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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2406349

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2406349

lundi 9 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2406349
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantSELARL ABOUDAHAB

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 août 2024, M B A, représenté par Me Aboudahab, demande au juge des référés statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) d'enjoindre au Préfet de l'Isère de le convoquer dans un délai de 5 jours sous astreinte de 200 euros par jour de retard, à un rendez-vous en préfecture aux fins de dépôt de son dossier de demande de titre de séjour ;

2°) de condamner l'Etat au paiement de la somme de 1 200 euros au titre des frais irrépétibles par application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie : il se trouve dans l'impossibilité de déposer une demande de titre de séjour en raison de la carence de la préfecture ; il est devenu de ce fait " sans-papier " ; exerçant un emploi salarié dans le cadre d'un contrat d'apprentissage en cours, il est exposé à une cessation imminente de son contrat de travail ou à sa suspension par son employeur, n'ayant pas le droit d'exercer sans titre de séjour ; cette perspective est de nature à préjudicier gravement à ses intérêts, notamment en ce qui concerne ses ressources, son projet éducatif et l'obtention de son CAP ou encore au regard des risques qu'il encourt en termes de mesure d'éloignement ; dépourvu de titre de séjour, il n'a pas pu se présenter le 31 mai 2024 à la session d'examen pour le titre professionnel d'agent de restauration qu'il souhaitait obtenir ;

- la mesure est utile car malgré de nombreuses tentatives aux fins de dépôt de sa demande de titre de séjour, il s'est heurté systématiquement à l'indisponibilité des créneaux de rendez-vous en préfecture ; enjoindre au préfet de lui délivrer un rendez-vous lui permettrait de présenter son dossier et de se voir délivrer un récépissé d'enregistrement de sa demande ;

- la mesure ne fait obstacle à l'exécution d'une décision administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions au titre de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

1. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision ". Saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 d'une demande qui n'est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures, autres que celles régies par les articles L. 521-1 et L. 521-2 du code de justice administrative, notamment sous forme d'injonctions adressées tant à des personnes privées que, le cas échéant, à l'administration, à condition que ces mesures soient utiles, justifiées par l'urgence, ne se heurtent à aucune contestation sérieuse et ne fassent pas obstacle à l'exécution d'une décision administrative. Enfin, la condition d'urgence s'apprécie à la date de la présente ordonnance. La condition d'urgence est ainsi en principe constatée dans le cas d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui d'obtenir rapidement ce rendez-vous. Si la situation de l'étranger le justifie, le juge peut préciser le délai maximal dans lequel celui-ci doit avoir lieu. Il fixe un délai bref en cas d'urgence particulière.

2. Eu égard aux conséquences qu'a sur la situation d'un étranger, notamment sur son droit à se maintenir en France et, dans certains cas, à y travailler, la détention du récépissé qui lui est en principe remis après l'enregistrement de sa demande et au droit qu'il a de voir sa situation examinée au regard des dispositions relatives au séjour des étrangers en France, il incombe à l'autorité administrative, après lui avoir fixé un rendez-vous, de le recevoir en préfecture et, si son dossier est complet, de procéder à l'enregistrement de sa demande, dans un délai raisonnable.

3. Lorsque le rendez-vous ne peut être demandé qu'après avoir procédé en ligne à des formalités préalables, il résulte de ce qui vient d'être dit que si l'étranger établit n'avoir pu les accomplir, notamment lorsque le site ne permet pas de sélectionner la catégorie de titre à laquelle la demande doit être rattachée, ce dysfonctionnement ayant été constaté à l'occasion de plusieurs tentatives n'ayant pas été effectuées la même semaine, il peut demander au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de lui communiquer, dans un délai qu'il fixe, une date de rendez-vous. La condition d'urgence est ainsi en principe constatée dans le cas d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui d'obtenir rapidement ce rendez-vous. Si la situation de l'étranger le justifie, le juge peut préciser le délai maximal dans lequel celui-ci doit avoir lieu. Il fixe un délai bref en cas d'urgence particulière.

4. M B A, né le 6 février 2006, de nationalité guinéenne, a été pris en charge par l'aide sociale à l'enfance entre l'âge de 16 ans et 18 ans. Il suit une formation professionnelle en vue de l'obtention d'un CAP " agent de restauration ". Il est signataire à ce titre d'un contrat d'apprentissage du 27 novembre 2023 au 12 novembre 2024. Le requérant justifie avoir tenté à plusieurs reprises depuis avril 2024 de prendre rendez-vous auprès de la préfecture aux fins de dépôt d'une demande de carte de séjour " travailleur temporaire " sur le fondement de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il soutient, sans être contredit par le préfet de l'Isère, qui n'a pas présenté de mémoire en défense, que sa situation administrative ne lui a pas permis de se présenter le 31 mai 2024 à la session d'examen pour le titre professionnel d'agent de restauration. Par conséquence, M A, en raison de l'irrégularité de sa situation, s'expose à l'éventualité de faire l'objet d'une mesure d'éloignement. Il risque, également, une suspension de son emploi dans le cadre de son contrat d'apprentissage, ce qui pourrait lui être préjudiciable pour l'obtention de son CAP. Ainsi, eu égard à la durée et aux conditions de son séjour en France, au fondement de sa demande de titre de séjour et à sa situation personnelle, le requérant justifie de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui d'obtenir rapidement un rendez-vous pour que sa demande de titre de séjour soit examinée prioritairement. La condition d'urgence à laquelle les dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative subordonnent le prononcé de la mesure sollicitée par M A doit être regardée comme remplie, de même que la condition d'utilité de la mesure sollicitée, laquelle ne fait obstacle à l'exécution d'aucune décision.

5. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'enjoindre au préfet de l'Isère de fixer à M B A, un rendez-vous pour qu'il puisse présenter une demande de titre de séjour dans le délai de 5 jours à compter de la notification de la présente ordonnance. Il n'y a pas lieu en revanche d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce de mettre à la charge de l'Etat la somme de 800 euros à verser à M B A en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : Il est enjoint au préfet de l'Isère de délivrer à M B A, dans un délai de 5 jours à compter de la notification de la présente ordonnance, une date de convocation afin de lui permettre de faire enregistrer sa demande de titre de séjour.

Article 2 : L'Etat versera la somme de 800 euros à M B A en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M B A et au ministre de l'Intérieur et des Outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet de l'Isère.

.

Fait à Grenoble, le 9 septembre 2024.

Le juge des référés,

C. VIAL-PAILLER

La République mande et ordonne au ministre de l'Intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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