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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2405366

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2405366

vendredi 9 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2405366
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantGHANASSIA

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Grenoble, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a ordonné au préfet de l'Isère de convoquer Mme C, ressortissante algérienne, pour lui permettre de déposer sa demande de titre de séjour en qualité de conjointe de Français. Le juge a constaté une situation d'urgence et d'utilité, Mme C étant en situation irrégulière en raison d'un dysfonctionnement du téléservice ANEF l'empêchant de renouveler sa demande. La solution retenue s'appuie sur l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et le droit au respect de la vie privée et familiale (article 8 de la CEDH).

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 juillet 2024, Mme B C, représentée par Me Ghanassia, demande au juge des référés :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de la convoquer pour un rendez-vous en préfecture dans les vingt-quatre heures suivants la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard, afin qu'elle puisse déposer sa demande de délivrance d'une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- elle doit bénéficier d'une présomption d'urgence dès lors qu'elle bénéficiait d'un droit au séjour et qu'elle est désormais en situation irrégulière ;

- au cas d'espèce, il y a urgence dès lors qu'elle n'est plus autorisée à travailler et que les aides de la CAF qu'elle perçoit risquent d'être interrompues ;

- l'utilité de la mesure demandée tient aux illégalités qui entachent la situation dans laquelle elle se trouve et qui méconnaît son droit au respect de sa vie privée et familiale protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et par l'article 7 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, les stipulations du 2° de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, et son droit à ne pas subir une carence caractérisée de la part de l'administration ;

- l'utilité de la mesure résulte aussi de la situation de blocage à laquelle elle se heurte du fait d'un dysfonctionnement du téléservice ;

- la mesure demandée ne contrevient à l'exécution d'aucune décision administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. A pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative. "

2. Il résulte de l'instruction que Mme C est entrée en France le 25 décembre 2023 sou couvert d'un visa de long séjour valable jusqu'au 22 juin 2024. Le 29 février 2024, elle a déposé une demande de titre de séjour en qualité de conjoint d'un ressortissant français. Le 24 juin 2024, elle a été convoquée à un rendez-vous en préfecture devant avoir lieu le 28 juin. Elle produit une capture d'écran de son compte sur le téléservice ANEF lui indiquant que sa demande a été clôturée au motif qu'elle avait commis une erreur dans le renseignement des données la concernant et l'invitant à renouveler sa demande.

3. D'une part, Mme C justifie, par les pièces qu'elle produit et qui ne sont pas contestées en l'absence de défense du préfet de l'Isère, que malgré ses tentatives, elle n'est pas parvenue à déposer une nouvelle demande en raison d'un dysfonctionnement du téléservice ne lui permettant pas de sélectionner, sur son compte personnel, l'option correspondant à sa situation de conjointe d'un ressortissant français. Il résulte de l'instruction que ce blocable perdure depuis au moins un mois sans que les services préfectoraux n'y aient remédié malgré le courriel qui leur a été adressé en ce sens le 9 juillet 2024, alors que la requérante, qui a effectué des démarches en vue de sa régularisation durant la validité de son visa, se trouve désormais en situation irrégulière. Dans ces circonstances, la condition de l'urgence est remplie.

4. D'autre part, la mesure que Mme C sollicite présente un caractère d'utilité puisqu'elle lui permettra de présenter sa demande de titre de séjour qu'elle ne peut déposer en ligne et de voir son droit au séjour en France examiné. Elle ne se heurte par ailleurs à l'exécution d'aucune décision administrative.

5. Dans ces conditions, il y a lieu d'enjoindre au préfet de l'Isère de donner, sous cinq jours, un rendez-vous à Mme C dans un délai qui ne pourra excéder un mois afin de permettre à celle-ci de déposer sa demande de titre de séjour. Il n'y a pas lieu, en l'état de l'instruction, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

6. Compte tenu de l'urgence qu'il y a à statuer sur le recours de Mme C, il y a lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

7. Mme C étant admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, son avocate peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Ghanassia renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de sa cliente à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Ghanassia de la somme de 600 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme C par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 600 euros sera versée à cette dernière.

O R D O N N E :

Article 1er : Mme C est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de l'Isère de délivrer à Mme C dans le délai cinq jours suivant la notification de la présente ordonnance un rendez-vous qui ne pourra intervenir dans un délai excédant un mois, afin de permettre à l'intéressée de déposer sa demande de titre de séjour.

Article 3 : L'Etat versera à Me Ghanassia, avocate de Mme C, une somme de 600 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme C par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 600 euros lui sera versée.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B C, à Me Ghanassia et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera délivrée au préfet de l'Isère.

Fait à Grenoble, le 9 août 2024.

Le juge des référés,

V. A

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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