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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2406124

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2406124

lundi 23 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2406124
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge unique 1
Avocat requérantMIRAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 août 2024 et un mémoire enregistré le 19 septembre 2024 M. A B, représenté par Me Miran, demande au tribunal :

1°) de lui accorder, à titre provisoire, le bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du préfet de la Drôme du 1er août 2024 rejetant sa demande de titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire sans délai et lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée de trois ans ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Drôme de supprimer le signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen (SIS) ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté en litige est entaché :

o d'une insuffisance de motivation ;

o d'un défaut d'examen particulier et complet ;

o d'un vice de procédure en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour ;

o d'une méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

o d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- l'absence de délai de départ volontaire est entachée :

o d'un défaut de motivation ;

o de disproportion et d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- l'interdiction de retour sur le territoire français :

o doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français ;

o est entachée d'une erreur de fait, d'une erreur manifeste d'appréciation et de disproportion.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 18 et 20 septembre 2024, le préfet de la Drôme conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir dans le dernier état de ses écritures que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Thierry, vice-président, pour statuer sur les litiges visés à l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Thierry, président-rapporteur

- et les observations de Me Huard, substituant Me Miran représentant M. B.

A l'audience, il a été soutenu, pour M. B que :

- le délai de départ volontaire ne pouvant être matériellement respecté en raison de son incarcération, et alors que le non-respect de ce délai a des conséquences sur la délivrance ultérieure d'un visa, celui-ci est illégal. Par ailleurs sa compagne et son enfant, résident sur le territoire français ;

- la défense du requérant ne peut être assurée dans des conditions normales puisqu'il n'a pas été extrait du centre de détention où il est incarcéré et n'a ainsi pas été en mesure de présenter des observations ni de rencontrer l'avocat désigné d'office.

- les éléments versés par le préfet ne sont pas suffisamment caractérisés pour justifier qu'il constitue effectivement une menace à l'ordre public.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant guinéen, né en 1999, demande l'annulation de l'arrêté du 21 août 2024 par lequel le préfet de l'Isère a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de trois ans.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président () ". Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application de ces dispositions, l'admission provisoire de M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la recevabilité de la requête :

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. La circonstance que M. B n'a pas été extrait du centre de détention dans lequel il est incarcéré, pour lui permettre d'assister à l'audience devant le tribunal administratif de Grenoble, certes regrettable, est sans influence sur la légalité de la décision litigieuse. Elle n'a pas fait obstacle, au demeurant, à ce qu'il soit représenté au moment de l'audience et que des observations soient présentées pour son compte.

En ce qui concerne le refus de renouvellement de son titre de séjour :

4. En premier lieu, l'arrêté litigieux vise les textes dont il est fait application et expose de façon suffisante les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. B. Ces indications qui constituent le fondement de la décision litigieuse permettent au requérant d'en contester utilement le bien-fondé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

5. En deuxième lieu, alors que la décision fait état de la prise en considération d'éléments propres à la situation de M. B, aucun élément du dossier ne permet d'établir que le préfet de la Drôme n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation.

6. En troisième lieu, M. B, expose qu'il est entré en France en 2015 où il a été pris en charge par l'aide sociale à l'enfance à l'âge de 16 ans. Il a bénéficié d'un titre séjour à compter du 8 septembre 2017, renouvelé jusqu'au 22 septembre 2022. Condamné le 28 juin 2024 à cinq ans de réclusion criminelle pour des faits de viol et actuellement incarcéré au centre pénitentiaire de Valence, M. B ne fait état d'aucune insertion professionnelle ou sociale particulière. Il ne conteste pas les indications du préfet de la Drôme selon lesquels, sa compagne, qui est la mère de son enfant âgé d'un an, se trouve en situation irrégulière sur le territoire français. Il ne ressort ainsi pas des pièces du dossier qu'à l'issue de sa détention, M. B ne sera pas en mesure de reconstituer son foyer familial avec son enfant et sa compagne dans son pays d'origine. Dans ces circonstances, il n'est pas fondé à soutenir que la décision lui refusant le renouvellement de son titre de séjour est entachée d'une méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

7. En quatrième lieu, pour les mêmes motifs, il n'est pas davantage fondé à soutenir que cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 432-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département, est instituée une commission du titre de séjour () ". Aux termes de L. 432-13 du même code : " La commission est saisie par l'autorité administrative lorsque celle-ci envisage de refuser de délivrer ou de renouveler une carte de séjour temporaire à un étranger mentionné à l'article L. 423-23 () ".

