mercredi 9 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2406157 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Juge unique 4 |
| Avocat requérant | DELCHAMBRE |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance du 7 décembre 2023, enregistrée le 13 août 2024 au greffe du tribunal, la magistrate désignée du tribunal administratif de Lyon a transmis au tribunal, en application de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, la requête présentée par M. E B.
Par cette requête enregistrée au greffe du tribunal administratif de Lyon le 5 décembre 2023, M. E B, représenté par Me Delchambre, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 2 décembre 2023 par lequel la préfète du Rhône lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire et avec interdiction de retour pendant une durée de 12 mois et a fixé le pays de destination ;
2°) d'annuler l'arrêté du 3 décembre 2023 par lequel le préfet de la Drôme l'a assigné à résidence pour une durée de 45 jours ;
3°) d'enjoindre à l'autorité compétence de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans le délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir et de réexaminer sa situation dans le délai de deux mois ;
4°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire et de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l'obligation de quitter le territoire français est entachée d'incompétence ;
- elle a été édictée en violation du droit d'être entendu préalablement à toute décision défavorable tiré du principe général du droit de l'Union européenne des droits de la défense ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation et elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3-1 de la convention internationale sur les droits de l'enfant ;
- la décision fixant un délai de départ volontaire doit être annulée en raison de l'illégalité de la décision précédente et en raison de l'erreur manifeste d'appréciation dont elle est entachée ;
- la décision fixant le pays de destination doit être annulée en raison de l'illégalité des décisions précédentes et dès lors qu'elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'erreur de droit et d'insuffisance de motivation ; elle est également entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- l'assignation à résidence doit être annulée en raison de l'erreur manifeste d'appréciation dont elle est entachée.
Par un mémoire en défense enregistré le 6 décembre 2023, le préfet de la Drôme conclut au rejet des conclusions de la requête aux fins d'annulation de son arrêté portant assignation à résidence et des conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
La préfète du Rhône n'a pas présenté de conclusions en défense.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signé à New York le 26 janvier 1990 ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union Européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. C ;
- les observations de Me Delchambre, avocat de M. B, qui reprend les moyens invoqués dans la requête et précise que l'assignation à résidence n'a pas été renouvelée.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant Albanais né en 1992, est entré en France avec son épouse le 1er juin 2018 selon ses déclarations. Sa demande d'asile a été rejetée en dernier lieu par la Cour nationale du droit d'asile le 25 janvier 2019 et il a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français du 8 avril 2019 qui a été exécutée le 25 février 2020. A la suite d'un contrôle d'identité, le préfet du Rhône a pris à son encontre le 2 décembre 2023 un arrêté portant obligation de quitter sans délai le territoire français avec interdiction de retour pendant une durée d'un an. Par un arrêté du 3 décembre 2023 le préfet de la Drôme l'a assigné à résidence pour une durée de quarante cinq jours. M. B demande l'annulation de ces décisions.
2. Eu égard à l'urgence à statuer sur la requête, il y a lieu d'admettre M. B au bénéfice provisoire de l'aide juridictionnelle.
Sur l'obligation de quitter le territoire français et la décision fixant le pays de destination :
3. L'arrêté a été signé par M. D A, sous-préfet de l'arrondissement de Villefranche-sur-Saône qui bénéficiait, par arrêté de la préfète du Rhône du 2 mars 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le 6 mars 2023, d'une délégation pour signer de tels actes lors des permanences du corps préfectoral. Il ressort des pièces du dossier qu'à cette date, M. A était chargé d'assurer la permanence. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions contestées manque ainsi en fait et doit être écarté.
4. Il ressort du procès-verbal d'audition de M. B du 2 décembre 2023 que les services de police l'ont informé qu'il était susceptible de faire l'objet d'une décision d'éloignement et ont recueilli ses observations. Le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu notamment énoncé par l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne (UE) et affirmé par un principe général du droit de l'UE doit être écarté.
