vendredi 12 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2405045 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | DIOUF-GARIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et deux mémoires enregistrés les 10 et 12 juillet 2024, l'un à 9h43, l'autre à 11h55, M. C B, représenté par Me Diouf demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler la décision du 8 juillet 2024 par laquelle le préfet de l'Isère lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et interdiction de circulation sur le territoire pour une durée d'un an ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :
- la décision est entachée d'erreur de droit au regard des dispositions des articles 27 et 28 de la directive de 2004 : il a acquis un droit au séjour permanent en application de l'article L. 234-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile du fait de son temps de présence en France ; cette mesure, faisant obstacle au prononcé d'une obligation de quitter le territoire français, est disproportionnée au regard de son insertion et de la présence en France de ses deux enfants alors qu'aucune raison impérieuse d'ordre public ou de sécurité publique n'est invoquée par le préfet ;
- pour les mêmes motifs, la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnaît en outre l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales compte tenu de son temps de présence en France, de son insertion, de la présence ses deux enfants sur le territoire, ainsi que de l'absence de tout lien avec son pays d'origine.
S'agissant de l'absence de délai de départ volontaire :
- la décision est entachée de défaut de motivation, d'erreur de droit et de violation de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile faute pour le préfet d'établir l'urgence caractérisant la nécessité de la mesure prescrite.
S'agissant de l'interdiction de retour d'un an sur le territoire :
- la décision doit est fondée sur l'obligation de quitter le territoire français, laquelle est entachée d'illégalité pour les motifs précédemment invoqués.
Par un mémoire en défense, enregistré le 11 juillet 2024, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.
Il soutient que sa décision n'est pas entachée d'illégalité et que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la directive 2004/38/CE du parlement européen et du conseil du 29 avril 2004 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme A comme juge du contentieux des mesures prévues par les articles L. 614-2 à L. 614-15 et L. 572-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers, notamment en cas de placement en rétention ou d'assignation à résidence, et des mesures prévues par l'article L. 754-4 du même code.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendues au cours de l'audience publique du 12 juillet, à 10h15 :
- le rapport de Mme A,
- les observations de Me Diouf, avocate de M. B, laquelle invoque un nouveau moyen à l'encontre de la décision portant interdiction de circulation sur le territoire, tiré de ce qu'une telle mesure ne peut être opposée aux ressortissants européens bénéficiant de la qualité de ressortissant permanent.
Le préfet de l'Isère n'était ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée le 12 juillet 2024 à 12h.
Des pièces complémentaires, enregistrées le 12 juillet 2024, ont été produites par Me Diouf postérieurement à la clôture d'instruction. Elles n'ont pas été communiquées.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant polonais né le 6 novembre 1974, a été à plusieurs reprises interpellé entre 2023 et 2024 pour menace de mort avec ordre de remplir une condition, commise par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité. Il a, en outre, été interpellé trois fois entre septembre 2023 et mars 2024 pour des faits de harcèlement de personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié par un pacte civil de solidarité suivi d'incapacité n'excédant pas 8 jours, ainsi que pour non-respect d'une obligation ou interdiction imposée par le juge aux affaires familiales dans une ordonnance de protection d'une victime de violences familiales ou de menace de mariage forcé. Il est encore interpellé en avril 2024 pour violation par une personne physique d'une interdiction prononcée pour le contrôle judiciaire d'une personne morale. Il est condamné le 29 mai 2024 par le Tribunal correctionnel de Grenoble à 18 mois d'emprisonnement pour non-respect d'une obligation ou interdiction imposée par le juge aux affaires familiales dans une ordonnance de protection d'une victime de violences familiales ou de menace de mariage forcé et harcèlement de personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié par un pacte civil de solidarité suivi d'incapacité n'excédant pas 8 jours. Par un arrêté du 8 juillet 2024, le préfet de l'Isère lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et lui a fait interdiction de circulation sur le territoire français pour une durée d'un an. M. B, dont la date prévisionnelle de libération est prévue le 14 juillet 2024, demande l'annulation de cet arrêté.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. / () ".
3. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté :
4. La directive 2004/38/CE du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004 détermine les conditions dans lesquelles les Etats membres peuvent restreindre la liberté de circulation et de séjour d'un citoyen de l'Union européenne ou d'un membre de sa famille. L'article 28 de cette directive impose la prise en compte de la situation individuelle de la personne en cause avant toute mesure d'éloignement, notamment de la durée de son séjour, de son âge, de son état de santé, de sa situation familiale et économique, de son intégration sociale et culturelle et de l'intensité de ses liens avec son pays d'origine. Ce même article prévoit une protection particulière pour les citoyens ayant acquis un droit de séjour permanent, à l'égard desquels des raisons impérieuses d'ordre public ou de sécurité publique doivent être établies.
5. Aux termes de l'article L. 251-2 de ce code : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français en application de l'article L. 251-1 les citoyens de l'Union européenne ainsi que les membres de leur famille qui bénéficient du droit au séjour permanent prévu par l'article L. 234-1. ". Aux termes du premier alinéa de l'article L. 234-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les citoyens de l'Union européenne mentionnés à l'article L. 233-1 qui ont résidé de manière légale et ininterrompue en France pendant les cinq années précédentes acquièrent un droit au séjour permanent sur l'ensemble du territoire français. ". Ces dispositions doivent être interprétées à la lumière des objectifs de la directive du 29 avril 2004 et notamment son article 28 mentionné ci-dessus. D'après l'arrêt de la CJUE C-400/12 du 16 janvier 2014, une période d'emprisonnement est de nature à interrompre la continuité du séjour et à affecter l'octroi de cette protection renforcée, y compris dans le cas où la personne aurait séjourné dans l'État d'accueil pendant une très longue période précédant son emprisonnement. Cette circonstance peut cependant être prise en considération lors de l'appréciation globale exigée pour déterminer si les liens d'intégration tissés précédemment avec l'État membre d'accueil ont ou non été rompus.
