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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2405603

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2405603

vendredi 9 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2405603
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge unique 5
Avocat requérantBLANC

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Grenoble, statuant en juge unique, a rejeté la requête de M. C, ressortissant albanais, qui demandait l'annulation de l'arrêté du 19 juillet 2024 par lequel la préfète de l'Ain avait prolongé d'un an son interdiction de retour sur le territoire français. Le tribunal a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la prolongation était légalement fondée sur les articles L. 612-10 et L. 612-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, compte tenu du maintien irrégulier de l'intéressé en France et de l'absence de circonstances humanitaires. Il a également jugé que la décision ne portait pas une atteinte disproportionnée au droit à la vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par requête enregistrée le 25 juillet 2024, M. B C, représenté par Me Blanc, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement à l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté n° 01-2024-773 du 19 juillet 2024 par lequel la préfète de l'Ain a prolongé l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

M. C soutient que :

- l'arrêté est entaché d'une méconnaissance des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et d'une motivation insuffisante ;

- les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ont été méconnues ; son droit à une vie privée et familiale s'exerce en France.

Par un mémoire enregistré le 2 août 2024, la préfète de l'Ain conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu :

- l'arrêté attaqué et les autres pièces du dossier ;

- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme E en application des articles L. 614-1 à L. 614-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le magistrat désigné a, au cours de l'audience publique du 9 août 2024, à 10 heures, a appelé l'affaire et a présenté son rapport.

Les parties ne sont ni présentes, ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C est un ressortissant albanais âgé de 59 ans. Par arrêté du 15 novembre 2023, notifié le 18 novembre 2023, le préfet de la Haute-Savoie a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Le 19 juillet 2024, il a été interpellé par les agents de la police aux frontières de Prévessin-Moëns. Par arrêté du 19 juillet 2024, la préfète de l'Ain a prolongé l'interdiction de retour du territoire français de M. C pour une durée d'un an.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ".

3. Au regard de l'urgence, il y a lieu d'admettre M. C au bénéfice provisoire de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions en annulation :

4. En premier lieu, l'arrêté contesté mentionne, au visa du 1° de l'article L. 612-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que M. C n'a pas fait part à l'administration de circonstances humanitaires de nature à faire obstacle à la prolongation de l'interdiction de retour sur le territoire français prise par l'arrêté du 15 novembre 2023, qu'il séjourne irrégulièrement sur le territoire français depuis plusieurs années malgré une mesure d'éloignement, qu'il déclare sans le justifier avoir de la famille en France, qu'il est célibataire et sans enfant et qu'il est défavorablement connu des services de police pour conduite d'un véhicule sans assurance. Ainsi, la décision contient les considérations de fait et de droit qui la fondent. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. " A ceux de l'article L. 612-11 du même code : " L'autorité administrative peut prolonger l'interdiction de retour pour une durée maximale de deux ans dans les cas suivants : 1° L'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français alors qu'il était obligé de le quitter sans délai ; 2° L'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français au-delà du délai de départ volontaire qui lui avait été accordé ; 3° L'étranger est revenu sur le territoire français après avoir déféré à l'obligation de quitter le territoire français, alors que l'interdiction de retour poursuivait ses effets. Compte tenu des prolongations éventuellement décidées, la durée totale de l'interdiction de retour ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, sauf menace grave pour l'ordre public. "

6. Il résulte de la combinaison des articles L. 612-8 et L. 612-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que lorsqu'un étranger a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français assortie d'une interdiction de retour qui n'a pas été exécutée, l'autorité administrative peut, sur le fondement de l'article L. 612-11 du même code, sans que ne soit intervenue une nouvelle obligation de quitter le territoire, prolonger la durée de cette interdiction dans la limite maximale de cinq ans, limite ne pouvant être dépassée qu'en cas de menace grave pour l'ordre public.

7. M. C a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an qui n'a pas été exécutée. Par suite, la préfète de l'Ain pouvait prolonger la durée de cette interdiction d'une nouvelle durée d'un an pour porter à deux ans la durée de cette interdiction de retour sur le fondement du 1° de l'article L. 612-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sans avoir à prendre en compte la menace à l'ordre public ou l'absence de menace à l'ordre public. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté.

8. En troisième et dernier lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

9. M. C soutient avoir noué une relation avec une ressortissante française depuis 2021 qui l'héberge et s'être inséré par des activités de bénévolat. Toutefois, la simple déclaration manuscrite de Mme D ne suffit pas pour caractériser une relation stable et durable tandis que la fiche d'adhésion à l'association Banque alimentaire de Haute-Savoie n'est ni signée, ni datée par le représentant de cette association et n'a pas force probante pour retenir une quelconque insertion de l'intéressé dans la société française. Dans ces conditions, et alors que M. C n'a pas respecté la précédente mesure d'interdiction de retour sur le territoire français prononcée contre lui, la préfète de l'Ain n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a pris l'arrêté attaqué et n'a, dès lors, pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C doivent être rejetées. Il y a lieu de rejeter, par voie de conséquence, les conclusions de son avocat tendant à l'application de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

D E C I D E :

Article 1er : M. C est admis provisoirement à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus de la requête de M. C est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Me Blanc et à la préfète de l'Ain.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 août 2024.

Le magistrat désigné,Le greffier,

Mme E M. A

La République mande et ordonne au à la préfète de l'Ain en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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