mardi 17 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2405201 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | ALBERTIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 15 juillet 2024 et le 6 septembre 2024, Mme A B, représentée par Me Albertin, demande au tribunal :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 14 juin 2024 par lequel le préfet de la Drôme lui a retiré deux certificats de résidence, a rejeté sa demande de titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle serait éloignée ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Drôme de lui restituer les certificats de résidence sans délai à compter de la notification du présent jugement, de réexaminer sa demande de titre de séjour dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et dans l'attente de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour sans délai à compter de la notification du présent jugement et de délivrer un titre de séjour dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, et dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour à compter de cette même date ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Mme B soutient que :
En ce qui concerne la décision de retrait des certificats de résidence :
- La décision attaquée a été signé par une autorité incompétente ;
- Elle est insuffisamment motivée ;
- Elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- Elle est entachée d'une erreur de fait ;
- Elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- Elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
- La décision attaquée a été signée par une autorité incompétente ;
- Elle est entachée d'un défaut de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant retrait des certificats de résidence ;
- Elle est entachée d'une erreur de droit ;
- Elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 6-5 de l'accord franco-algérien ;
- Elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- La décision attaquée est entachée d'un défaut de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant retrait des certificats de résidence et de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour ;
- Elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- Elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- Elle méconnaît l'article 3-1 de la convention de New-York.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 septembre 2024, le préfet de la Drôme conclut au rejet de la requête.
Le préfet conteste chacun des moyens invoqués.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Pollet ;
- et les observations de Me Albertin, représentant Mme B.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante algérienne née le 5 février 1979, déclare être entrée en France le 15 septembre 2018. Elle a été titulaire d'un premier certificat de résident en qualité de conjoint de français valable du 27 septembre 2018 au 26 septembre 2019, puis d'un certificat de résident en qualité de parent d'enfant français valable du 27 décembre 2019 au 26 septembre 2020. Le 10 juillet 2020, Mme B a présenté une demande de titre de séjour sur les fondements de l'article 6-4 et b) de l'article 7 de l'accord franco-algérien. Par l'arrêté attaqué, le préfet de la Drôme a retiré les certificats de résident accordés et a refusé de lui délivrer un titre de séjour. Par la présente requête, Mme B demande l'annulation de l'arrêté attaqué.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne le retrait du certificat de résidence vie privée et familiale en qualité de conjoint de français :
2. Aucun dispositif de retrait du certificat de résidence légalement délivré à un ressortissant algérien n'est prévu par l'accord franco-algérien. Le préfet peut, en revanche, légalement faire usage du pouvoir général qu'il détient, même en l'absence de texte et eu égard à l'absence de stipulations expresses sur ce point prévues par l'accord susmentionné, pour retirer une décision individuelle créatrice de droits obtenue par fraude.
3. Il ressort des pièces du dossier que le mariage de Mme B et son époux a été célébré le 13 septembre 2017. Mme B est entrée sur le territoire français le 15 septembre 2018 et a sollicité la délivrance d'un certificat de résidence le 20 septembre 2018. Or, la vie conjugale a été rompue le 12 octobre 2018 à la suite de la découverte de l'état de grossesse de Mme B depuis le 9 septembre 2018, soit avant son entrée sur le territoire français. Toutefois, par ces seules circonstances, le préfet de la Drôme ne rapporte pas la preuve du caractère frauduleux du mariage conclu. Par suite, la décision portant retrait du certificat de résidence délivré pour la période du 27 septembre 2018 au 26 septembre 2019 doit être annulée.
En ce qui concerne les décisions restant en litige :
4. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. Cyril Moreau, secrétaire général de la préfecture de la Drôme, qui disposait d'une délégation de signature consentie par l'arrêté du 5 février 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de la Drôme le même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté doit être écarté.
5. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué mentionne les éléments de fait propres à la situation de Mme B et les considérations de droit sur lesquels il se fonde. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des exigences de motivation, codifiées à l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, doit être écarté.
6. En troisième lieu, si Mme B se prévaut d'un défaut d'examen de sa situation personnelle, il ressort des termes de l'arrêté attaqué que le préfet a pris en compte l'ensemble des circonstances de l'arrivée en France de Mme B ainsi que sa situation personnelle et familiale. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen de sa situation personnelle doit être écarté.
7. En quatrième lieu, il ressort des termes de l'arrêté attaqué que le préfet a commis une erreur de fait en mentionnant que Mme B était titulaire de deux certificats de résidence vie privée et familiale en qualité de parent d'enfant français sur la période du 27 septembre 2018 au 26 septembre 2020, alors que l'intéressée était titulaire d'un certificat de résident en qualité de conjoint de français valable du 27 septembre 2018 au 26 septembre 2019, puis d'un certificat de résident en qualité de parent d'enfant français valable du 27 décembre 2019 au 26 septembre 2020. Toutefois, cette erreur de plume est sans incidence sur la légalité de l'arrêté attaqué en tant qu'il procède au retrait du certificat de résident en qualité de parent d'enfant français valable du 27 décembre 2019 au 26 septembre 2020.
