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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2406321

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2406321

vendredi 6 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2406321
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantMARGAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 août 2024, Mme B A, représentée par Me Margat, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la décision orale du 27 juin 2024 par laquelle les services de la préfecture de l'Isère ont refusé d'enregistrer sa demande de renouvellement de titre de séjour, jusqu'à ce qu'il lui soit délivré la carte de séjour " vie privée et familiale " ou qu'il soit statué au fond sur sa demande ;

2°) d'enjoindre au préfet de la convoquer aux fins d'enregistrement de sa demande de renouvellement de son titre " vie privée et familiale " et à cette occasion, de lui délivrer un récépissé assorti d'une autorisation de travail, ce dans les quarante-huit heures de la notification de l'ordonnance, et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de réexaminer sa situation dans un délai de 8 jours à compter de l'ordonnance à intervenir et dans l'attente, d'enjoindre à la préfecture de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour assortie d'une autorisation de travail dans les 48 heures de la notification de l'ordonnance, renouvelable jusqu'à la délivrance du titre de séjour ou qu'il soit statué au fond sur sa demande, et ce sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de lui accorder l'aide juridictionnelle à titre provisoire et de mettre à la charge de l'État une somme de 1 000 euros à verser à son avocate en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors que d'une part, elle est présumée, dans la mesure où elle a présenté une demande de renouvellement de titre de séjour, et que d'autre part, la décision la prive d'une autorisation de séjour et de tout moyen de subsistance ;

- la décision est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation et d'examen de sa situation ;

- elle méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 21 août 2024 sous le numéro 2406308 par laquelle Mme A demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Pfauwadel, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 4 juin 2024 en présence de Mme Jasserand, greffière d'audience, M. Pfauwadel a lu son rapport et entendu les observations de Me Margat, avocate de Mme A.

La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () " .

2. Mme A, ressortissante guinéenne entrée en France en 2020 alors qu'elle était mineure, s'est présentée le 27 juin 2024 à la préfecture de l'Isère pour demander le renouvellement de sa carte de séjour mention " vie privée et familiale " valable du 7 juillet 2023 au 6 juillet 2024. Elle soutient sans être contredite que son dossier était complet, l'enregistrement de sa demande ayant été refusé au motif qu'elle ne justifiait pas de liens familiaux sur le territoire français. Mme A demande la suspension de l'exécution de cette décision.

3. La requérante fait valoir que la décision l'empêche de contracter une formation en alternance et la met ainsi dans une situation précaire, alors qu'elle résidait jusqu'à présent régulièrement en France. La condition d'urgence doit dès lors être regardée comme remplie.

4. En l'état de l'instruction le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de celle-ci. Dès lors, il y a lieu d'ordonner la suspension de l'exécution de cette décision.

5. Il y a lieu d'enjoindre au préfet de l'Isère de fixer un rendez-vous à Mme A dans le délai de 8 jours à compter de la notification de la présente ordonnance et sous astreinte de 100 euros par jour de retard, afin de lui permettre de déposer sa demande de renouvellement de titre de séjour.

6. La délivrance d'un récépissé étant subordonnée par les dispositions de l'article R. 431-12 du code l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à l'admission à souscrire une demande, et notamment au caractère complet du dossier qu'il appartiendra aux services de la préfecture de vérifier, les conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint au préfet de délivrer un tel document doivent être rejetées.

7. Eu égard à l'urgence à statuer sur la requête, Mme A est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire. Son avocate peut dès lors se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Margat renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de sa cliente à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Margat de la somme de 600 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme A par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 600 euros sera versée à cette dernière.

O R D O N N E :

Article 1er : Mme A est admise provisoirement à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'exécution de la décision du 27 juin 2024 par laquelle les services de la préfecture de l'Isère ont refusé d'enregistrer la demande de titre de séjour de Mme A est suspendue.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de l'Isère de fixer un rendez-vous à Mme A dans le délai de 8 jours à compter de la notification de la présente ordonnance et sous astreinte de 100 euros par jour de retard passé cette date, afin de lui permettre de déposer sa demande de renouvellement de titre de séjour.

Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de Mme A à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Margat renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera Me Margat, avocate de Mme A, une somme de 600 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme A par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 600 euros lui sera versée.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A, à Me Margat, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au préfet de l'Isère.

Fait à Grenoble, le 6 septembre 2024.

Le juge des référés,

T. Pfauwadel

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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