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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2406381

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2406381

lundi 16 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2406381
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantVERDIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 24 août 2024 et le 12 septembre 2024, Mme A D, représentée par Me Verdier, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 19 juillet 2024 par laquelle le doyen de la faculté de droit a rejeté sa candidature pour la formation Master 2 droit parcours droit privé et des affaires ;

2°) d'enjoindre à l'université Grenoble Alpes (UGA) de l'admettre provisoirement dans le Master 2 sollicité dans l'attente du jugement au fond dans les 15 jours suivant notification de l'ordonnance ;

3°) de mettre à la charge de l'UGA une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- il n'est pas justifié de la qualité du signataire du mémoire en défense pour représenter l'UGA en justice ;

- la condition d'urgence est remplie ;

- la décision est dépourvue de base légale dans la mesure où le décret du 25 mai 2016 n'a pas été modifié depuis 2021 et qu'ainsi la limite des capacités du Master 2 n'était pas un motif pouvant fonder le refus et seule une vérification des UE déjà acquis était possible en vertu de l'article D. 612-36-4 du code de l'éducation ; la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ; la substitution de base légale demandée n'est pas fondée ;

- la décision est entachée de l'incompétence de son auteur au regard de l'article L. 712-2 du code de l'éducation.

Par un mémoire en défense enregistré le 5 septembre 2024, l'université Grenoble Alpes (UGA) conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- la condition d'urgence n'est pas remplie ;

- il n'existe aucun doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête en annulation enregistrée sous le n°2406376.

Vu :

- le code de l'éducation ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme B pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience publique du 12 septembre 2024 au cours de laquelle ont été entendus :

- le rapport de Mme B ;

- les observations de Me Verdier, pour Mme D qui soutient à l'audience que le niveau académique n'est pas un motif légalement prévu pour le rejet de sa demande ; les matières enseignées dans le master 1 suivi par la requérante sont absolument équivalentes à celles enseignées dans le Master 2 auquel elle a postulé ;

- celles de Mme C, pour l'université Grenoble Alpes, qui a affirmé à l'audience ne pas solliciter de substitution de motif.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D a validé une première année de Master " droit privé " à l'université Panthéon Sorbonne en 2017. Elle a candidaté auprès de la faculté de droit de Grenoble en deuxième année de Master " droit parcours droit privé et des affaires " au titre de l'année 2024-2025. Par décision du 19 juillet 2024 le doyen de la faculté de droit a refusé de l'admettre dans ce master 2 en considérant son niveau académique comme insuffisant. La requérante demande la suspension de l'exécution de cette décision, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.

Sur la recevabilité du mémoire en défense :

2. Eu égard à la nature même de l'action en référé, la circonstance que le signataire du premier mémoire en défense n'aurait pas été régulièrement habilité pour ce faire, n'est pas de nature à entacher ce mémoire d'irrecevabilité. Par suite, les conclusions de la requérante tendant à ce que soit écarté des débats le mémoire en défense, enregistré le 5 septembre 2024, doivent être rejetées.

Sur la demande de suspension d'exécution :

3. L'article L. 521-1 du code de justice administrative permet au juge des référés d'ordonner la suspension de l'exécution d'une décision administrative ou de certains de ses effets lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision.

En ce qui concerne la condition d'urgence :

4. La condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

5. La requérante fait valoir que son projet professionnel est de se présenter à l'examen du barreau afin de devenir avocate mais qu'à partir de l'année 2024-2025 l'inscription à cet examen est subordonnée par le fait d'avoir un diplôme de Master complet, alors qu'elle n'a validé qu'un Master 1. Elle soutient par ailleurs avoir postulé à d'autres Master 2 et que sa candidature a été rejetée. Dans ces circonstances particulières, et alors que les cours du master vont débuter au cours du mois de septembre, la condition d'urgence doit être regardée comme remplie.

En ce qui concerne la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée :

6. Le moyen tiré de ce que le doyen ne pouvait légalement fonder sa décision sur un niveau académique insuffisant est propre en l'état de l'instruction à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée. Contrairement à ce qu'a affirmé l'UGA en audience, le contrôle des équivalences des UE dont elle se prévaut dans son mémoire en défense, sur le fondement de l'article D. 612-36-4 du code de l'éducation, n'est pas le motif de refus de la candidature de la requérante - motif rappelé au point 1, de sorte qu'elle doit être regardée comme demandant bien une substitution de motif. Pour autant, il n'apparaît pas que les UE dispensés à Mme D en Master 1 soient à ce point distincts des UE dispensés en Master 1 " droit privé et des affaires " à l'UGA. La substitution de motifs ne peut par suite être prononcée.

7. Par suite, il y a lieu d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du 19 juillet 2024 par laquelle le doyen de la faculté de droit a refusé de l'admettre en master 2 " droit privé et des affaires ".

Sur les conclusions d'injonction :

8. La présente ordonnance implique nécessairement que le président de l'université Grenoble Alpes inscrive Mme D en deuxième année du master mention " droit parcours droit privé - droit des affaires " au titre de l'année universitaire 2024/2025, à titre provisoire, jusqu'à ce qu'il ait été statué sur la légalité de la décision litigieuse par une formation collégiale du tribunal. Il y a lieu d'enjoindre au président de l'UGA d'y procéder dans le délai de sept jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

Sur les frais d'instance :

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'UGA le versement à Mme D d'une somme de 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er :L'exécution de la décision du 19 juillet 2024 est suspendue.

Article 2 :Il est enjoint au président de l'université Grenoble Alpes d'inscrire à titre provisoire Mme D en master 2 mention " droit parcours droit privé - droit des affaires " au titre de l'année universitaire 2024/2025, dans un délai de sept jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 3 :L'université Grenoble Alpes versera à Mme D une somme de 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 :Le surplus des conclusions des parties est rejetée.

Article 5 :La présente ordonnance sera notifiée à Mme D et à la ministre de l'enseignement supérieur.

Copie en sera adressée à l'université Grenoble Alpes.

Fait à Grenoble, le 16 septembre 2024.

Le juge des référés,

J. B

La greffière,

L. Rouyer

La République mande et ordonne à la ministre de l'enseignement supérieur en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2406381

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