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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2405111

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2405111

mercredi 7 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2405111
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge unique 8
Avocat requérantDABBAOUI

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Grenoble a rejeté la requête de M. A, ressortissant serbe, contestant l'arrêté du préfet de la Haute-Savoie du 9 juillet 2024 lui interdisant le retour sur le territoire français pour un an. Le juge a écarté les moyens d'incompétence et d'insuffisance de motivation, et a estimé que l'interdiction ne méconnaissait pas l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, compte tenu du maintien irrégulier de l'intéressé et de ses précédentes mesures d'éloignement. La décision s'appuie sur les articles L. 612-7 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 11 juillet 2024, M. C, représenté par Me Dabbaoui, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 9 juillet 2024 par lequel le préfet de la Haute-Savoie a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Savoie, à titre principal, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à titre subsidiaire, de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

4°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Savoie de prendre toute mesure pour mettre fin à son signalement dans le système d'information Schengen, dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- son recours est recevable ;

- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 août 2024, le préfet de la Haute-Savoie conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. L'Hôte, vice-président, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. L'Hôte, vice-président, a été entendu au cours de l'audience publique, à laquelle les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant serbe, déclare être entré en France le 5 décembre 2016. Par un arrêté du 4 avril 2024, le préfet de la Haute-Savoie a refusé son admission au séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Le recours formé par M. A contre cet arrêté a été rejeté par un jugement du tribunal administratif de Grenoble du 18 juin 2024. Le 9 juillet 2024, le préfet de la Haute-Savoie a pris à son encontre un arrêté portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. M. A demande l'annulation de cet arrêté.

2. Eu égard à l'urgence qu'il y a à statuer sur le recours de M. A, il y a lieu de prononcer son admission à l'aide juridictionnelle provisoire.

3. L'arrêté du 9 juillet 2024 a été signé par Mme B, cheffe du bureau de l'asile et de l'éloignement, qui disposait à cet effet d'une délégation consentie par un arrêté du préfet de la Haute-Savoie du 15 décembre 2023, régulièrement publié. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'acte attaqué doit être écarté.

4. L'arrêté contesté comporte, avec une précision suffisante et dépourvue de caractère stéréotypé, les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

5. Aux termes de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction alors applicable : " Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".

6. Par ailleurs, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. ".

7. M. A fait valoir qu'il est présent en France depuis 2016 et qu'il vit sur le territoire français avec sa conjointe et leurs deux enfants qui suivent une scolarité en France. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que la durée de présence du requérant résulte exclusivement de son maintien en situation irrégulière sur le territoire, alors que sa demande d'asile a été définitivement rejetée en juillet 2018 et qu'il a fait l'objet de mesures d'éloignement non exécutées les 25 septembre 2018 et 4 avril 2024. Sa conjointe et leurs enfants sont dans la même situation administrative que lui. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

8. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D, à Me Dabbaoui et au préfet de la Haute-Savoie.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 août 2024.

Le magistrat désigné,

V. L'HÔTE

La greffière,

L. BOURECHAK

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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