Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2405955
jeudi 5 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2405955 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Avocat requérant | LAMY |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 2 août 2024, M. D B, représenté par Me Lamy, demande au juge des référés :
1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Isère, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, de lui accorder un rendez-vous afin de déposer sa demande de renouvellement de titre de séjour, dans un délai de cinq jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir et de lui délivrer, dans l'attente et sous un délai de 48 heures, un document justifiant de son droit au séjour avec autorisation de travail ;
3°) de mettre à la charge du préfet de l'Isère une somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. B soutient que l'impossibilité de déposer une demande de renouvellement de son titre de séjour en qualité de conjoint de français va le placer en situation irrégulière et le priver du droit de travailler alors qu'il est employé comme agent d'assemblage par Caterpillar.
Vu :
- le code l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme C pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. M. B ressortissant algérien né en 1985, a épousé Mme A, ressortissante française, en mars 2022 et est entré en France en cette qualité en juin 2023. Le 18 septembre 2023, il s'est vu délivrer une attestation de décision favorable sur une première demande de titre de séjour précisant qu'un certificat de résident algérien valable jusqu'au 18 septembre 2024 était en cours de fabrication. Malgré ses démarches, il n'est parvenu ni à faire un changement d'adresse pour se domicilier dans l'Isère, ni à demander le renouvellement de ce titre qui semble ne lui avoir pas été remis.
Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :
2. Compte tenu de l'urgence qu'il y a à statuer sur le recours de M. B il y a lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :
3. D'une part, aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision ".
4. D'autre part, aux termes de l'article R. 431-2 du code l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatif aux demandes de titre de séjour par l'intermédiaire d'un téléservice : " Les personnes qui ne sont pas en mesure d'effectuer elles-mêmes le dépôt en ligne de leur demande bénéficient d'un accueil et d'un accompagnement leur permettant d'accomplir cette formalité. / En outre, une solution de substitution, prenant la forme d'un accueil physique permettant l'enregistrement de la demande, est mise en place pour l'étranger qui, ayant accompli toutes les diligences qui lui incombent, notamment en ayant fait appel au dispositif d'accueil et d'accompagnement prévu à l'alinéa précédent, se trouve dans l'impossibilité constatée d'utiliser le téléservice pour des raisons tenant à la conception ou au mode de fonctionnement de celui-ci ".
5. Il résulte de l'instruction que depuis début juillet 2024, M. B tente vainement d'obtenir un rendez-vous sur le site de la préfecture de l'Isère pour déposer sa demande de renouvellement de carte de résident. Il indique sans contestation qu'il ne peut accomplir cette démarche auprès du téléservice Anef, qui lui répond que l'administration n'a pas connaissance de la date de remise de son dernier titre de séjour et qu'il doit contacter le site de la préfecture compétente. Ainsi et malgré l'accomplissement justifié des diligences qui incombent au demandeur, M. B ne peut faire enregistrer sa demande, sans que ces obstacles ne traduisent l'existence d'une décision administrative.
6. Par suite et dès lors que l'intéressé travaille et que son certificat de résidence expire le 18 septembre 2024, il y a lieu d'enjoindre au préfet de lui donner, sous trois jours, un rendez-vous, qui aura lieu dans un délai de dix jours, afin qu'il puisse faire enregistrer sa demande. En revanche, il ne peut être fait droit à la demande tendant à la délivrance sous 48 heures d'un document attestant d'un droit au séjour, étant au demeurant rappelé que le requérant dispose d'un droit au séjour jusqu'au 18 septembre.
Sur les frais du litige :
8.Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 600 euros à verser au conseil du requérant en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
O R D O N N E :
Article 1er : M. B est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de l'Isère de donner à M. B, sous trois jours, un rendez-vous, qui aura lieu dans un délai de dix jours, afin qu'il puisse faire enregistrer sa demande de renouvellement de titre de séjour.
Article 3 : L'Etat versera une somme de 600 euros à Me Lamy sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à la part contributive de l'Etat et de l'admission définitive de M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 600 euros sera versée à M. B.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B et au préfet de l'Isère.
Fait à Grenoble, le 5 septembre 2024,
La juge des référés,
A. C
La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.