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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2405274

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2405274

mardi 6 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2405274
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge unique 2
Avocat requérantPIEROT

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Grenoble a rejeté la requête de M. D, ressortissant nigérian, qui contestait l'arrêté du préfet de l'Isère du 18 juin 2024 l'obligeant à quitter le territoire français. Le juge a écarté les moyens d'incompétence et d'insuffisance de motivation, et a estimé que la décision ne portait pas une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale au sens de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme. Il a également jugé que le requérant n'établissait pas la réalité des risques personnels en cas de retour au Nigéria, rejetant ainsi le moyen tiré de l'article 3 de la même Convention. La requête a été rejetée dans son ensemble, y compris les conclusions aux fins d'injonction et celles relatives aux frais de justice.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 16 juillet 2024, M. A D, représenté par Me Pierot demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 18 juin 2024 par lequel le préfet de l'Isère l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de destination ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter du prononcé du jugement et de lui délivrer, dans l'attente de la décision, une autorisation provisoire de séjour dans les deux jours de la notification du jugement, sous astreinte définitive de 200 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un vice d'incompétence, est insuffisamment motivée et a été prise sans examen de sa situation ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire méconnaît les articles 3 et 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant le pays de destination est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Le préfet de l'Isère n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme E pour statuer sur la requête.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience du 6 août 2024 à 10h30.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme E et avoir constaté l'absence des parties.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Eu égard à l'urgence à statuer sur la requête, il y a lieu d'admettre M. D à titre provisoire à l'aide juridictionnelle.

2. M. D, ressortissant nigérian, déclare être entré sur le territoire français le 7 juin 2022. Il a déposé une demande d'asile qui a été définitivement rejetée par la cour nationale du droit d'asile le 8 février 2024. Par l'arrêté contesté, le préfet de l'Isère l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de destination.

En ce qui concerne les moyens communs :

3. Par un arrêté du 15 avril 2024, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial, le préfet de l'Isère a donné délégation à Mme C B, directrice de la citoyenneté, de l'immigration et de l'intégration, pour signer tous les actes dans la limite de ses attributions, au nombre desquelles figure la police des étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision manque en fait et doit être écarté.

4. L'arrêté attaqué énonce, avec une précision suffisante et dépourvue de caractère stéréotypé, les considérations de droit et de fait sur lesquelles reposent les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination. Ainsi, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté. Il ne ressort ni de cet arrêté ni d'aucune autre pièce du dossier que le préfet de l'Isère n'aurait pas examiné la situation de M. D avant de prendre l'arrêté attaqué.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :

5. L'entrée en France de M. D est récente. Il ne justifie d'aucune intégration et n'établit pas être dépourvu d'attaches personnelles ou familiales dans son pays d'origine. Dans ces conditions, eu égard notamment à la durée et aux conditions de séjour de l'intéressé en France, la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut être regardée comme portant une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au regard des buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, cette décision ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes raisons, et en l'absence de circonstance particulière, cette décision n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

6. M. D soutient qu'il serait exposé à des menaces en cas de retour dans son pays d'origine. Toutefois, il n'établit par aucune pièce probante la réalité et l'actualité des risques qu'il encourrait personnellement en cas de retour au Nigéria, alors que l'office français de protection des réfugiés et des apatrides et la cour nationale du droit d'asile ont rejeté sa demande d'asile. Dès lors, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

7. L'exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ainsi que le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation, directement invoqués contre la décision fixant le pays de destination, doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux énoncés aux points 5 et 6.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. D ne peut qu'être rejetée y compris les conclusions aux fins d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : M. D est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D, à Me Pierot et au préfet de l'Isère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 août 2024.

La magistrate désignée,

AS. ELa greffière,

C. JASSERAND

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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