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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2405704

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2405704

lundi 19 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2405704
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantHUARD

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Grenoble, statuant en référé, a examiné la demande de suspension de la décision de clôture du dossier de titre de séjour de Mme B et du rejet implicite de sa demande de renouvellement. Le juge a constaté que la décision de clôture du 9 janvier 2024 était devenue sans objet, car la requérante avait été autorisée à déposer une nouvelle demande le 28 mars 2024. S'agissant du rejet implicite, la condition d'urgence a été reconnue, mais aucun moyen sérieux n'a été retenu pour en suspendre l'exécution. La requête a donc été rejetée, sans application des dispositions relatives à l'aide juridictionnelle ou aux frais de justice.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 juillet 2024 et des pièces complémentaires enregistrées le 1er août 2024, Mme A D, représentée par Me Huard, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) de suspendre l'exécution de la décision de clôture de son dossier de demande de titre de séjour du 9 janvier 2024 ;

3°) de suspendre l'exécution de la décision par laquelle le préfet de l'Isère a implicitement rejeté sa demande de renouvellement de son titre de séjour d'un an mention " vie privée et familiale " ;

4°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de deux mois, et à défaut de prendre une décision explicite sur sa demande de titre dans un délai de 15 jours, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ; dans l'attente, de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai de 48 heures à compter de la notification de l'ordonnance à venir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros qui sera versée à son conseil au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

-la condition d'urgence est remplie, dès lors qu'elle a dû interrompre le 22 juin 2024 son contrat d'apprentissage signé le 27 novembre 2023 pour une durée de deux ans ;

- il existe un doute sérieux concernant la légalité de la décision du 9 janvier 2024 :

*elle est entachée d'un défaut de signature et d'incompétence de son auteur ;

*elle est entachée d'une erreur de droit, dès lors que seule l'incomplétude d'une demande de titre de séjour peut légalement justifier le refus d'instruire une telle demande ;

- il existe un doute sérieux concernant la légalité de la décision du 28 juillet 2024 :

*elle méconnaît les articles L. 423-15 et L. 433-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

*elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

*elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiquée au préfet de l'Isère, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête en annulation enregistrée sous le n°2405703.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme C pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience publique du 13 août 2024 à 11h00 au cours de laquelle ont été entendus :

-le rapport de Mme C ;

-les observations de Me Miran, substituant Me Huard, pour la requérante ;

- le préfet de l'Isère n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à 11h40 à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante nigériane née le 24 août 2004, déclare être entrée en France alors qu'elle était mineure, au titre du regroupement familial. Elle a obtenu un premier titre de séjour " vie privée et familiale ", valable du 17 janvier 2023 au 16 janvier 2024, au titre de l'article L. 423-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle a sollicité, en ligne, le renouvellement de son titre de séjour le 6 octobre 2023. Le 9 janvier 2024, est mise à sa disposition sur son espace personnel ANEF (Administration Numérique des Étrangers en France) une attestation de prolongation d'instruction de sa demande, valable du 9 janvier 2024 au 8 avril 2024, mais aussi, concomitamment une notification de clôture de sa demande de renouvellement, au motif que son dossier ne pouvait être instruit, suite à un dysfonctionnement informatique. Elle a déposé une seconde demande de renouvellement titre de séjour le 28 mars 2024, soit après l'expiration de son titre de séjour. Aucune attestation d'instruction de sa demande ne lui a été délivrée.

Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ". En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre Mme B provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur la demande de suspension d'exécution de la notification de clôture de sa demande de renouvellement de titre de séjour, reçue le 9 janvier 2024 :

3. Il ressort des pièces versées au dossier que la requérante établit avoir été confrontée à une clôture de sa demande de renouvellement, déposée le 6 octobre 2023. Toutefois, sa situation administrative a été régularisée, puisqu'elle a été autorisée à déposer une seconde fois sa demande de renouvellement de titre de séjour, le 28 mars 2024. Dans ces conditions, la requérante ne peut plus prétendre à la suspension de cette décision.

Sur la demande de suspension d'exécution de la décision implicite de rejet :

4. L'article L. 521-1 du code de justice administrative permet au juge des référés d'ordonner la suspension de l'exécution d'une décision administrative ou de certains de ses effets lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision.

En ce qui concerne la condition d'urgence :

5. La condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence est en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci.

6. Par ailleurs, aux termes de l'article R. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le silence gardé par l'autorité administrative sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet ". Aux termes de l'article R. 432-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision implicite de rejet mentionnée à l'article R. 432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois. / () ".

7. En l'espèce, Mme B, titulaire d'un titre de séjour mention " vie privée et familiale " valable jusqu'au 28 février 2024, a sollicité le renouvellement de son titre de séjour le 28 mars 2024. Faute d'observation en défense de la part du préfet de l'Isère, il n'est pas contesté que son dossier était complet. Dans ces circonstances, la requérante est fondée à soutenir, alors que plus de quatre mois se sont écoulés depuis le dépôt de sa demande, qu'une décision implicite de rejet est intervenue sur sa demande de renouvellement, en application des dispositions de l'article R. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile rappelées au point 6.

