jeudi 3 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2405510 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | SCHURMANN |
Vu la procédure suivante :
I/ Par une requête enregistrée le 23 juillet 2024 sous le n° 2405510, M. A C, représenté par Me Schurmann, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 24 juin 2024 par lequel le préfet de la Savoie a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays de destination d'une éventuelle mesure de reconduite à la frontière ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Savoie de lui délivrer :
- une autorisation provisoire dans le mois suivant la notification de la décision à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour retard ;
- un titre de séjour dans le délai d'un mois et dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros qui sera versée à Me Schurmann sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que l'arrêté :
- est entaché :
o d'un vice de compétence de son signataire ;
o d'un défaut de motivation ;
o d'un défaut d'examen de sa situation ;
- méconnaît :
o les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
o les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
o les stipulations de l'article 3 -1 de la convention du 26 janvier 1990 relative aux droits de l'enfant ;
- est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 3 septembre 2024, le préfet de la Savoie, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.
II/ Par une requête enregistrée le 23 juillet 2024 sous le n°2405517, D B épouse C, représentée par Me Schurmann, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 24 juin 2024 par lequel le préfet de la Savoie a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays de destination d'une éventuelle mesure de reconduite à la frontière ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Savoie de lui délivrer :
- une autorisation provisoire dans le mois suivant la notification de la décision à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour retard ;
- un titre de séjour dans le délai d'un mois et dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros qui sera versée à Me Schurmann sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que l'arrêté :
- est entaché :
o d'un vice de compétence de son signataire ;
o d'un défaut de motivation ;
o d'un défaut d'examen de sa situation ;
- méconnaît :
o les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
o les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
o les stipulations de l'article 3 -1 de la convention du 26 janvier 1990 relative aux droits de l'enfant ;
- est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;
Par un mémoire en défense, enregistré le 3 septembre 2024, le préfet de la Savoie, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.
Par ordonnances du 30 juillet 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 5 septembre 2024 dans les deux instances.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir entendu au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Thierry, président-rapporteur,
- et les observations de Me Schurmann, représentant M. et Mme C.
Considérant ce qui suit :
1. Les requêtes susvisées nos 2405510 et 2405517, présentées pour M. et Mme C posent à juger des questions similaires et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
2. M. C, et son épouse, Mme C (née B) ressortissants albanais, nés en 1978 et 1981 exposent qu'ils sont entrés en France en juillet 2016, accompagnés de leurs deux enfants alors âgés de neuf et sept ans. Après que l'Office français pour la protection des réfugiés et apatrides puis la Cour nationale du droit d'asile a rejeté leurs demandes d'asile, ils se sont néanmoins maintenus sur le territoire français où Mme C a obtenu des titres de séjour en qualité d'étranger malade valable du 19 avril 2018 au 18 avril 2020. M. C a également bénéficié d'un droit au séjour en qualité d'accompagnant d'étranger malade. Par des arrêtés du 10 septembre 2020 le préfet de la Savoie a refusé de renouveler leur titre de séjour et les a obligés à quitter le territoire français. Les demandes d'annulation de ces arrêtés ont été rejetées par le tribunal administratif de Grenoble puis, en appel, par la cour administrative d'appel de Lyon. Ils demandent l'annulation des arrêtés du 24 juin 2024 par lesquels le préfet de la Savoie a refusé de leur délivrer le titre de séjour qu'ils avaient sollicité le 15 avril 2022 sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et les a obligés à quitter le territoire français dans un délai de trente jours.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
3. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président () ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit jugé sur les requêtes de M. et Mme C, de prononcer leur admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. Il ressort des pièces du dossier que M. et Mme C sont présents sur le territoire français depuis huit ans. M. C a été titulaire d'un contrat de travail à durée indéterminée à temps complet du 25 avril 2019 au 4 octobre 2021 et produit une promesse d'embauche datée du 12 juillet 2024 pour un emploi de plaquiste. Mme C a été titulaire d'un contrat à durée indéterminée en tant qu'opératrice de production d'octobre 2020 à février 2021, et exerce des fonctions de femme de chambre de manière ininterrompue depuis décembre 2021 auprès de plusieurs employeurs et notamment Best Western qui l'a engagée par un contrat de travail à durée indéterminée à compter du 24 janvier 2023. Par ailleurs, leurs deux enfants mineurs sont scolarisés en France depuis huit ans. Leur fille ainée a suivi une formation en apprentissage jusqu'au 30 juin 2024. Le 2 mai 2024, elle a déposé une demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-21 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et un récépissé l'autorisant à travailler lui a été remis consécutivement. Dans ces circonstances, au regard de la durée notable de leur séjour en France, de leur intégration professionnelle, de la longue période de scolarisation de leurs enfants qui ont passé une partie déterminante de leur vie sur le territoire français, M. et Mme C sont fondés à soutenir que le préfet de la Savoie a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation en refusant de leur délivrer un titre de séjour. Ils sont fondés, pour ce motif à en demander l'annulation.
