Ainsi, eu égard aux conditions et à la durée de son séjour en France, le préfet de la Drôme n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, Mme B n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, ce moyen doit être écarté.

8. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point précédent, le préfet de la Drôme n'a pas davantage entaché sa décision de refus de délivrance de titre de séjour d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur la situation personnelle de Mme B.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

9. L'exception d'illégalité du refus de titre de séjour doit être écarté pour les motifs exposés aux points précédents.

10. Les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux précédemment exposés.

Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions en annulation de la requête doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

11. Le présent jugement, qui rejette la requête de Mme B, n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions susvisées ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions tendant à la prise en charge des frais non compris dans les dépens :

12. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que les frais exposés en cours d'instance et non compris dans les dépens soient mis à la charge de l'Etat, qui, dans la présente instance, n'est pas la partie perdante.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C, à Me Albertin et au préfet de la Drôme.

Délibéré après l'audience du 24 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Bedelet, présidente,

M. Argentin, premier conseiller,

Mme Naillon, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 octobre 2024.

Le rapporteur,

S. Argentin

La présidente,

A. Bedelet

Le greffier,

P. Muller

La République mande et ordonne au préfet de la Drôme en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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