lundi 19 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2405739 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | MIRAN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 30 juillet 2024, M. A B, représenté par Me Miran, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de l'admettre provisoirement à l'aide juridictionnelle ;
2°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision implicite par laquelle le préfet de l'Isère a refusé de faire droit à sa demande de renouvellement de son titre de séjour d'un an mention " vie privée et familiale " ;
3°) d'enjoindre au préfet de l'Isère, de lui délivrer ce titre de séjour dans un délai de 2 mois à compter de la notification de l'ordonnance à venir ; à défaut, de réexaminer sa demande dans un délai de 15 jours et, dans l'attente, de lui délivrer un récépissé de dépôt de sa demande de renouvellement de titre de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai de 48 heures à compter de la notification de l'ordonnance à venir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros qui sera versée à son conseil au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est remplie ; il est privé de son droit au travail et risque de perdre sa place à l'IMT de Grenoble ;
- il existe un doute sérieux concernant la légalité de la décision attaquée :
*elle méconnaît les articles L. 433-1, L. 433-4 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; il doit se voir délivrer une carte de séjour pluriannuelle de quatre ans ;
*elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
La requête a été communiquée au préfet de l'Isère, qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête en annulation enregistrée sous le n°2405737.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme D pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience publique du 13 août 2024 à 11 heures au cours de laquelle ont été entendus :
- le rapport de Mme D ;
- les observations de Me Miran, pour le requérant ; elle soulève un nouveau moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le préfet de l'Isère n'était ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à 11h55 l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant ivoirien né le 3 novembre 2023, déclare être entré mineur sur le territoire français. Il a obtenu un premier titre de séjour valable du 17 décembre 2021 au 16 décembre 2022, puis un second titre de séjour valable du 21 avril 2023 au 20 avril 2024, dont il a sollicité le renouvellement en ligne le 7 février 2024, soit avant son expiration. Aucune attestation d'instruction de sa demande ne lui a été délivrée.
Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ". En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre M. B, provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur la demande de suspension d'exécution :
3. L'article L. 521-1 du code de justice administrative permet au juge des référés d'ordonner la suspension de l'exécution d'une décision administrative ou de certains de ses effets lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision.
En ce qui concerne la condition d'urgence :
4. La condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence est en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci.
5. Par ailleurs, aux termes de l'article R. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le silence gardé par l'autorité administrative sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet ". Aux termes de l'article R. 432-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision implicite de rejet mentionnée à l'article R. 432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois. / () ".
6. En l'espèce, M. B, titulaire d'un titre de séjour mention " vie privée et familiale " valable jusqu'au 20 avril 2024, a sollicité le renouvellement de son titre de séjour le 7 février 2024. Faute d'observation en défense de la part du préfet de l'Isère, il n'est pas contesté que son dossier était complet. Dans ces circonstances, le requérant est fondé à soutenir, alors que plus de quatre mois se sont écoulés depuis le dépôt de sa demande, qu'une décision implicite de rejet est intervenue sur sa demande de renouvellement, en application des dispositions de l'article R.432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile rappelées au point 5.
7. A la date à laquelle le juge des référés statue, il ne dispose plus de document l'autorisant à séjourner en France. Au surplus, M. B, qui a validé un CAP le 7 juillet 2023, justifie, par un mail du 16 juillet 2024 de la coordinatrice pédagogique et administrative de l'IMT de Grenoble, souhaiter continuer ses études en Bac professionnel " électricien " au sein de cet établissement et ne pouvoir valider son inscription que sous réserve que son droit au séjour soit régularisé, étant entendu que la date limite d'inscription définitive à l'IMT est le 1er septembre 2024. Il s'ensuit qu'au cas d'espèce, il établit l'existence de circonstances particulières propres à sa situation qui justifient que la condition d'urgence, au demeurant présumée s'agissant d'un refus de renouvellement, soit regardée comme remplie.
En ce qui concerne la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée :
8. Aux termes de l'article L. 433-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Au terme d'une première année de séjour régulier en France accompli au titre d'un visa de long séjour tel que défini au 2° de l'article L. 411-1 ou, sous réserve des exceptions prévues à l'article L. 433-5, d'une carte de séjour temporaire, l'étranger bénéficie, à sa demande, d'une carte de séjour pluriannuelle dès lors que : () 2° Il continue de remplir les conditions de délivrance de la carte de séjour temporaire dont il était précédemment titulaire.() ".
9. Il ressort des pièces du dossier que le requérant, après l'obtention de son CAP spécialité Electricité en juillet 2023, a travaillé comme électricien plusieurs mois en 2024 pour la société EGD située à Saint-Martin-d'Hères. Désireux de reprendre ses études, il s'est inscrit en bac professionnel dans cette même filière au titre de l'année 2024-2025. En l'état de l'instruction, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 433-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige.
10. Les deux conditions fixées par les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative étant remplies, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, il y a donc lieu d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision implicite du préfet de l'Isère.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
11. La suspension ordonnée au point 10 implique nécessairement mais seulement que, par application de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, il soit enjoint au préfet de l'Isère de réexaminer la demande de renouvellement présentée par M. B dans un délai de deux mois compter de la date de notification de la présente ordonnance. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
12. Dans l'attente de ce réexamen, compte tenu de l'expiration de la durée de validité du titre de séjour du requérant et de l'absence de délivrance d'attestation d'instruction lors de l'enregistrement de sa demande de renouvellement de titre de séjour, il y a également lieu d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui délivrer une attestation d'instruction l'autorisant à travailler, mise à disposition sur son compte ANEF, conformément à l'article R. 431-15-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, valable jusqu'à l'intervention d'une nouvelle décision ou jusqu'à ce qu'il ait été statué au fond sur la requête n° 2405737. Pour ce faire, il y a lieu de lui impartir un délai de 8 jours courant à compter de la date de notification de la présente ordonnance, sous astreinte de 50 euros par jour de retard.
Sur les frais d'instance :
13. M. B a été admis à l'aide juridictionnelle provisoire. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, partie perdante, la somme de 900 euros en application de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que le conseil de M. B renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle. Si M. B n'est pas définitivement admis à l'aide juridictionnelle, la même somme est mise à la charge de l'Etat en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative à verser à M. B.
O R D O N N E :
Article 1er :M. B est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 :L'exécution de la décision implicite rejetant sa demande de titre née du silence gardé par l'administration sur sa demande de renouvellement de titre de séjour pendant 4 mois est suspendue.
Article 3 :Il est enjoint au préfet de l'Isère de réexaminer la situation administrative de l'intéressé dans le délai de deux mois. Dans l'attente, il est enjoint au préfet de l'Isère de délivrer à M. B une attestation d'instruction l'autorisant à travailler, mise à disposition sur son compte ANEF dans un délai de 8 jours à compter de la notification de la présente ordonnance, valable jusqu'à l'intervention d'une nouvelle décision ou jusqu'à ce qu'il ait été statué au fond sur la requête n° 2405737, sous astreinte de 50 euros par jour de retard.
Article 4 :L'Etat versera à Me Miran, avocate de M. B, une somme de 900 euros au titre de de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que cette dernière renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle. Si M. B n'est pas définitivement admis à l'aide juridictionnelle, la même somme est mise à la charge de l'Etat en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative à verser à Mme C.
Article 5 :
Article 6 :Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
La présente ordonnance sera notifiée à M. A B, à Me Miran et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée au préfet de l'Isère.
Fait à Grenoble le 19 août 2024.
La juge des référés,
C. D
La greffière,
C. Jasserand
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2405739
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026