lundi 19 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2405700 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Avocat requérant | MIRAN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 29 juillet 2024, M. A B, représenté par Me Miran, demande au juge des référés :
1°) de suspendre, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de la décision orale par laquelle le préfet de l'Isère a refusé d'enregistrer sa demande de titre de séjour et de lui délivrer un récépissé ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Isère d'enregistrer sa demande de titre de séjour et de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour avec droit au travail, dans un délai de 5 jours à compter de l'ordonnance à venir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros qui sera versée à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il fait valoir que :
- son employeur ayant déjà formé une demande d'autorisation de travail, le dossier de demande de titre de séjour était complet bien qu'il n'ait pas fourni d'autorisation de travail ; la décision refusant d'enregistrer cette demande lui fait donc grief et sa demande est, par suite, recevable ;
- la condition d'urgence est remplie dès lors que la décision attaquée l'empêche de poursuivre son contrat de travail et le place dans une situation de précarité ;
- il existe un doute sérieux concernant la légalité de la décision de refus d'enregistrement :
*elle est entachée d'un défaut de motivation ;
*elle est entachée d'incompétence ;
* elle est entachée d'une erreur de droit ; en effet, le dossier de demande de titre de séjour était complet dès lors qu'il comprenait les documents énumérés à l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et la preuve qu'une nouvelle demande d'autorisation de travail était déposée ; l'absence de cette pièce mentionnée ne rendait pas impossible l'instruction de la demande ;
* en tout état de cause, il se trouvait involontairement privé d'emploi du fait de la suspension de son contrat de travail et il avait droit au maintien de son titre de séjour en qualité de salarié en vertu de l'alinéa 3 de l'article L.421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
*elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, l'enregistrement de la demande de titre de séjour ne relevant pas d'un examen au fond du droit au séjour mais d'une étape de vérification formelle des pièces exigée par la loi ; la décision attaquée emporte ainsi des conséquences disproportionnées sur sa situation personnelle.
Vu :
- la requête en annulation enregistrée sous le n°2405699 ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code du travail ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Ban, pour statuer sur les demandes de référé ;
Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience publique du 13 août 2024 à 11h au cours de laquelle ont été entendus :
- le rapport de M. Ban, juge des référés ;
- les observations de Me Miran pour M. B qui a été également entendu.
Le préfet de l'Isère n'était ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant guinéen né le 1er juin 1990, est entré en France en 2017. Depuis le 13 septembre 2021, il occupe un emploi d'agent de restauration dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée sous couvert d'une carte temporaire de séjour portant la mention " salarié " dont la dernière était valable du 15 mai 2023 au 14 mai 2024 et l'autorisait à travailler comme agent de restauration dans toute la France métropolitaine. Malgré plusieurs rendez-vous en préfecture les 6 juin 2024 et 9 juillet 2024, sa demande de renouvellement n'a pas été enregistrée au motif qu'il ne produisait pas une autorisation de travail. Il demande au juge des référés la suspension du refus d'enregistrement de la demande de renouvellement de son titre de séjour.
2. Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991, l'admission provisoire de M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
3. Aux termes de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " d'une durée maximale d'un an. La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail. Par dérogation aux dispositions de l'article L. 433-1, elle est prolongée d'un an si l'étranger se trouve involontairement privé d'emploi. " Aux termes de l'article L. 5221-2 du code du travail : " Pour entrer en France en vue d'y exercer une profession salariée, l'étranger présente : 1° Les documents et visas exigés par les conventions internationales et les règlements en vigueur ; 2° Un contrat de travail visé par l'autorité administrative ou une autorisation de travail ".
4. Le refus d'enregistrer une demande de titre de séjour motif pris du caractère incomplet du dossier ne constitue pas une décision faisant grief susceptible d'être déférée au juge de l'excès de pouvoir ou d'être suspendue sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative lorsque le dossier est effectivement incomplet, en l'absence de l'un des documents mentionnés à l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou lorsque l'absence d'une pièce mentionnée à l'annexe 10 à ce code, auquel renvoie l'article R. 431-11 du même code, rend impossible l'instruction de la demande.
