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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2406416

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2406416

mardi 3 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2406416
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge unique 1
Avocat requérantJOIE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 25 août 2024, Mme B A, représentée par Me Joie, demande au tribunal :

1°) de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler la décision du 12 août 2024 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil dans les trois jours suivant la notification du jugement sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la date d'enregistrement de sa demande d'asile ;

4°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration la somme de 1 500 euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ; elle ne mentionne pas qu'elle a déposé une demande d'asile en Suisse le 29 novembre 2024 et qu'elle a ensuite fait l'objet d'une décision de transfert vers la France ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; sa demande d'asile n'est pas tardive dès lors qu'elle est entrée en Suisse le 29 novembre 2023 pour y déposer une demande d'asile et qu'elle a été transférée par les autorités suisses vers la France en juin 2024 ; sa présence en Suisse entre le 29 novembre 2023 et juin 2024 constitue un motif légitime au sens de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation ;

- elle méconnaît la directive n° 2013/33/UE et l'article L. 551-8 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; sa demande d'asile n'est pas tardive ; la décision attaquée porte atteinte à sa dignité dès lors qu'elle n'a pas de logement et dort dans la rue ou dans des hébergements d'urgence et qu'elle ne dispose d'aucune ressource financière pour se nourrir ou se vêtir.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 septembre 2024, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que postérieurement à l'introduction de la requête, il a accordé à Mme B A le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à titre rétroactif et qu'il n'y a plus lieu de statuer sur la requête.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. D, vice-président, pour statuer sur les litiges visés à l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. D, a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, ressortissante érythréenne expose qu'elle est entrée sur le territoire français le 29 novembre 2023 qu'elle a quitté le jour même pour entrer en Suisse afin d'y solliciter l'asile. Remise aux autorités françaises, responsables du traitement de sa demande d'asile, par les autorités Suisses, en juin 2024, Mme B A a déposé sa demande d'asile le 26 juin. Elle demande l'annulation de la décision du 12 août 2024 rejetant son recours administratif préalable obligatoire formé le 1er juillet 2024 contre la décision du 26 juin lui refusant le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président () ". Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application de ces dispositions, l'admission provisoire de Mme B A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Mme B A ne conteste pas que par une décision du 27 août 2024, l'Office français de l'immigration et de l'intégration a décidé de lui accorder à titre rétroactif le bénéfice des conditions matérielles d'accueil et qu'il a ainsi implicitement mais nécessairement retiré la décision litigieuse. Il n'y a plus lieu, dès lors, de statuer sur les conclusions à fin d'annulation de Mme B A qui ont perdu leur objet.

Sur les conclusions relatives aux frais non compris dans les dépens :

4. Aux termes de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 : " Les auxiliaires de justice rémunérés selon un tarif peuvent renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et poursuivre contre la partie condamnée aux dépens et non bénéficiaire de l'aide juridictionnelle le recouvrement des émoluments auxquels ils peuvent prétendre. / Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens, ou qui perd son procès, et non bénéficiaire de l'aide juridictionnelle, à payer à l'avocat pouvant être rétribué, totalement ou partiellement, au titre de l'aide juridictionnelle, une somme qu'il détermine et qui ne saurait être inférieure à la part contributive de l'Etat majorée de 50 %, au titre des honoraires et frais non compris dans les dépens que le bénéficiaire de l'aide aurait exposés s'il n'avait pas eu cette aide. () "

5. Mme B A ayant obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, son avocat, Me Joie peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration la somme de 800 euros qui sera versée à Me Joie.

D E C I D E :

Article 1er : Mme B A est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 :Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation de Mme B A.

Article 3 :L'Office français de l'immigration et de l'intégration versera une somme de 800 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à Me Joie, avocat de Mme B A.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme E A, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration, et à Me Joie.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 septembre 2024

Le magistrat désigné,

P. D La greffière,

A. Zanon

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 24064162

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