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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2405084

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2405084

jeudi 29 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2405084
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge unique 7
Avocat requérantHUARD

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Grenoble a rejeté la requête de M. B, ressortissant algérien, contestant un arrêté préfectoral d’obligation de quitter le territoire français sans délai, assorti d’une interdiction de retour d’un an. Le juge a admis la substitution de base légale demandée par le préfet, passant du 1° au 2° de l’article L. 611-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, en raison du maintien irrégulier de l’intéressé après l’expiration de son visa. La décision a été jugée suffisamment motivée et non entachée de défaut d’examen, et les moyens tirés de la méconnaissance de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme et de l’article 3-1 de la Convention internationale des droits de l’enfant ont été écartés.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 11 juillet 2024, M. D B, représenté par Me Huard demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 9 juillet 2024 par lequel le préfet de l'Isère l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination en cas d'exécution forcée de la mesure d'éloignement et l'a interdit de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de supprimer le signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que

La décision portant obligation de quitter le territoire français :

- est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- est entachée d'un défaut de base légale et d'une erreur de fait ;

- méconnaît le droit d'être entendu, des droits de la défense et du principe de bonne administration ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

Le refus de délai de départ volontaire :

- est insuffisamment motivé ;

- est entaché d'erreur manifeste d'appréciation et est disproportionnée ;

La décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- est insuffisamment motivée ;

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation et est disproportionnée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 août 2024, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme C en application de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Berot-Gay, greffière d'audience, Mme C a présenté son rapport et entendu les observations de Me Huard, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien, né en 1986, soutient être entré en France en juillet 2023, accompagné de son épouse et de leurs trois enfants mineurs. Par l'arrêté attaqué du 9 juillet 2024, le préfet de l'Isère lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an.

Sur la demande d'aide juridictionnelle :

2. Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. B de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, la décision attaquée mentionne les considérations de fait et droit qui en constituent le fondement et permettent de la contester utilement. Quand bien même elle mentionne de manière erronée les dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il ne ressort pas des termes de cette décision que le préfet de l'Isère n'aurait pas procédé à un examen attentif de la situation personnelle de M. B. Dans ces circonstances, la décision attaquée est suffisamment motivée et n'est pas entachée d'un défaut d'examen sérieux.

4. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé est entré en France le 23 juillet 2023 muni d'un visa court séjour valable du 12 juillet 2023 au 25 août 2023. Entré régulièrement en France, M. B ne pouvait donc se voir appliquer les dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, le préfet de l'Isère demande de substituer aux dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les dispositions du 2° de ce même article, en faisant valoir que M. B s'est maintenu sur le territoire français à l'expiration du délai de trois mois à compter de son entrée sans être titulaire d'un premier titre de séjour régulièrement délivré. En l'espèce, il ressort du procès-verbal d'audition que M. B n'a effectué aucune démarche en vue de régulariser sa situation. Dans ces conditions, dès lors que cette substitution de base légale n'a pour effet de priver l'intéressé d'aucune garantie procédurale et que l'administration dispose du même pouvoir d'appréciation pour appliquer l'une ou l'autre de ces deux dispositions, il y a lieu de faire droit à la demande du préfet de l'Isère et de procéder à la substitution de base légale sollicitée.

5. En troisième lieu, M. B a été entendu par les services de police sur son parcours migratoire, ses attaches dans son pays d'origine et sa situation en France. Il ne fait valoir aucune circonstance qu'il aurait vainement souhaité porter à la connaissance du préfet dans le cadre de cette audition. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que la mesure d'éloignement a été prise en méconnaissance de son droit d'être entendu.

6. En quatrième lieu, M. B est présent en France depuis un an à la date de la décision attaquée. La seule circonstance que ses trois enfants soient scolarisés est insuffisante pour retenir que le centre des intérêts de la famille est en France. Par ailleurs, s'il se prévaut de l'état de santé de sa fille A, le compte-rendu d'électro-encéphalogramme réalisé en Algérie en 2016 et évoquant une possible épilepsie temporale ne permet d'établir ni l'existence et la gravité de la pathologie ni que cette enfant ne pourrait pas bénéficier effectivement d'un traitement approprié à son état de santé en Algérie. Il en est de même des certificats médicaux versés pour le compte de son épouse, mentionnant qu'elle souffre d'une hernie alors que M. B évoquait un " cancer du sang " dans son audition. Ainsi, eu égard aux conditions et à la brièveté du séjour de M. B sur le territoire français, la décision du préfet de l'Isère n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée. Enfin, il n'est pas établi que les enfants ne pourraient poursuivre leur scolarité dans leur pays d'origine. Dès lors, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent être écartés. Pour les mêmes motifs, l'arrêté n'est pas entaché d'erreur manifeste d'appréciation.

Sur le refus de délai de départ volontaire :

7. En premier lieu, la décision attaquée qui vise l'article L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile comporte les considérations de fait qui la fondent. Par suite, elle est suffisamment motivée.

8. En second lieu, pour refuser à M. B un délai de départ volontaire, le préfet de l'Isère a relevé qu'il s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour, qu'il n'a effectué aucune démarche de régularisation, qu'il n'est pas en mesure de justifier d'une adresse permanente ou effective sur ledit territoire, qu'il n'a pas remis de documents transfrontières à l'administration et qu'il est dépourvu de toute ressource légale en propre afin de pourvoir par lui-même à son retour vers son pays d'origine. Par suite, le préfet a pu sans commettre d'erreur d'appréciation refuser de lui accorder un délai de départ volontaire.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

9. En premier lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire n'étant pas illégale, la décision portant interdiction de retour sur le territoire français ne peut être annulée par voie de conséquence.

10. En deuxième lieu, l'arrêté litigieux vise l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui constitue le fondement légal de la décision lui faisant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an et énumère les différents critères prévus par l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le préfet a examiné la situation personnelle de M. B au regard de l'ensemble desdits critères. Par suite, la décision attaquée est suffisamment motivée.

11. Enfin, pour interdire à M. B de retourner sur le territoire français durant un an, le préfet de l'Isère s'est fondé sur la circonstance que sa présence est courte sur le territoire et qu'il ne dispose pas de liens personnels anciens et stables en France. En conséquence, compte tenu de la durée de l'interdiction, la décision attaquée n'est pas entachée erreur d'appréciation et n'est pas disproportionnée.

12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête doit être rejetée, y compris les conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er: M. B est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2: Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D B, à Me Huard et au préfet de l'Isère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 août 2024.

La magistrate désignée,

A. CLa greffière,

E. Berot-Gay

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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