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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2406327

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2406327

mercredi 4 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2406327
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantSCHURMANN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I- Par une requête enregistrée le 21 août 2024, sous le n°2406327, Mme E D, représentée par Me Schürmann, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 1er août 2024 par lequel le préfet de l'Isère l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle serait éloignée et lui a interdit le retour sur le territoire pour une durée d'un an ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 200 euros en application des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme D soutient que l'arrêté attaqué :

- a été signé par une autorité incompétente ;

- est insuffisamment motivé et a été pris après un examen insuffisant de sa situation ;

- est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- méconnaît son droit à être entendue ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme.

Par un mémoire en défense enregistré le 18 septembre 2024, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Le préfet conteste chacun des moyens invoqués.

II- Par une requête enregistrée le 21 août 2024, sous le n°2406328, M. C D, représentée par Me Schürmann, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 1er août 2024 par lequel le préfet de l'Isère l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il serait éloigné et lui a interdit le retour sur le territoire pour une durée d'un an ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 200 euros en application des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

M. C D soutient que l'arrêté attaqué :

- a été signé par une autorité incompétente ;

- est insuffisamment motivé et a été pris après un examen insuffisant de sa situation ;

- est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- méconnaît son droit à être entendu ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme.

Par un mémoire en défense enregistré le 18 septembre 2024, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Le préfet conteste chacun des moyens invoqués.

III- Par une requête enregistrée le 21 août 2024, sous le n°2406329, M. G D, représenté par Me Schürmann, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 1er août 2024 par lequel le préfet de l'Isère l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il serait éloigné et lui a interdit le retour sur le territoire pour une durée d'un an ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 200 euros en application des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

M. G D soutient que l'arrêté attaqué :

- a été signé par une autorité incompétente ;

- est insuffisamment motivé et a été pris après un examen insuffisant de sa situation ;

- est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- méconnaît son droit à être entendu ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme.

Le préfet de l'Isère a présenté un mémoire en défense enregistré le 9 octobre 2024 qui n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, M. Doulat a lu son rapport et entendu les observations de M. F représentant le préfet de l'Isère.

Considérant ce qui suit :

1. Mme E D, ressortissante kosovare, née le 23 mars 1977, déclare être entrée en France le 2 décembre 2022 en compagnie de son conjoint de nationalité kosovare C Abdyli, né le 5 décembre 1975, et de leur fils M. G D né le 27 août 2001. Suite à l'échec de la mesure de réadmission dans le cadre de la procédure Dublin, les intéressés ont présenté une demande d'asile le 19 septembre 2023. Par décision du 22 avril 2024, l'OFPRA a rejeté leur demande d'asile. Par les arrêtés attaqués du 10 juillet 2024, le préfet de l'Isère les a obligés à quitter le territoire dans un délai de 30 jours et leur a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

2. Les requêtes concernent la situation d'un couple et de leur enfant, présentent à juger des questions identiques et ont fait l'objet d'une instruction commune. Dès lors, il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur la demande d'aide juridictionnelle

3. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête des époux D et de leurs fils, de prononcer leur admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation

4. En premier lieu, les arrêtés attaqués ont été signés par M. B F, chef du bureau asile, contentieux, éloignement de la préfecture de l'Isère lequel disposait d'une délégation de signature consentie par arrêté du 15 avril 2024, régulièrement publié. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire des arrêtés attaqués doit, par suite, être écarté.

5. En deuxième lieu, si les requérants soutiennent que les arrêtés attaqués sont insuffisamment motivés, les décisions énoncent, avec une précision suffisante et dépourvue de caractère stéréotypé, les considérations de droit et de fait sur lesquelles le préfet de l'Isère s'est fondé. Par suite le moyen tiré de l'insuffisance de motivation des décisions attaquées et du défaut d'examen sérieux de leur situation doit être écarté.

6. En troisième lieu, il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne, notamment de son arrêt C-383/13 M. A, N. R./Staatssecretaris van Veiligheid en Justitie du 10 septembre 2013, que toute irrégularité dans l'exercice des droits de la défense lors d'une procédure administrative concernant un ressortissant d'un pays tiers en vue de son éloignement ne saurait constituer une violation de ces droits et, en conséquence, que tout manquement, notamment, au droit d'être entendu n'est pas de nature à entacher systématiquement d'illégalité la décision prise. Il revient à l'intéressé d'établir devant le juge chargé d'apprécier la légalité de cette décision que les éléments qu'il n'a pas pu présenter à l'administration auraient pu influer sur le sens de cette décision et il appartient au juge saisi d'une telle demande de vérifier, lorsqu'il estime être en présence d'une irrégularité affectant le droit d'être entendu, si, eu égard à l'ensemble des circonstances de fait et de droit spécifiques de l'espèce, cette violation a effectivement privé celui qui l'invoque de la possibilité de mieux faire valoir sa défense dans une mesure telle que cette procédure administrative aurait pu aboutir à un résultat différent.

7. En l'espèce, même si les intéressés ont été informés de la possibilité de demander un titre de séjour parallèlement à leur demande d'asile, il ne ressort pas des pièces des dossiers qu'ils ont été mis à même de présenter leurs observations sur une éventuelle mesure d'éloignement en cas du rejet de leur demande d'asile. Toutefois, ils se bornent à soulever ce point sans se prévaloir d'aucun élément qu'ils n'auraient pu présenter à l'administration. Par suite le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu doit être écarté.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. Les requérants se bornent à affirmer que les dispositions précitées garantissent à chacun de mener une vie privée et familiale mais ne se prévalent d'aucun lien ou intégration particulière sur le territoire français. Ils ne produisent aucune pièce. A la date des arrêtés en litige, ils étaient présents en France depuis moins de deux ans alors qu'ils ont vécu dans leurs pays d'origine jusqu'à l'âge de 47 ans pour Mme D, 58 ans pour M. D et 22 ans pour leur fils. Ainsi, ils disposent nécessairement d'attaches personnelles dans leur pays d'origine. L'ensemble de la famille a la même nationalité et se trouve dans la même situation administrative. Par suite, rien ne s'oppose ainsi à ce que la cellule familiale se reconstitue au Kosovo. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit donc être écarté.

10. Pour les mêmes motifs que ceux développés au point 9, le préfet n'a pas entaché les décisions attaquées d'une erreur manifeste d'appréciation.

11. Il résulte de tout ce qui précède, que les requêtes des trois membres de la famille D doivent être rejetés, y compris les conclusions au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1 : Mme E D, M. C D et M. H sont admis à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme E D, M. C D et M. H, à Me Schürmann et au préfet de l'Isère.

Délibéré après l'audience du 10 octobre 2024, à laquelle siégeaient

Mme Triolet, présidente,

M. Ban, premier conseiller,

M. Doulat, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 décembre 2024.

Le rapporteur,

F. DOULAT

La présidente,

A. TRIOLET

Le greffier,

G. Morand

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

2 - 2406328 - 2406329

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