Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2406559

mardi 17 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2406559
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantTERRASSON

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Grenoble, statuant en référé, a suspendu l'exécution de la décision orale du 6 août 2024 par laquelle un agent de la préfecture de l'Isère avait refusé d'enregistrer la demande de titre de séjour de M. B, un jeune majeur. Le juge a estimé que la condition d'urgence était remplie, ce refus faisant obstacle à sa formation professionnelle, et que les moyens tirés de l'incompétence de l'auteur et de l'illégalité du motif fondé sur l'absence de justificatifs d'identité étaient de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision. En conséquence, il a enjoint au préfet de fixer un rendez-vous à M. B dans un délai d'un mois pour lui permettre de déposer son dossier, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative et des articles L. 811-2 et R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 30 août 2024, M. C B, représenté par Me Terrasson, demande au juge des référés :

1°) de lui accorder provisoirement le bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) de suspendre l'exécution de la décision orale du 6 août 2024 par laquelle un agent de la préfecture de l'Isère a refusé d'enregistrer la demande de titre de séjour ;

3°) à titre principal, d'enjoindre, au préfet de l'Isère de lui fixer un rendez-vous afin qu'il puisse déposer sa demande de titre de séjour et de rappeler à l'ensemble des agents de la préfecture les dispositions de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de réexaminer sa situation ; en toute hypothèse, d'enjoindre au préfet de communiquer l'identité de l'agent ayant pris la décision contestée conformément à l'article L. 111-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

4°) de condamner l'Etat au versement à son conseil d'une somme de 1 200 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie ;

- la décision est entachée de l'incompétence de son auteur ;

- elle méconnaît les articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, étant entachée de défaut de motivation et de base légale ;

- elle méconnaît les articles L. 811-2 et R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'erreur de droit dès lors qu'il a justifié de son état-civil et de sa nationalité.

Par un mémoire enregistré le 13 septembre 2024, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que la requête est irrecevable, le requérant n'ayant pas présenté un dossier complet en ne justifiant pas de sa nationalité.

Vu :

- la requête en annulation enregistrée sous le n° 2406558 ;

- les autres pièces du dossier ;

- la décision du président du tribunal désignant M. A, magistrat honoraire, comme juge des référés ;

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience publique du 17 septembre 2024 à 14 heures au cours de laquelle a été entendu Me Coutaz, substituant Me Terrasson, avocat de M. B.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. En raison de l'urgence s'attachant aux procédures de référé, il y a lieu d'admettre provisoirement M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

2. L'article L. 521-1 du code de justice administrative permet au juge des référés d'ordonner la suspension de l'exécution d'une décision administrative ou de certains de ses effets lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision.

3. M. B, devenu majeur le 17 février 2024, justifie par une attestation de témoin s'être présenté le 6 août 2024 en préfecture de l'Isère pour y déposer une première demande de titre de séjour et s'être vu opposer un refus d'enregistrement en raison de l'absence de passeport. Ce refus fait obstacle à toute formation professionnelle, alors qu'il justifie d'une promesse d'embauche en apprentissage comme commis de cuisine. Dans les circonstances de l'espèce, la condition d'urgence doit être regardée comme remplie.

4. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision et celui tiré de l'illégalité du motif du refus d'enregistrement fondé sur l'absence dans le dossier déposé de justificatifs d'identité et de nationalité sont propres à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

5. Dès lors, il y a lieu de suspendre l'exécution de la décision orale des services de la préfecture de l'Isère du 6 août 2024, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond.

6. La suspension de cette décision implique seulement que soit fixée une nouvelle date de rendez-vous pour permettre à M. B de déposer son dossier de demande de titre de séjour. Il y a lieu d'enjoindre au préfet de l'Isère d'y procéder et de dire que ce rendez-vous devra être fixé dans le délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance.

7. En revanche, il n'appartient pas au juge des référés d'ordonner à l'autorité compétente de prendre des mesures d'organisation des services placés sous son autorité. En conséquence, la demande de M. B tendant à ce qu'il soit enjoint au préfet de rappeler à l'ensemble des agents les dispositions de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut être accueillie.

8. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme de 600 euros à verser à Me Terrasson au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à la part contributive de l'Etat.

O R D O N N E

Article 1er :M. B est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 :L'exécution de la décision verbale du 6 août 2024 est suspendue.

Article 3 :L'Etat versera à Me Terrasson une somme de 600 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 4 :Il est enjoint au préfet de l'Isère de fixer à M. B un rendez-vous pour qu'il dépose son dossier de demande de titre de séjour. Ce rendez-vous devra avoir lieu dans le délai d'un mois suivant la notification de la présente ordonnance.

Article 5 :Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 :La présente ordonnance sera notifiée à M. C B, à Me Terrasson et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet de l'Isère.

Fait à Grenoble, le 17 septembre 2024.

Le juge des référés,

C. A

La greffière,

J. Bonino

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2406559