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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2405730

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2405730

lundi 19 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2405730
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantMIRAN

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Grenoble, statuant en référé, a suspendu l'exécution de la décision implicite du préfet de l'Isère refusant le renouvellement de la carte de séjour "vie privée et familiale" de M. B. Le juge a estimé que la condition d'urgence était remplie, car le refus plaçait le requérant en situation irrégulière et l'empêchait de travailler. Il a également considéré que les moyens soulevés, tirés de la méconnaissance des articles L.433-1 et L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que d'une erreur manifeste d'appréciation, étaient de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision. En conséquence, le tribunal a enjoint au préfet de réexaminer la demande de M. B dans un délai de deux mois.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 30 juillet 2024, M. A B, représenté par Me Miran, demande au juge des référés :

1°) de suspendre, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de la décision du 4 juillet 2024 par laquelle le préfet de l'Isère a implicitement refusé de lui renouveler sa carte de séjour pluriannuelle " vie privée et familiale " ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui délivrer une carte de résident " vie privée et familiale " dans un délai de 2 mois, à défaut, d'adopter une décision explicite sur sa demande dans un délai de 15 jours, et dans l'attente, de lui délivrer un récépissé de dépôt de sa demande de renouvellement de titre de séjour, l'autorisant à travailler, dans un délai de 48 heures à compter de la notification de l'ordonnance à venir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors que la décision attaquée l'empêche de travailler et le place dans une situation irrégulière ;

- il existe un doute sérieux concernant la légalité de la décision de refus d'enregistrement :

*elle méconnait les articles L.433-1 et L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

* elle méconnait les dispositions de l'article L.426-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

*elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Vu :

- la requête en annulation enregistrée sous le n°2405731 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Ban, pour statuer sur les demandes de référé ;

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience publique du 13 août 2024 à 11h au cours de laquelle ont été entendus :

- le rapport de M. Ban, juge des référés ;

- les observations de Me Miran pour M. B.

Le préfet de l'Isère n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. L'article L. 521-1 du code de justice administrative permet au juge des référés d'ordonner la suspension de l'exécution d'une décision administrative ou de certains de ses effets lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision.

2. La condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence est en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant d'établir la réalité de circonstances particulières qui justifient que la condition d'urgence soit regardée comme remplie.

3. M. B, ressortissant ivoirien né le 2 mai 2021, est titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " vie privée et familiale " et valable du 16 avril 2020 au 15 avril 2024. Après avoir entrepris des démarches le 12 janvier 2024 et s'être rendu en préfecture au rendez-vous donné le 5 mars 2024, il a demandé, le même jour, le renouvellement de son titre de séjour en ligne. Par sa requête, il demande la suspension, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de l'exécution de la décision implicite du 5 juillet 2024 par laquelle le préfet de l'Isère a refusé de lui renouveler son titre de séjour.

4. M. B est titulaire d'un contrat à durée indéterminée en qualité d'opérateur de production depuis le 6 février 2023. A la date de la présente ordonnance, soit, en tout état de cause, au-delà de la période de trois mois prévus par l'article L. 433-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pendant laquelle il conserve ses droits sous réserve d'avoir déposé sa demande dans le délai imparti par l'article R. 431-5 du même code, ce refus de renouvellement de titre de séjour le place dans une situation irrégulière alors que, par ailleurs, sa demande de naturalisation est en cours d'instruction. Il justifie ainsi de l'urgence pour lui de bénéficier à très bref délai de la suspension de l'exécution de la décision en litige.

5. En l'état de l'instruction les moyens tirés de la méconnaissance de l'article L.433-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de la méconnaissance de l'article L.423-23 du même code et de l'erreur manifeste d'appréciation sont de nature à faire naître un doute sérieux sur la légalité de la décision implicite dont la suspension est demandée.

6. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire. Il n'est pas saisi du principal et se prononce dans les meilleurs délais ".

7. L'exécution de la présente ordonnance implique seulement mais nécessairement que le préfet de l'Isère procède au réexamen de la demande de renouvellement de titre de séjour de M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance et, dans l'attente, de lui délivrer, dans un délai de trois jours, un document provisoire justifiant de la régularité de son séjour et l'autorisant à travailler, valable jusqu'à ce que ce réexamen ait été effectué. En revanche, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 900 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

ORDONNE :

Article 1er :L'exécution de la décision implicite refusant le renouvellement d'un titre de séjour à M. B est suspendue.

Article 2:Il est enjoint au préfet de l'Isère de réexaminer la demande de renouvellement de titre de séjour de M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance et, dans l'attente, de lui délivrer, dans un délai de trois jours, un document provisoire justifiant de la régularité de son séjour et l'autorisant à travailler,

Article 3 :L'Etat versera la somme de 900 euros à M. B au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 :Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 :La présente ordonnance sera notifiée à M. A B, à Me Miran et au ministre de l'intérieur et des outre-mer. Copie en sera adressée au préfet de l'Isère.

Fait à Grenoble, le 19 août 2024.

Le juge des référés,

JL. Ban

La greffière,

J. Bonino

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2405730

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