6. Au regard de ces éléments, la période d'incarcération n'étant pas assimilées à une période de séjour légal en France, M. B, faisant l'objet d'une condamnation pénale en cours d'exécution, ne saurait invoquer les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de la directive du 29 avril 2004 lui accordant un droit au séjour permanent.
En ce qui concerne la décision pourtant obligation de quitter le territoire français :
7. En premier lieu, aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : / () 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ; / () L'autorité administrative compétente tient compte de l'ensemble des circonstances relatives à leur situation, notamment la durée du séjour des intéressés en France, leur âge, leur état de santé, leur situation familiale et économique, leur intégration sociale et culturelle en France, et l'intensité des liens avec leur pays d'origine. ". Il résulte des dispositions citées au point précédent qu'il appartient à l'autorité administrative, qui ne saurait se fonder sur la seule existence d'une infraction à la loi, d'examiner, d'après l'ensemble des circonstances de l'affaire, si la présence d'un citoyen de l'Union européenne sur le territoire français est de nature à constituer une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société française, ces conditions étant appréciées en fonction de la situation individuelle de l'intéressé, notamment de la durée de son séjour en France, de sa situation familiale et économique et de son intégration.
8. En l'espèce, d'une part et ainsi que rappelé au point 1, M. B a été interpellé à de multiples reprises pour des faits de violence commise sur la mère de sa fille jusqu'à être condamné par le Tribunal correctionnel de Grenoble à 18 mois d'emprisonnement pour non-respect d'une obligation ou interdiction imposée par le juge aux affaires familiales dans une ordonnance de protection d'une victime de violences familiales. D'autre part, si le requérant fait valoir la présence sur le territoire de son fils de 23 ans et de sa fille de 7 ans, non seulement il n'allègue nullement contribuer à leur éducation mais il s'est en outre rendu coupable, ainsi qu'il a été dit, de fait de la violence à l'égard de la mère de celle-ci.
9. Par suite, au regard de la gravité des faits mentionnées au point 1, de leur réitération, ainsi que du caractère très récent de la condamnation dont il a fait l'objet et alors que la lutte contre les violences faites aux femmes a été proclamée " grande cause des quinquennats présidentiels 2017-2022 et 2022-2027 " et constitue le premier pilier du plan interministériel pour l'égalité entre les femmes et les hommes pour les années 2023 à 2027, le préfet de l'Isère n'a pas fait une inexacte application des dispositions précitées de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en estimant que la présence sur le territoire de M. B constitue une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société laquelle a fait de la lutte contre les violences faites aux femmes une priorité. Par suite, le moyen invoqué en ce sens doit être écarté.
10. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés, les moyens tirés du caractère disproportionné de la décision portant obligation de quitter le territoire français, de ce que cette décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.
En ce qui concerne la légalité de la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :
11. En premier lieu, il ressort des termes de l'arrêt attaqué, pris au visa de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que la décision de ne pas accorder de délai de départ volontaire est justifié par l'urgence à éloigner l'intéressé eu égard à la nature et à la gravité des faits commis. Par suite, la décision est suffisamment motivée tant en droit qu'en fait.
12. En deuxième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les étrangers dont la situation est régie par le présent livre disposent, pour satisfaire à l'obligation qui leur a été faite de quitter le territoire français, d'un délai de départ volontaire d'un mois à compter de la notification de la décision. L'autorité administrative ne peut réduire le délai prévu au premier alinéa qu'en cas d'urgence (). "
13. La notion d'urgence prévue par les dispositions de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être interprétée à la lumière des objectifs de la directive 2004/38/CE du 29 avril 2004. Aussi, il résulte de la combinaison de ces dispositions que l'urgence à éloigner sans délai de départ volontaire un citoyen de l'Union européenne ou un membre de sa famille doit être appréciée par l'autorité préfectorale, au regard du but poursuivi par l'éloignement de l'intéressé et des éléments qui caractérisent sa situation personnelle, sous l'entier contrôle du juge de l'excès de pouvoir.
14. Il ressort des pièces du dossier que, compte-tenu des faits reprochés à M. B et de l'imminence de la fin de sa peine d'emprisonnement, le préfet n'a commis aucune erreur de droit ni erreur d'appréciation en ne lui accordant pas un délai de départ volontaire.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de circulation sur le territoire français :
15. La décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas entachée d'illégalité, le moyen invoqué par la voie de l'exception à l'encontre de la décision portant interdiction de circulation sur le territoire français, à le supposer soulevé, tiré de l'illégalité de cette décision, doit être écarté.
16. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions en litige.
Sur les frais liés au litige :
17. Il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'État le versement d'une somme à
Me Diouf en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
D E C I D E :
Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : La requête de M. B est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à Me Diouf et au préfet de l'Isère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2024.
Le magistrat désigné,
E. ALa greffière,
L. BOURECHAK
La République mande et ordonne au préfet de l'Isère, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026