8. A la date à laquelle le juge des référés statue, elle ne dispose plus de document l'autorisant à séjourner en France. Au surplus, Mme B justifie par un document daté du 21 juin 2024 de son employeur, qu'en l'absence de séjour régulier, elle a dû rompre à compter du 22 juin 2024 son contrat d'apprentissage, dont elle dépend financièrement pour subvenir à ses besoins et qui lui est nécessaire pour pouvoir entamer ses études de " BTS MCO 1ère année " au sein de l'établissement Ecoris Grenoble, dont la date limite d'inscription définitive est le 27 septembre 2024. Il s'ensuit qu'au cas d'espèce, Mme B établit l'existence de circonstances particulières propres à sa situation qui justifient que la condition d'urgence, au demeurant présumée s'agissant d'un refus de renouvellement, soit regardée comme remplie.

En ce qui concerne la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée :

9. Aux termes de l'article L. 423-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui a été autorisé à séjourner en France au titre du regroupement familial dans les conditions prévues au chapitre IV du titre III et dont l'un des parents au moins est titulaire d'une carte de séjour temporaire, d'une carte de séjour pluriannuelle ou d'une carte de résident se voit délivrer, dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou entre ses seize et dix-huit ans s'il entre dans les prévisions de l'article L. 421-35, une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an ". Aux termes de l'article L. 433-4 de ce code : " Au terme d'une première année de séjour régulier en France accompli au titre d'un visa de long séjour tel que défini au 2° de l'article L. 411-1 ou, sous réserve des exceptions prévues à l'article L. 433-5, d'une carte de séjour temporaire, l'étranger bénéficie, à sa demande, d'une carte de séjour pluriannuelle dès lors que : () 2° Il continue de remplir les conditions de délivrance de la carte de séjour temporaire dont il était précédemment titulaire.() ".

10. En l'état de l'instruction, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 433-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige.

11. Les deux conditions fixées par les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative étant remplies, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, il y a donc lieu d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision implicite du préfet de l'Isère.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

12. La suspension ordonnée au point 10 implique nécessairement mais seulement que, par application de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, il soit enjoint au préfet de l'Isère de réexaminer la demande de renouvellement présentée par Mme B dans un délai de deux mois à compter de la date de notification de la présente ordonnance. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

13. Dans l'attente de ce réexamen, compte tenu de l'expiration de la durée de validité du titre de séjour de la requérante et de l'absence de délivrance d'attestation d'instruction lors de l'enregistrement de sa demande de renouvellement de titre de séjour du 28 mars 2024, il y a également lieu d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui délivrer une attestation de prolongation d'instruction l'autorisant à travailler, mise à disposition sur son compte ANEF, conformément à l'article R. 431-15-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, valable jusqu'à l'intervention d'une nouvelle décision ou jusqu'à ce qu'il ait été statué au fond sur la requête n° 2405703. Pour ce faire, il y a lieu de lui impartir un délai de 8 jours courant à compter de la date de notification de la présente ordonnance, sous astreinte de 50 euros par jour de retard.

Sur les frais d'instance :

14. Mme B a été admise à l'aide juridictionnelle provisoire. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, partie perdante, la somme de 900 euros en application de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que le conseil de Mme B renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle. Si Mme B n'est pas définitivement admise à l'aide juridictionnelle, la même somme est mise à la charge de l'Etat en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative à verser à Mme B.

O R D O N N E :

Article 1er :Mme B est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 :L'exécution de la décision implicite rejetant de rejet, née du silence gardé par le préfet de l'Isère sur sa demande de renouvellement de titre de séjour pendant 4 mois, est suspendue.

Article 3 :Il est enjoint au préfet de l'Isère de réexaminer la situation administrative de l'intéressée dans le délai de deux mois. Dans l'attente, il est enjoint au préfet de l'Isère délivrer à Mme B une attestation de prolongation d'instruction l'autorisant à travailler, mise à disposition sur son compte ANEF dans un délai de 8 jours à compter de la notification de la présente ordonnance, valable jusqu'à l'intervention d'une nouvelle décision ou jusqu'à ce qu'il ait été statué au fond sur la requête n° 2405703, sous astreinte de 50 euros par jour de retard.

Article 4 :L'Etat versera à Me Huard, avocat de Mme B, une somme de 900 euros au titre de de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que ce dernier renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle. Si Mme B, n'est pas définitivement admise à l'aide juridictionnelle, la même somme est mise à la charge de l'Etat en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative à verser à Mme B.

Article 5 :

Article 6 :Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

La présente ordonnance sera notifiée à Mme A E B, à Me Huard et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet de l'Isère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 août 2024.

La juge des référés,

C. C

La greffière,

E. Berot-Gay

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2405704

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