5. En raison des effets qui s'y attachent, l'annulation pour excès de pouvoir d'un acte administratif, qu'il soit ou non réglementaire, emporte, lorsque le juge est saisi de conclusions recevables, l'annulation par voie de conséquence des décisions administratives consécutives qui n'auraient pu légalement être prises en l'absence de l'acte annulé ou qui sont en l'espèce intervenues en raison de l'acte annulé. Il en va ainsi, notamment, des décisions qui ont été prises en application de l'acte annulé et de celles dont l'acte annulé constitue la base légale.
6. L'annulation de la décision de refus de titre de séjour, implique par voie de conséquence également celle des décisions par lesquelles le préfet de la Savoie les a obligés à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination d'une reconduite d'office à la frontière qui sont intervenues en raison du refus de titre de séjour.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
7. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure. "
8. Le motif d'annulation des décisions litigieuses implique nécessairement que le préfet de la Savoie délivre à M. et à Mme C un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce de prescrire l'exécution de cette mesure dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Dans cette attente, le préfet de la Savoie leur délivrera une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de cette même notification. Il n'y pas lieu dans ces mêmes circonstances d'assortir ces injonctions d'une astreinte.
Sur les conclusions relatives aux frais non compris dans les dépens :
9. Aux termes de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 : " Les auxiliaires de justice rémunérés selon un tarif peuvent renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et poursuivre contre la partie condamnée aux dépens et non bénéficiaire de l'aide juridictionnelle le recouvrement des émoluments auxquels ils peuvent prétendre. / Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens, ou qui perd son procès, et non bénéficiaire de l'aide juridictionnelle, à payer à l'avocat pouvant être rétribué, totalement ou partiellement, au titre de l'aide juridictionnelle, une somme qu'il détermine et qui ne saurait être inférieure à la part contributive de l'Etat majorée de 50 %, au titre des honoraires et frais non compris dans les dépens que le bénéficiaire de l'aide aurait exposés s'il n'avait pas eu cette aide. () ".
10. M. et Mme C ayant obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle, leur avocate, Me Schurmann, peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 400 euros qui sera versée à Me Schurmann.
D E C I D E :
Article 1er : M. et Mme C sont admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Les arrêtés en litige du 24 juin 2024 du préfet de la Savoie sont annulés.
Article 3 : Il est enjoint au préfet de la Savoie de délivrer à M. et à Mme C un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Dans l'attente, il leur délivrera une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de cette même notification.
Article 4 : L'Etat versera, en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, une somme de 1 400 euros à Me Schurmann, avocate de M. et Mme C.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Mme D B épouse C, au préfet de la Savoie et à Me Schurmann.
Délibéré après l'audience du 19 septembre 2024 à laquelle siégeaient :
M. Thierry, président,
Mme Barriol, première conseillère,
Mme Galtier, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 octobre 2024.
Le président,
P. Thierry
L'assesseure la plus ancienne,
E. Barriol
La greffière,
A. Zanon
La République mande et ordonne au préfet de la Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 2405510 - 24055172
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026