lundi 9 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2406459 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | HOURLIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 28 août 2024, Mme B E, représentée par Me Hourlier, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 5 juillet 2024 par lequel le préfet de la Savoie l'a obligée à quitter le territoire français et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;
3°) d'annuler l'arrêté du 26 août 2024 par lequel le préfet de la Savoie l'a assignée à résidence ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 752 euros à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
La décision d'éloignement :
- est entachée de l'incompétence de son auteur ;
- méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
L'interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans :
- est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision d'éloignement ;
- en retenant la durée de deux ans, le préfet de la Savoie a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- cette décision méconnait les stipulations des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
L'assignation à résidence :
- est entachée de l'incompétence de son auteur ;
- est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision d'éloignement ;
- méconnait l'article L.731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que le point de départ du délai de départ volontaire court à compter du 26 août 2024, date de la confirmation de la décision d'éloignement par la notification de l'assignation à résidence ;
- méconnait l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant au regard des horaires de pointage correspondant à la sortie d'école.
Le préfet de la Savoie, à qui la requête a été communiquée, n'a pas produit de mémoire en défense.
Vu :
- les décisions contestées ;
- les autres pièces du dossier ;
- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme A en application de l'article R. 776-15 du code de justice administrative ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme A ;
- les observations de Me Hourlier représentant Mme E.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme E, ressortissante géorgienne née le 5 juillet 1990, est entrée sur le territoire français le 21 mai 2019. Elle est mariée avec M. D, également ressortissant géorgien. Le 30 décembre 2019, le préfet de la Savoie a pris à son encontre une décision d'éloignement assortie d'une interdiction de retour d'un an. Sa demande d'asile a été rejetée en dernier lieu par la Cour nationale du droit d'asile le 2 juin 2020. Elle a bénéficié d'une autorisation provisoire de séjour du 12 avril au 23 septembre 2021 en sa qualité de conjointe d'un étranger malade bénéficiant d'une carte de séjour temporaire. Elle demande l'annulation de l'arrêté du 5 juillet 2024 par lequel le préfet de la Savoie l'a obligée à quitter le territoire français et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans et celle de l'arrêté du 26 août 2024 l'assignant à résidence.
Sur la demande d'aide juridictionnelle :
2. En raison de l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur sa requête, il y a lieu de prononcer l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle de Mme E.
Sur les conclusions à fin d'annulation de l'obligation de quitter le territoire français :
3. En premier lieu, la décision en litige a été signée par Mme Nathalie Tochon, conseillère d'administration de l'intérieur et de l'outre-mer, directrice de la citoyenneté et de la légalité de la préfecture de la Savoie, qui disposait d'une délégation de signature par arrêté du 19 décembre 2023, régulièrement publié le lendemain au recueil des actes administratifs spécial. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire doit être écarté.
4. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1- Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. ".
5. Mme E déclare résider en France depuis cinq ans. Si son époux a bénéficié d'un titre de séjour en sa qualité d'étranger malade, il ressort de la requête que ce titre est expiré depuis le mois de février 2024. Par ailleurs, la requérante fait valoir que leur fille C, âgée de trois ans, est scolarisée en France. Toutefois, cette seule circonstance est insuffisante à démontrer des liens intenses, pérennes et stables en France et il ne ressort pas des pièces du dossier que les époux, de la même nationalité, ne pourraient pas rejoindre leur pays d'origine où leur fille pourra être scolarisée. Par suite, la décision d'éloignement ne porte pas au droit au respect de la vie privée et familiale de Mme E une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise.
6. Il résulte de ce qui précède que la requérante n'est pas fondée à se prévaloir de l'illégalité de la décision d'éloignement prise à son encontre.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision fixant une interdiction de retour de deux ans:
7. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que la requérante n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de la décision d'éloignement.
8. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français./ Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ".
9. Pour contester la durée d'interdiction du territoire de deux ans qui a été prononcée, la requérante se prévaut de la nouvelle demande de titre formée par son époux en qualité d'étranger malade. Toutefois, elle ne justifie pas du dépôt de cette demande de titre dont la délivrance n'est en tout état de cause qu'hypothétique. Dans ces conditions, il n'est pas établi que le préfet aurait commis une erreur dans l'appréciation de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France au sens de l'article précité. Le moyen doit, par suite, être écarté.
10. En troisième lieu, compte tenu de sa situation familiale telle que décrite au point 5, l'interdiction de retour prononcée pour deux ans ne méconnait pas l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
11. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant :" dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale." Ces stipulations sont applicables à toute décision affectant, de manière suffisamment directe et certaine, la situation d'un enfant mineur.
12. En l'état des pièces produites, l'interdiction de retour prononcée n'est pas de nature à séparer l'enfant mineure C de ses parents ou d'affecter de manière suffisamment directe et certaine sa situation.
13. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision portant interdiction de retour doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision d'assignation à résidence :
En ce qui concerne la décision d'assignation à résidence :
14. En premier lieu, la décision en litige a été signée par Mme Nathalie Tochon, conseillère d'administration de l'intérieur et de l'outre-mer, directrice de la citoyenneté et de la légalité de la préfecture de la Savoie, qui disposait d'une délégation de signature par arrêté du 19 décembre 2023, régulièrement publié le lendemain au recueil des actes administratifs spécial. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire doit être écarté.
15. En deuxième lieu, il résulte de ce qui précède que la requérante n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de la décision d'éloignement.
16. En troisième lieu, aux termes de l'article L.731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants:/ 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé; () "
17. Contrairement à ce qu'indique la requérante, le délai de départ volontaire court à compter de la notification de la décision d'éloignement et non à compter de celle de l'assignation à résidence qui serait confirmative de l'obligation de quitter le territoire français, dont il n'est pas prétendu au demeurant qu'elle aurait fait l'objet d'un retrait. Par suite et alors que le délai de départ volontaire a expiré en l'espèce le 7 août 2024, l'assignation à résidence en date du 26 août 2024 ne méconnait pas l'article précité.
18. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'assignation à résidence doivent être rejetées.
En ce qui concerne la décision fixant les modalités de présentation :
19. Mme E soutient, sans être contredite, que sa fille, scolarisée à l'école située 96 rue Hector Berlioz à Chambéry, sort à 16h30 et que le trajet à pied entre cette école et le commissariat est de trente minutes. Dans ces conditions, les horaires de pointage fixés entre 16 heures et 16h30 les lundis et vendredis, en ce qu'ils empêchent à Mme E d'être présente à la sortie de l'école, sont de nature à faire obstacle à la scolarisation de l'enfant. Par suite, la décision fixant les modalités de sa présentation est contraire à l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant et la requérante est fondée à en demander l'annulation.
Sur les conclusions aux fins d'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :
20. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat, partie perdante, la somme de 752 euros à verser à son conseil, sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.
D E C I D E :
Article 1er :Mme E est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.Article 2 :La décision du préfet de la Savoie en date du 26 août 2024 fixant les modalités de présentation de Mme E au commissariat de police est annulée.Article 3 :L'Etat versera à Me Hourlier une somme de 752 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'elle renonce à la perception de l'aide juridictionnelleArticle 4 :Le surplus de la requête de Mme E est rejeté.Article 5 :Le présent jugement sera notifié à Mme E, à Me Hourlier et au préfet de la Savoie.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 septembre 2024.
Le magistrat désigné,Le greffier,
E. A P . Muller
La République mande et ordonne au préfet de la Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026