8. En cinquième lieu, il ressort des pièces du dossier que l'échographie réalisée le 11 octobre 2018 date le début de la grossesse de Mme B au 9 septembre 2018. Or, à cette date, Mme B résidait en Algérie alors que son époux, de nationalité française, résidait alors en France. Ainsi, Mme B n'est pas fondée à soutenir qu'elle pensait que son époux était le père de l'enfant à naître. Au surplus, d'une part, les tests génétiques réalisés à la demande de l'époux ont par ailleurs confirmé qu'il n'était pas le père de cet enfant et, d'autre part, l'acte de naissance de l'enfant a été modifié en vertu d'un jugement rendu le 13 décembre 2023. Par conséquent, le préfet établit le caractère frauduleux de la demande de certificat de résident en qualité de parent d'enfant français dès lors que Mme B ne pouvait ignorer que l'enfant né le 7 juin 2019 n'était pas l'enfant de son époux. Ainsi, le préfet n'a pas entaché la décision attaquée d'une erreur manifeste d'appréciation.
9. En sixième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien modifié du 27 décembre 1968 : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 5°) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus () " et aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
10. Mme B déclare être entrée en France en 2018, soit à l'âge de 39 ans, y résider avec sa fille et y exercer une activité professionnelle. Il ressort toutefois des pièces du dossier que le préfet de la Savoie établit le caractère frauduleux du certificat de résidence vie privée et familiale en qualité de parent d'enfant français délivré en 2019. Par ailleurs, si sa fille est scolarisée dans un établissement d'enseignement primaire, Mme B n'établit pas qu'une scolarisation ne serait pas envisageable en Algérie. En outre, si elle soutient exercer une activité professionnelle, cette circonstance n'est pas suffisante pour établir son intégration sur le territoire français. Par suite, le préfet de la Drôme n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit de mener une vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations susmentionnées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien.
11. Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
12. La décision attaquée n'a pas pour effet de séparer l'enfant âgé de six ans de sa mère. Ainsi, la cellule familiale peut se reconstituer en Algérie. Par suite, le préfet de la Drôme n'a pas méconnu les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
13. Aux termes de l'article 7 b) de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Les ressortissants algériens désireux d'exercer une activité professionnelle salariée reçoivent après le contrôle médical d'usage et sur présentation d 'un contrat de travail visé par les services du ministre chargé de l'emploi, un certificat de résidence valable un an pour toutes professions et toutes régions, renouvelable et portant la mention " salarié " : cette mention constitue l'autorisation de travail exigée par la législation française " . Aux termes de l'article 9 du même accord : " () Pour être admis à entrer et séjourner plus de trois mois sur le territoire français au titre des articles 4, 5, 7, 7 bis al. 4 et du titre III du protocole, les ressortissants algériens doivent présenter un passeport en cours de validité muni d'un visa de long séjour délivré par les autorités françaises. () ".
14. Il résulte de la combinaison des stipulations précitées des articles 7 et 9 de l'accord franco-algérien que la délivrance d'un certificat de résidence portant la mention " salarié " aux ressortissants algériens est subordonnée à la présentation d'un visa de long séjour. Or, il est constant que Mme B est entrée en France le 15 septembre 2018 munie d'un passeport revêtu seulement d'un " visa C " conjoint de français et non d'un visa long séjour. Contrairement à ce que soutient Mme B, la circonstance que le préfet n'ait pas procédé au retrait des certificats de résidence à la date de la demande de changement de statut est sans incidence. Ainsi, le préfet de la Drôme n'a pas commis d'erreur de droit en exigeant la présentation d'un visa de long séjour.
15. Les décisions portant retrait des certificats de résidence ne constituent pas la base légale de l'obligation de quitter le territoire français. Par suite, Mme B ne peut utilement se prévaloir de leurs illégalités à l'appui de la contestation de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour et obligation de quitter le territoire français.
16. La décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour n'étant pas illégale, le moyen tiré par l'intéressé de ce que l'illégalité de cette décision priverait de base légale l'obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.
17. Il résulte de ce qui précède que Mme B est seulement fondée à demander l'annulation de la décision portant retrait du certificat de résidence vie privée et familiale valable du 27 septembre 2018 au 26 septembre 2019.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
18. Le présent jugement, qui se borne à annuler la décision portant retrait du certificat de résidence valable du 27 septembre 2018 au 26 septembre 2019, n'appelle, par elle-même, aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction présentées par la requérante doivent être rejetées.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L 761-1 du code de justice administrative :
19. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux demandes présentées par Mme B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La décision portant retrait du certificat de résidence de Mme B valable du 27 septembre 2018 au 26 septembre 2019 est annulée.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet de la Drôme.
Délibéré après l'audience du 10 septembre 2024, à laquelle siégeaient
M. Vial-Pailler, président,
Mme Fourcade, première conseillère,
Mme Pollet, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 septembre 2024.
La rapporteure,
MA POLLET
Le président,
C. VIAL-PAILLER
Le greffier,
G. MORAND
La République mande et ordonne au préfet de la Drôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026