5. Il n'est pas contesté que le dossier de renouvellement de demande de titre de séjour présenté par M. B lors du rendez-vous du 9 juillet 2014 comportait les documents énumérés à l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile portant sur son état civil et sa nationalité. Il comprenait également la preuve que son employeur avait essayé en vain de présenter une nouvelle demande d'autorisation de travail après avoir perdu l'autorisation qu'il avait obtenue auparavant et sur le fondement de laquelle un titre de séjour " salarié " portant sur le même emploi d'agent de restauration avait été délivrée à M. B pour une période allant du 15 mai 2023 au 14 mai 2024. Dans ces circonstances, et au vu des courriels adressés par son employeur au service de la main d'œuvre étrangère faisant état de la perte de l'autorisation de travail et de ses démarches en ligne en vue de déposer une nouvelle demande d'autorisation de travail, l'absence de cette seule pièce, mentionnée au point 4.1 de l'annexe 10 relatif à la carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", auquel renvoie l'article R. 431-11 du même code, ne rendait pas impossible l'instruction de la demande de l'intéressé. Aussi, en l'état de l'instruction, le dossier fourni par M. B doit être regardé comme complet.
6. L'article L. 521-1 du code de justice administrative permet au juge des référés d'ordonner la suspension de l'exécution d'une décision administrative ou de certains de ses effets lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision.
7. La condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence est en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant d'établir la réalité de circonstances particulières qui justifient que la condition d'urgence soit regardée comme remplie.
8. Le refus d'enregistrement de sa demande de renouvellement de titre de séjour a mis M. B dans une situation précaire et a eu notamment pour effet de suspendre son contrat de travail. Ces circonstances établissent la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai de la suspension de l'exécution de cette décision.
9. En l'état de l'instruction, les moyens tirés de ce que le refus d'enregistrer la demande de carte de séjour temporaire de M. B est entaché d'incompétence et d'une erreur de droit sont de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de cette décision. Dans ces conditions, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, il y a lieu d'ordonner la suspension de l'exécution de cette décision.
10. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire. Il n'est pas saisi du principal et se prononce dans les meilleurs délais ".
11. Le juge des référés ne peut, sans excéder sa compétence, ni décider l'annulation d'une décision administrative ni prononcer une injonction qui, ayant des effets identiques à la mesure d'exécution que devrait prendre l'administration à la suite d'une annulation pour excès de pouvoir, n'aurait pas le caractère d'une mesure provisoire.
12. La suspension de cette décision de refus implique seulement que soit fixée une nouvelle date de rendez-vous pour permettre à M. B de déposer son dossier de demande de renouvellement de titre de séjour dans le délai de 30 jours à compter de la notification de la présente ordonnance et que sa demande d'enregistrement de ce dossier soit réexaminée au regard des motifs de la présente ordonnance. Dans les circonstances de l'espèce, compte tenu de la situation précaire dans laquelle la décision même suspendue place M. B au regard des libertés fondamentales comme le droit au travail et le droit d'aller et venir, elle implique également que lui soit remis dans l'attente et à titre provisoire, en l'absence de circonstance nouvelle s'y opposant, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de 3 jours à compter de la notification de la présente ordonnance, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.
13. Il y a lieu, sous réserve de l'admission définitive du requérant à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 900 euros à Me Miran, avocate de M. B, en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée au requérant par le bureau d'aide juridictionnelle, la même somme sera directement versée à M. B en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
ORDONNE :
Article 1er :M. B est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2:L'exécution de la décision la décision par laquelle le préfet de l'Isère a refusé d'enregistrer la demande de titre de séjour de M. B et de lui en délivrer un récépissé est suspendue.
Article 3 :Il est enjoint au préfet de l'Isère au préfet de l'Isère d'inviter M. B à se présenter aux services des étrangers pour déposer son dossier de demande de renouvellement de titre de séjour dans le délai de 30 jours suivant la notification de la présente ordonnance, de réexaminer sa demande d'enregistrement de ce dossier et de lui remettre une autorisation provisoire de séjour lui permettant de travailler dans un délai de 3 jours à compter de la notification de la présente ordonnance dans les conditions énoncées au point 12.
Article 4 :Sous réserve de l'admission définitive de M. B à l'aide juridictionnelle, l'Etat versera la somme de 900 euros à Me Miran, en application des dispositions de l'article de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. B, la même somme lui sera versée en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 :
Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 6 :La présente ordonnance sera notifiée à M. A B, à Me Miran et au ministre de l'intérieur et des outre-mer. Copie en sera adressée au préfet de l'Isère.
Fait à Grenoble, le 19 août 2024.
Le juge des référés,
JL. Ban
La greffière,
J. Bonino
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2405700
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026