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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2405435

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2405435

lundi 5 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2405435
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantROUVIER

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Grenoble, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension présentée par Mme B. La requérante contestait le refus implicite du préfet de l'Isère de renouveler son récépissé de demande de titre de séjour et de lui délivrer un titre de séjour. Le juge a estimé qu'aucun moyen soulevé n'était de nature à créer un doute sérieux sur la légalité du refus de renouvellement du récépissé, et que la condition d'urgence n'était pas remplie concernant le refus de titre de séjour. Les articles R. 431-12, R. 431-13, R. 432-1 et R. 432-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ont été appliqués.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 juillet 2024, Mme A B, représentée par Me Rouvier, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner la suspension, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de l'exécution des décisions par lesquelles le préfet de l'Isère a implicitement refusé de renouveler son récépissé de demande de délivrance d'un titre de séjour et refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de prendre une nouvelle décision sur sa demande dans un délai de trente jours suivant la notification de l'ordonnance à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard et, en tout état de cause, de lui délivrer un récépissé de sa demande, assorti d'une autorisation de travail, dans un délai de cinq jours, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'urgence est présumée s'agissant d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour et au cas d'espèce, cette condition est remplie dès lors qu'elle est désormais en séjour irrégulier sur le territoire français et ne peut continuer son activité professionnelle légalement ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité du refus de renouveler son récépissé dès lors que cette décision est insuffisamment motivée et qu'elle méconnaît les articles R. 431-12 et R. 431-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité du refus de renouveler son titre de séjour dès lors que cette décision est insuffisamment motivée et qu'elle méconnaît l'article L. 421-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qu'elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et qu'elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Vu :

- la requête en annulation enregistrée le 22 juillet 2024 sous le n° 2405434 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. L'Hôte pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. L'Hôte, juge des référés, a été entendu au cours de l'audience publique du 5 août 2024, à laquelle aucune partie n'a été présente ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".

2. Il résulte de l'instruction que Mme B a obtenu le 28 novembre 2022 une carte de séjour temporaire portant la mention " recherche d'emploi - création d'entreprise " valable jusqu'au 27 novembre 2023. Elle a sollicité un changement de statut en qualité de travailleur temporaire et elle s'est vue délivrer le 8 janvier 2024 un récépissé de sa demande valable jusqu'au 7 juillet 2024. Elle fait valoir que n'ayant pas obtenu le renouvellement de son récépissé, elle est désormais en situation irrégulière en France. Elle demande en conséquence la suspension, d'une part, du refus implicite de renouveler son récépissé, d'autre part, du rejet implicite de sa demande de délivrance d'un titre de séjour.

3. En premier lieu, aux termes de l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu'il précise. () ". Aux termes de l'article R. 431-13 du même code : " La durée de validité du récépissé mentionné à l'article R. 431-12 ne peut être inférieure à un mois. Il peut être renouvelé. ". Aux termes de l'article R. 432-1 de ce code : " Le silence gardé par l'autorité administrative sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet. ". Aux termes de l'article R. 432-2 du code : " La décision implicite de rejet mentionnée à l'article R. 432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois. ".

4. Comme il a été dit au point 2, Mme B a sollicité la délivrance d'un titre de séjour le 8 janvier 2024. Le silence gardé par le préfet de l'Isère pendant quatre mois a fait naître le 8 mai 2024 une décision implicite de rejet de cette demande. Aucune disposition législative ou règlementaire n'imposait au préfet de renouveler le récépissé délivré à la requérante une fois intervenue une telle décision. Par suite, en l'état de l'instruction, aucun des moyens soulevés n'est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité du refus du préfet de renouveler le récépissé délivré à Mme B.

5. En second lieu, si la requérante fait valoir qu'elle se trouve désormais en situation irrégulière et dans l'impossibilité de poursuivre son activité professionnelle, elle n'établit pas avoir sollicité le renouvellement de son précédent titre avant l'expiration de sa durée de validité, soit antérieurement au 27 novembre 2023, alors qu'elle indique avoir effectué une telle démarche le 8 janvier 2024 seulement. Par suite, la requérante ne peut se prévaloir d'une présomption d'urgence dès lors que sa demande présentée le 8 janvier 2024 devait être regardée comme une première demande de délivrance et non comme une demande de renouvellement. Par ailleurs, en procédant tardivement à sa demande, la requérante a elle-même provoqué la situation d'irrégularité dans laquelle elle se trouve. Dans ces circonstances, la situation d'urgence ne peut être regardée comme étant remplie.

6. Il résulte ce qui précède que la requête de Mme B ne peut qu'être rejetée.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B et au préfet de l'Isère.

Fait à Grenoble, le 5 août 2024.

Le juge des référés,

V. L'HÔTE

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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