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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2406353

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2406353

jeudi 12 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2406353
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantSCHURMANN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 août 2024, Mme A D épouse B, représentée par Me Schürmann, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 16 août 2024 par lequel le préfet de l'Isère l'a obligée à quitter sans délai le territoire français et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la compétence du signataire de la décision n'est pas démontrée ;

- l'obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle est entachée d'une erreur de droit ;

- son droit à être entendu n'a pas été respecté ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 11 septembre 2024, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union Européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du Tribunal a délégué à Mme C les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article R. 776-15 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience du 12 Septembre 2024 à 14h à laquelle elles n'ont été ni présentes ni représentées.

Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a, par application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative, été prononcée à l'issue de l'audience, à 14h15.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D, ressortissante algérienne, est entrée en France le 1er septembre 2022 munie d'un visa valable du 1er septembre 2022 au 15 octobre 2022. Par un arrêté du 16 août 2024, le préfet de l'Isère l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Par un arrêté du même jour, le préfet de l'Isère l'a assignée à résidence dans le département de l'Isère pour une durée maximale de 45 jours, renouvelable une fois. Mme D demande l'annulation du premier arrêté du 16 août 2024 l'obligeant à quitter le territoire français.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence [], l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ". En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, Mme D au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :

3. En premier lieu, l'arrêté en litige a été signé par Afif Lazrak, directeur de cabinet de la préfecture de l'Isère, qui avait reçu, à cette fin, une délégation consentie par arrêté du préfet de l'Isère du 21 août 2023, régulièrement publiée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte doit être écarté.

4. En second lieu, l'arrêté du 16 août 2024 vise les textes dont il fait application et en énonce les éléments de fait essentiels tenant à la situation personnelle, familiale et administrative de Mme D, en particulier l'adresse de son domicile et sa situation maritale. Il est suffisamment motivé au sens des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, quand bien même l'intéressée aurait souhaité qu'y figurent d'autres éléments. De plus, les termes de l'arrêté contesté témoignent du fait que le préfet de l'Isère a examiné la situation de Mme D avant de décider de son éloignement du territoire français. Par suite, les moyens tirés du défaut de motivation et du défaut d'examen particulier de sa situation doivent être écartés.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

5. En premier lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires réglées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / 2. Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre [] ".

6. D'une part, si la requérante fait valoir qu'elle a tenté en vain d'obtenir un rendez-vous en préfecture pour enregistrer une demande de titre de séjour, cette circonstance est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée, dès lors qu'elle ne justifie avoir sollicité un rendez-vous qu'à compter du mois de janvier 2024, plus d'un an après l'expiration de son visa.

7. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que Mme D a été auditionnée par les services de police de Grenoble le 16 août 2024. Il résulte du procès-verbal d'audition établi à cette occasion qu'elle s'est exprimée sur les conséquences d'une éventuelle décision préfectorale ordonnant son retour dans son pays d'origine, de sorte qu'elle a été mise à même de présenter ses observations. De plus, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle aurait été empêchée de présenter des observations pertinentes qui auraient pu avoir une influence sur le contenu de la décision d'éloignement avant que cette décision ne soit prise. Par suite, elle n'est pas fondée à soutenir que l'article 41 de la charte susvisée a été méconnu.

8. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

9. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1- Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2- Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

10. Mme D est entrée sur le territoire français le 1er septembre 2022, soit depuis moins de deux ans à la date de la décision attaquée, et s'y trouve en situation irrégulière depuis le 15 octobre 2022. Si elle s'est mariée le 10 février 2024 avec un ressortissant algérien muni d'une carte de résident en cours de validité, elle a été interpelée par la police le 15 août 2019 dans un contexte de violences conjugales. De plus, elle a déclaré durant son audition par les services de police que cette relation, qui ne dure que depuis six mois, était forcée. Alors qu'il ne ressort d'aucune pièce du dossier qu'elle est insérée professionnellement ou socialement sur le territoire français, sa famille vit dans son pays d'origine, dans lequel elle a vécu la majeure partie de sa vie. Dans ces conditions, et dès lors que le centre de sa vie privée et familiale ne se trouve pas en France, la requérante n'est pas fondée à soutenir qu'en l'éloignant du territoire français, le préfet de l'Isère a porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

11. Pour les mêmes motifs, le préfet de l'Isère n'a pas commis une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences que comporte son arrêté sur la situation de Mme D. Le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit, par suite, être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées.

Sur les frais d'instance :

13. Compte tenu de ce qui a été dit précédemment, les conclusions à fin d'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent, par voie de conséquence, être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er :Mme D est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 :La requête de Mme D est rejetée.

Article 3 :Le présent jugement sera notifié à Mme A D épouse B, à Me Schürmann et au préfet de l'Isère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 septembre 2024.

La magistrate désignée,

L. C

La greffière,

M. E

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2406353

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