lundi 7 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2405685 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | DJINDEREDJIAN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 26 juillet 2024, M. A C, représenté par Me Djinderedjian, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 9 février 2024 par lequel le préfet de la Haute-Savoie a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Savoie de lui délivrer un titre de séjour valant autorisation de travail dans un délai de quinze jours à compter de la date de notification du présent jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1500 euros à verser à son avocat au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- le refus de séjour est entaché d'erreur d'appréciation dès lors qu'il ne constitue pas une menace à l'ordre public ;
- il méconnaît les dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il remplit les conditions ;
- il méconnaît le code des relations entre le public et l'administration ;
- il est insuffisamment motivé ;
- la mesure d'éloignement méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 30 août 2024, le préfet de la Haute-Savoie conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.
M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 13 juin 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique désignée en application de l'article R. 222-24 du code de justice administrative, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Pfauwadel, président, les parties n'étant ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant albanais né en 2003, est entré en France selon ses déclarations le 7 septembre 2019. Le 7 octobre 2019, il a été confié aux services de la protection de l'enfance du département de la Haute-Savoie. Le 3 septembre 2021, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par l'arrêté attaqué du 9 février 2024, le préfet de la Haute-Savoie a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.
2. L'arrêté attaqué vise la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il expose par ailleurs avec suffisamment de précision les éléments de fait sur lesquels les décisions sont fondées. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'il ne satisfait pas à l'obligation de motivation énoncée à l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration.
3. Aux termes de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A titre exceptionnel, l'étranger qui a été confié à l'aide sociale à l'enfance ou à un tiers digne de confiance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et qui justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle peut, dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ", sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur l'insertion de cet étranger dans la société française. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. ".
4. Lorsqu'il examine une demande d'admission exceptionnelle au séjour en qualité de " salarié " ou " travailleur temporaire ", présentée sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet vérifie tout d'abord que l'étranger est dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, qu'il a été confié à l'aide sociale à l'enfance entre l'âge de seize ans et dix-huit ans, qu'il justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle et que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public. Il lui revient ensuite, dans le cadre du large pouvoir dont il dispose, de porter une appréciation globale sur la situation de l'intéressé, au regard notamment du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française. Il appartient au juge administratif, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation ainsi portée.
5. Le préfet de la Haute-Savoie a estimé que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, dès lors qu'il a fait l'objet d'un rappel à la loi par officier de police judiciaire le 29 janvier 2020 pour violence commise en réunion suivie d'incapacité n'excédant pas 8 jours. Cependant, si ces faits présentent une gravité certaine, s'agissant d'une atteinte aux personnes, ils n'ont donné lieu qu'à une mesure alternative aux poursuites. Ils doivent par ailleurs être regardés comme isolés, le préfet n'alléguant pas que sont imputables à M. C les faits plus récents figurant sur le relevé de signalisation versé au dossier. Dans ces conditions et eu égard à leur ancienneté, ces seuls faits ne pouvaient fonder la réserve d'ordre public opposée par le préfet de la Haute-Savoie dans la décision contestée.
6. Toutefois le préfet a également porté une appréciation globale sur la situation de M. C pour rejeter sa demande de titre de séjour. Il ressort des pièces du dossier que M. C s'est inscrit, au titre de l'année 2021-2022, en première année de certificat d'aptitude professionnelle (CAP) " Spécialité maintenance des véhicules option A - Voitures particulières ", formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle. Les bulletins de notes versés au dossier pour la première et seconde année du CAP relèvent un manque de motivation, d'implication et d'investissement ainsi que de grandes difficultés dans l'apprentissage de la langue française. Ce manque d'investissement, souligné par le corps enseignant, s'est traduit par une moyenne générale inférieure à 10 sur 20 pour les deux premiers semestres de l'année 2021-2022 et par une moyenne générale inférieure à 6 sur 20 pour l'ensemble de l'année 2022-2023. Si M. C a obtenu le CAP le 10 octobre 2023, cette circonstance n'est pas suffisante pour établir le caractère réel et sérieux du suivi de sa formation. Enfin, si le requérant soutient qu'il a poursuivi sa formation en " Apprentissage Bac Pro 1ère maintenance des véhicules ", au titre de l'année 2023-2024, il ne produit pas les résultats qu'il a obtenus. Le préfet était par suite fondé à retenir une absence de caractère réel et sérieux du suivi de sa formation compte tenu du manque d'efforts pour vaincre ses difficultés, des observations du corps enseignant relevant un " manque d'engagement et de travail manifeste ". Par ailleurs, les parents et les deux frères de M. C résident en Albanie et il ne produit aucun élément probant à l'appui de ses allégations selon lesquelles il n'aurait plus de liens avec eux et aurait fui ce pays en raison des violences familiales. Enfin, si la structure d'accueil a émis un avis favorable, le préfet a relevé à juste titre que les violences en réunion dont il a été l'auteur n'attestent pas de sa capacité d'intégration dans la société française. Dans ces conditions, en ce qu'il s'est fondé sur l'appréciation globale de la situation de l'intéressé, le préfet de la Haute-Savoie, dans le cadre du large pouvoir dont il dispose, n'a pas fait une application erronée des dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
7. Il résulte de l'instruction que le préfet de la Haute-Savoie aurait pris la même décision s'il s'était fondé sur ce seul motif pour refuser de délivrer à M. C le titre de séjour demandé. Le moyen tiré de la violation de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit dès lors être écarté.
8. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".
9. M. C, célibataire et sans enfant à charge, n'établit pas avoir fixé le centre de ses intérêts personnels et familiaux en France, pays dans lequel il ne réside que depuis l'année 2019 alors qu'il n'est pas dépourvu d'attaches familiales en Albanie où il est constant que ses parents et ses frères résident. S'il se prévaut de son insertion professionnelle sur le territoire, les quelques pièces qu'il produit en ce sens ne suffisent pas à démontrer une intégration particulière dans la société française. Par suite, la mesure d'éloignement n'a pas porté d'atteinte disproportionnée au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale eu égard aux buts poursuivis. Le préfet de la Haute-Savoie n'a ainsi pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 9 février 2024 doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte doivent également être rejetées, de même que celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991, l'Etat n'étant pas la partie perdante dans la présente instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Me Djinderedjian et au préfet de la Haute-Savoie.
Délibéré après l'audience du 23 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Pfauwadel, président,
Mme Permingeat, première conseillère,
M. Derollepot, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 octobre 2024.
Le président rapporteur,
T. Pfauwadel
L'assesseure la plus ancienne
dans l'ordre du tableau,
F. Permingeat
Le greffier,
M. B
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026