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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2406523

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2406523

mardi 10 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2406523
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantSINGH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

1- Par une requête n° 2406638, enregistrée le 3 septembre 2024, M. B C, représenté par Me Singh, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision de refus de la demande de titre de séjour, assortie d'une obligation de quitter le territoire français prise par le préfet de l'Isère le 14 mai 2024 ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de délivrer un certificat de résidence mention " vie privée et familiale ", ou à défaut une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler à temps plein et de réexaminer sa situation administrative dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à venir, et assortir cette injonction d'une astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761 1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 septembre 1991.

Il soutient que la décision de refus de séjour litigieuse est illégale en tant :

- qu'elle est entachée d'incompétence, d'insuffisance de motivation et de défaut d'examen,

- que l'agent ayant consulté le fichier du traitement des antécédents judiciaires n'avait pas d'habilitation pour ce faire,

- qu'elle est entachée d'erreur de droit, d'erreur manifeste d'appréciation en l'absence de menace à l'ordre public,

- qu'elle viole l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et qu'elle est entachée d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle.

Il soutient aussi que l'obligation de quitter le territoire français est illégale car elle se fonde sur un refus de séjour illégal, est incompétemment signée et entachée d'erreur manifeste d'appréciation. Il soutient enfin que la décision fixant le pays de renvoi est illégale par voie de conséquence de l'illégalité du refus de séjour, violant par ailleurs l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales et étant entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

II - Par une requête n° 2406523, enregistrée le 28 aout 2024, M. B C, représenté par Me Singh, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision d'assignation à résidence du 21 août 2024 prise par le préfet de l'Isère ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761 1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 septembre 1991.

Il soutient que la décision litigieuse est illégale en tant :

- qu'elle vise une décision d'obligation de quitter le territoire en date du 14 mai 2024 qui est elle-même illégale,

- qu'elle entachée d'incompétence, d'insuffisance de motivation et de défaut d'examen,

- qu'elle viole le 1° de l'article L.731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Vu les autres pièces des dossiers dont les mémoires en défenses produits par le préfet de l'Isère le 9 septembre 2024.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales (CESDH) ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA) ;

- la loi n° 91-647 du 10 septembre 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- les observations de Me Singh.

1. M. B C né le 3 avril 2004, de nationalité algérienne, est très défavorablement connu des services de police puisqu'il a été interpellé à huit reprises entre janvier 2020 et juillet 2021. Il a ainsi été condamné le 1er juillet 2020 par le tribunal correctionnel de Bobigny, à dix mois d'emprisonnement avec sursis et interdiction de détenir ou de porter une arme soumise pour vol avec violence, puis condamné par le tribunal correctionnel de Bobigny à trois mois d'emprisonnement, le 8 janvier 2021, pour vol par ruse, effraction ou escalade dans un local d'habitation ou un lieu d'entrepôt aggravé par une autre circonstance. Il a de nouveau été interpellé à trois reprises entre le 26 février 2022 et le 15 juin 2022 pour des faits de vol avec violence, vol en réunion et usage illicite de stupéfiants alors même que le préfet a estimé que ces dernières interpellations se sont produites après les mesures de protection qu'il a obtenues contre la traite des êtres humains. Ce sont dans ces conditions qu'il a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français édictée le 14 mai 2024, puis, le 21 aout 2024, de la décision d'assignation litigieuse, à l'occasion de laquelle il a pris connaissance de la décision d'obligation de quitter le territoire le frappant.

2. En raison de l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur sa requête, il y a lieu de prononcer l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle du requérant.

3. Il n'appartient pas au magistrat désigné par le président du tribunal administratif, saisi dans le cas prévu aux articles L. 614-7 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicables au litige, de se prononcer sur les conclusions tendant à l'annulation d'un refus de titre de séjour. Dès lors, il n'y a lieu de statuer, dans la présente instance, que sur les conclusions tendant à l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français et des décisions subséquentes. En conséquence, les conclusions dirigées contre le refus de titre de séjour doivent être renvoyées devant une formation collégiale du tribunal administratif de céans. Il en va de même des conclusions à fin d'injonction qui en sont l'accessoire, de même que des conclusions présentées en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, dans le cadre de cette instance.

4. Le préfet, qui ne produit aucune défense à ce sujet, semble avoir considéré que le requérant a commis de nouveaux actes délictueux après les mesures protectives prises à son encontre. Or, aucune des pièces versées ne le démontre alors qu'au contraire il est constant que le requérant n'a plus commis de méfaits après avoir été éloigné des lieux où il a signalé et dénoncé avoir été victime de traite d'êtres humains par contrainte. La mesure d'éloignement n'a en outre pas été notifiée à la dernière adresse connue de l'intéressé. Dans ces conditions, le requérant est fondé à soutenir, au titre de l'exception d'illégalité du refus de séjour, que le préfet n'a pas effectué un examen sérieux de sa situation avant de prendre l'arrêté en litige.

5. Il résulte de ce qui précède que la décision obligeant M. C à quitter le territoire français doit être annulée ainsi que, par voie de conséquence celle l'assignant à résidence.

6. Le présent jugement implique qu'il soit enjoint au préfet de l'Isère de réexaminer la situation de M. C dans un délai de trois mois à compter de la notification du jugement et de lui délivrer, durant ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

7. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par M. C en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : M. C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Les conclusions à fin d'annulation du refus de titre de séjour sont réservées jusqu'à ce qu'il y soit statué par une formation collégiale.

Article 3 : La décision du 14 mai 2024 par laquelle le préfet de l'Isère a obligé M. C à quitter le territoire ainsi que celle du 21 août 2024 l'assignant à résidence sont annulées.

Article 4 : Il est enjoint au préfet de réexaminer la situation de M. C dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, durant ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour. Les conclusions tendant au prononcé d'une astreinte sont en revanche rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Me Singh et au préfet de l'Isère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 septembre 2024.

Le magistrat désigné,

P. A

La greffière,

M. D

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

2, 2406638

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