9. Le préfet n'est tenu de saisir cette commission que du cas des seuls étrangers qui remplissent effectivement les conditions prévues par ces textes auxquels il envisage de refuser le titre de séjour sollicité et non de celui de tous les étrangers qui s'en prévalent. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à soutenir qu'il remplit effectivement les conditions prévues par ces textes. Le moyen tiré du vice de procédure, faute pour le préfet de n'avoir pas saisi la commission du titre de séjour, doit ainsi être écarté.

En ce qui concerne l'absence de délai de départ volontaire :

10. En premier lieu, contrairement à ce qui est soutenu la décision refusant d'accorder à M. B un délai de départ volontaire a fait l'objet d'une motivation spécifique et suffisante.

11. En deuxième lieu, aux termes de l'article L.612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. () ". L'article L.612-2 du même code dipose : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; 2° L'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour au motif que sa demande était manifestement infondée ou frauduleuse ; 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ".

12. Les faits de viol dont M. B a été reconnu coupable et qui lui ont valu une peine de réclusion criminelle de cinq ans sont suffisamment graves et récents pour que le préfet de la Drôme puisse, sans erreur d'appréciation, considérer que son comportement constitue une menace à l'ordre public. M. B entrait dès lors dans la catégorie des étrangers à qui l'autorité compétente peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire pour l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français à laquelle ils sont par ailleurs soumis.

13. Il ne ressort pas des dispositions précitées, ni d'aucune autre du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que l'autorité compétente pour fixer le délai de départ volontaire soit tenue de prendre en compte la circonstance que l'étranger concerné par une mesure d'éloignement est, en raison de son incarcération, placé dans l'impossibilité d'exécuter sans délai la décision d'obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. M. B ne fait état d'aucun texte ni d'aucun principe qui ferait obstacle à ce que le préfet puisse légalement refuser de lui accorder un délai de départ volontaire. M. B n'étant pas actuellement en mesure de déférer à l'obligation qui lui est faite de quitter le territoire français en raison de son incarcération au centre de détention de Valence, il y a lieu de considérer que cette obligation prendra effet immédiatement à la fin de sa détention en France. Dans ces circonstances M. B n'est pas fondé à soutenir qu'en refusant de lui accorder un délai de départ volontaire le préfet de la Drôme a entaché sa décision d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

14. En premier lieu. Il résulte de ce qui précède qu'aucun des moyens soulevés par M. B contre la décision l'obligeant à quitter le territoire français n'est fondé. Dès lors M. B n'est pas davantage fondé à soutenir que la décision lui interdisant le retour sur le territoire français doit être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.

15. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. ". L'article L. 612-10 du même code dispose que : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. ".

16. En l'espèce, compte tenu de la menace à l'ordre public que représente M. B et de la possibilité dont il dispose de reconstituer sa cellule familiale dans son pays d'origine où vit d'ailleurs une partie de sa famille, il n'est pas fondé à soutenir qu'en lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée de trois ans le préfet de la Drôme a entaché sa décision d'une erreur de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation.

17. Il résulte de ce qui précède que l'ensemble des conclusions à fin d'annulation de la requête doit être rejeté.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

18. La présente décision n'impliquant aucune mesure d'exécution de la part du préfet de la Drôme, les conclusions à fin d'injonction de M. B doivent être rejetées.

Sur les conclusions relatives aux frais non compris dans les dépens :

19. Ayant obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle, son avocate, Me Miran peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Toutefois celles-ci font obstacle à ce que le tribunal fasse bénéficier la partie la partie perdante du paiement par l'autre partie d'une somme au titre des honoraires et frais non compris dans les dépens que le bénéficiaire de l'aide auraient exposés s'ils n'avaient pas eu cette aide. Les conclusions de M. B en ce sens doivent par suite être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 :La requête de M. B est rejetée.

Article 3 :Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Drôme.

Décision rendue publique par mise à disposition au greffe le 23 septembre 2024.

Le magistrat désigné,

P. Thierry La greffière,

A. Zanon

La République mande et ordonne au préfet de la Drôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 24061242

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