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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2405197

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2405197

mardi 30 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2405197
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantKUMMER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés le 15 juillet 2024, Mme B C épouse A représentée par Me Kummer, demande au juge des référés :

1°) de suspendre, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative , l'exécution de la décision implicite du préfet de l'Isère née le 12 juillet 2024 lui refusant le renouvellement de son titre de séjour en qualité de parent d'enfant français ;

2°) d'annuler la décision implicite de rejet précitée ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui délivrer une attestation de prolongation d'instruction de sa demande de renouvellement de titre de séjour maintenant ses droits au séjour, voyage et travail, dans le délai de 24 heures sous astreinte de 500 euros par jour de retard;

4°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui accorder le titre de séjour " vie privée et familiale " en qualité de parent d'enfant français, d'une durée de 10 ans, dans un délai de quinze jours sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

5°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à voyager et à travailler d'une durée de 6 mois dans le même délai et même astreinte ;

6°) à titre subsidiaire, d'enjoindre le préfet de l'Isère de réétudier son dossier et de lui délivrer dans l'attente une attestation de prolongation d'instruction de sa demande de renouvellement de titre de séjour ou une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de voyager et de travail, dans le délai de 24 heures sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

7°) de mettre à la charge du préfet de l'Isère la somme de 1 800 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'urgence est caractérisée dans la mesure où le refus de renouvellement de son titre de séjour la prive de sa liberté d'aller et venir et ainsi de voyager et de rendre visite à son père gravement malade en Tunisie et la prive de son droit au séjour et des droits sociaux ;

- le doute sérieux quant à la légalité de la décision est établi dès lors que le préfet de l'Isère n'a pas saisi la commission du titre de séjour avant de lui refuser le renouvellement de son titre de séjour ;

- la décision est entachée d'erreur de droit au regard de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de l'article 10 de l'accord franco-tunisien et de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfants ;

- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiquée au préfet de l'Isère qui n'a pas produit de mémoire ;

Vu :

* les autres pièces du dossier ;

* la requête n°2405197, enregistrée le 15 juillet 2021, par laquelle Mme C épouse A demande l'annulation de la décision implicite du préfet de l'Isère née le 12 juillet 2024 lui refusant le renouvellement de son titre de séjour en qualité de parent d'enfant français ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme. Bourion, en application des dispositions de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience du 30 juillet 2024 à 11 heures.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bourion, juge des référés

- et les observations de Me Kummer, représentant la requérante .

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C épouse A, ressortissante tunisienne née le 12 avril 1984, entrée en France selon ses déclarations en 2017, a bénéficié à compter du 31 mars 2022 d'une carte de séjour temporaire renouvelée jusqu'au 30 mars 2024 en qualité de parent d'enfant français, son fils, étant né le 14 septembre 2019 de son mariage avec un ressortissant français. Elle a demandé le renouvellement de son titre de séjour devant le préfet de l'Isère le 11 mars 2024 qui n'a pas répondu à sa demande. Une décision implicite de rejet est née de ce silence et Mme C épouse A en a demandé l'annulation par une requête au fond enregistrée le 15 juillet 2024.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

En ce qui concerne l'urgence :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

3. La condition d'urgence qui justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif est remplie lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. Il lui appartient également, l'urgence s'appréciant objectivement et compte de tenu de l'ensemble des circonstances de chaque espèce, de faire apparaître dans sa décision tous les éléments qui, eu égard notamment à l'argumentation des parties, l'ont conduit à considérer que la suspension demandée revêtait un caractère d'urgence.

4. Mme C établit que son titre de séjour a expiré le 30 mars 2024 et qu'elle est désormais en situation irrégulière. Ainsi, la décision implicite de rejet née du silence gardé par le préfet de l'Isère suite au dépôt de sa demande de renouvellement de son titre de séjour fait présumer que la condition d'urgence est remplie. En l'absence de toute contestation sur ce point en défense, cette condition d'urgence est remplie.

S'agissant du doute sérieux quant à la légalité de la décision dont la suspension de l'exécution est demandée :

5. D'une part, aux termes de l'article 10 de l'accord franco-tunisien : Aux termes de l'article 10 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988, modifié : " " 1. Un titre de séjour d'une durée de dix ans, ouvrant droit à l'exercice d'une activité professionnelle, est délivré de plein droit, sous réserve de la régularité du séjour sur le territoire français : / () / c) Au ressortissant tunisien qui est père ou mère d'un enfant français résidant en France, à condition qu'il exerce, même partiellement, l'autorité parentale à l'égard de cet enfant ou qu'il subvienne effectivement à ses besoins () ". L'article 7 quater de ce même accord prévoit que : " Sans préjudice des dispositions du b et du d de l'article 7 ter, les ressortissants tunisiens bénéficient, dans les conditions prévues par la législation française, de la carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale". ".

5. D'autre part, aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".

6. Il ressort des pièces du dossier que Mme C épouse A est la mère d'un enfant français, né le 24 septembre 2019 de son union avec son époux, ressortissant français. Mme C établit, par les pièces qu'elle produit, demeurer en communauté de vie avec son époux et contribuer, en qualité de mère au foyer titulaire des prestataires de la caisse d'assurance familiale, à l'éducation et à l'entretien de son fils.

5. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées est de nature, en l'état de l'instruction, à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige. L'intéressée est fondée à demander la suspension de son exécution.

6. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que les deux conditions auxquelles l'article L. 521-1 du code de justice administrative subordonne la suspension de l'exécution d'une décision administrative sont satisfaites. Il y a lieu, par suite, de suspendre l'exécution de la décision implicite de rejet du préfet de l'Isère née le 12 juillet 2024 jusqu'à ce qu'il soit statué au fond.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

7. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire. Il n'est pas saisi du principal et se prononce dans les meilleurs délais. ". Aux termes de l'article L. 911-1 du même code : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. ".

8. En vertu des dispositions précitées, il appartient au juge des référés d'assortir sa décision de suspension des obligations provisoires qui en découlent pour l'administration. Si, pour le cas où l'ensemble des conditions posées par l'article L. 521-1 du code de justice administrative est rempli, le juge des référés peut suspendre l'exécution d'une décision administrative et prescrire par la même décision juridictionnelle que l'auteur de la décision prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, de telles mesures doivent, ainsi que l'impose l'article L. 511-1 du même code, présenter un " caractère provisoire ".

9. La suspension des effets de l'exécution de l'arrêté ainsi ordonnée implique que, en l'absence de tout autre motif y faisant obstacle, le préfet de l'Isère délivre à Mme C épouse A une attestation de prolongation d'instruction de sa demande de renouvellement de titre de séjour et une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai de cinq jours à compter de la notification de la présente ordonnance, en attendant qu'il soit statué au fond sur la légalité dudit arrêté.

Sur les frais du litige :

10. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État une somme de 1000 euros à verser à Mme C épouse A, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de la décision implicite de rejet du 12 juillet 2024 opposée par le préfet de l'Isère à la demande de renouvellement de son titre de séjour en qualité de parent d'enfant français présentée par Mme C épouse A est suspendue.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de l'Isère, dans l'attente de la décision au fond, de délivrer à Mme C épouse A une attestation de prolongation d'instruction de sa demande de renouvellement de titre de séjour et une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai de cinq jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 3 : Le préfet de l'Isère versera à Mme C épouse A, une somme de 1000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 :La présente ordonnance sera notifiée à Mme B C épouse A et au ministre de l'intérieur et des Outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet de l'Isère.

Fait à Grenoble, le 30 juillet 2024.

Le juge des référés,

I.Bourion

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 24051972

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