5. M. B soutient qu'il est arrivé en France avec son épouse en 2018, que leurs deux enfants sont nés en France en 2018 et 2023, qu'ils sont locataires de leur logement, qu'il a de sérieuses perspectives d'insertion professionnelle et un large réseau amical en France où il a ainsi fixé le centre de ses intérêts sociaux et familiaux. Toutefois, le requérant a passé la plus grande partie de sa vie dans son pays d'origine, comme son épouse qui séjourne également irrégulièrement en France. Si M. B justifie de ses efforts d'acquisition de la langue française et produit une promesse d'embauche de la société B construction postérieure à l'arrêté attaqué, il ne justifie pas d'une intégration sociale particulière. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que la famille de M. B, dont tous les membres ont la même nationalité, ne pourrait pas mener une vie normale en Albanie. Eu égard à l'ensemble de ces circonstances, l'obligation de quitter le territoire français dont le requérant fait l'objet n'est pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle et n'a pas porté à son droit au respect de la vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels cette décision a été prise, en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
6. Il résulte des circonstances exposées au point précédent qu'alors même que l'aîné des enfants de M. B, âgé de cinq ans à la date de l'arrêté, maîtriserait peu la langue parlée en Albanie, l'obligation de quitter le territoire français ne méconnaît pas l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
7. Il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre par le préfet du Rhône.
8. Il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à exciper de son, illégalité pour demander l'annulation de la décision fixant le pays de destination.
9. Le requérant ne produit aucun élément de nature à établir qu'il courrait en Albanie des risques de subir des traitements prohibés par l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de destination méconnaît ces stipulations doit dès lors être écarté.
Sur le refus d'octroi d'un délai de départ volontaire et l'interdiction de retour :
10. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes des dispositions de l'article L. 612-3 du même code i : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. "
11. Le refus d'octroi à M. B d'un délai de départ volontaire, fondé sur les dispositions citées au point précédent, mentionne que celui-ci allègue résider au 10 rue Jean-Claude Curnier à Crest sans justifier du caractère stable et établi de cette domiciliation. Toutefois, le requérant justifie qu'il est locataire d'une maison depuis le mois de mai 2022 dont il paye le loyer, qu'il a souscrit pour cette habitation une assurance, de même que pour son véhicule et pour la responsabilité scolaire de son enfant scolarisé. Il justifie par ailleurs détenir un passeport en cours de validité. Il est dès lors fondé à soutenir qu'en estimant que le risque qu'il se soustrait à l'obligation de quitter le territoire français était établi en l'absence de circonstances particulières, le préfet du Rhône a fait une application erronée des dispositions précitées. Par suite, le refus d'octroi à M. B d'un délai de départ volontaire doit être annulé.
12. L'interdiction de retour sur le territoire français prononcée à l'encontre de M. B, fondée sur les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile selon lesquelles l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une telle mesure lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation du refus d'octroi d'un délai de départ volontaire.
Sur l'assignation à résidence :
13. Aux termes de l'article L.731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction alors applicable : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; 2° L'étranger doit être éloigné en exécution d'une interdiction de retour sur le territoire français prise en application des articles L. 612-6, L. 612-7 et L. 612-8 ; () ".
14. L'assignation à résidence interdiction de M. B doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation du refus d'octroi d'un délai de départ volontaire et de l'interdiction de retour sur le territoire français prononcée à son encontre.
Sur les conclusions aux fins d'injonction ;
15. Le présent jugement n'impliquant aucune mesure d'exécution, les conclusions aux fins d'injonction doivent être rejetées.
Sur les frais liés à l'instance :
16. M. B étant admis à titre provisoire à l'aide juridictionnelle, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Delchambre, avocat de M. B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Delchambre de la somme de 800 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. B par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 800 euros lui sera versée.
D E C I D E :
Article 1er : M. B est admis à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Les décisions de la préfète du Rhône du 2 décembre 2023 portant refus d'octroi à M. B d'un délai de départ volontaire et interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an sont annulées.
Article 3 : L'arrêté du 3 décembre 2023 par lequel le préfet de la Drôme a assigné à résidence à M. B pour une durée de 45 jours est annulé.
Article 4 : Sous réserve que Me Delchambre, avocat de M. B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle, l'Etat versera à Me Delchambre la somme de 800 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. B par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 800 euros lui sera versée.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. E B, à Me Delchambre, à la préfète du Rhône et au préfet de la Drôme.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 octobre 2024.
Le magistrat désigné,
T. C
La greffière,
L. Rouyer
La République mande et ordonne au préfet de la Drôme en ce qui le concerne et à tous commissaire de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026