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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2406569

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2406569

mercredi 9 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2406569
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantSARL NOVAS AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 30 août 2024, M. D B, représenté par Me Combes, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 26 août 2024 par lequel le préfet de l'Isère l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de circulation sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) de lui accorder l'aide juridictionnelle provisoire ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi de 1991.

Il soutient que :

- l'obligation de quitter le territoire français est entachée d'incompétence ;

- le préfet de l'Isère a méconnu l'article L.251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- son droit à être entendu au sens de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'UE a été méconnu ;

- le préfet de l'Isère a méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et l'intérêt supérieur de ses enfants protégé par l'article 3-1 de convention internationale des droits de l'enfant ;

- son comportement ne constituant pas une menace pour l'ordre public, la décision lui refusant un délai de départ doit être annulée ;

- l'obligation de quitter le territoire étant annulée, la décision portant interdiction de circulation sera annulée par voie de conséquence ;

- l'interdiction de circulation méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et l'intérêt supérieur de ses enfants protégé par l'article 3-1 de convention internationale des droits de l'Enfant.

Par un mémoire en défense enregistré le 30 septembre 2024, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné M. A en application de l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;

- la convention relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A ;

- les observations de Me Combes, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant roumain né le 13 août 1995, a été interpellé le 26 août 2024 pour des faits de vol avec effraction. Par l'arrêté du 26 août 2024, le préfet de l'Isère a pris son encontre un arrêté portant obligation de quitter de territoire français sans délai et interdiction de circulation sur le territoire français pendant un an sur le fondement des dispositions du 2° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. M. B demande l'annulation de cet arrêté. Par un autre arrêté du même jour, le préfet de l'Isère l'a assigné à résidence dans le département de l'Isère.

2. Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. B, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur la légalité de l'obligation de quitter le territoire français :

3. L'arrêté attaqué a été signé par Mme E C, cheffe de service de l'immigration et de l'intégration à la direction de la citoyenneté, qui bénéficiait à ce titre d'une délégation de signature accordée par le préfet de l'Isère par arrêté du 1er juillet 2024 régulièrement publié le 2 juillet 2024. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire doit donc être écarté.

4. M. B a été entendu le 26 août 2023 par les services de la gendarmerie nationale à la suite de son interpellation. Il résulte du procès-verbal de son audition, signé par lui sans réserve, qu'il a pu présenter des observations sur sa situation familiale, ses conditions de vie et les perspectives de son éloignement. A cette occasion, il a été ainsi mis en mesure de faire état de tous les éléments qu'il estimait pertinent. Dès lors, il n'est pas fondé à soutenir qu'il a été privé du droit d'être entendu tel qu'il est énoncé au paragraphe 2 de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.

5. Aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes () 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société () ".

6. Il appartient à l'autorité administrative d'un Etat membre qui envisage de prendre une mesure d'éloignement à l'encontre d'un ressortissant d'un autre Etat membre de ne pas se fonder sur la seule existence d'une infraction à la loi, mais d'examiner, d'après l'ensemble des circonstances de l'affaire, si la présence de l'intéressé sur le territoire français est de nature à constituer une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société française. L'ensemble de ces conditions doivent être appréciées en fonction de la situation individuelle de la personne, notamment de la durée de son séjour en France, de sa situation familiale et économique et de son intégration.

7. Il ressort des pièces du dossier et notamment du procès-verbal d'interpellation que M. B a commis, le 26 août 2024, des faits de vol par ruse, effraction ou escalade aggravé. Il avait déjà été mis en cause pour des faits de vol le 8 juin 2024 et de tentative de vol dans une habitation ou un entrepôt le 10 juillet 2024 ainsi que pour des faits de circulation avec un véhicule terrestre sans assurance ou sans permis les 30 juin 2020, 13 juillet 2022 et 27 juillet 2022. La circonstance que M. B n'ait fait l'objet d'aucune condamnation ne fait pas obstacle à ce que le préfet tienne compte de ces éléments, qui ne sont pas précisément contestés pour le requérant, pour apprécier la menace que la présence de l'intéressé représente pour l'intérêt public.

8. Il ressort également des pièces du dossier que M. B a eu avec une compatriote un fils né le 17 février 2019 à La Tronche et une fille née le 4 février 2021 dans la même commune. Par ailleurs, sa compagne a une fille issue d'une précédente union qui est scolarisée au collège Charles Munch à Grenoble. Il ressort toutefois des déclarations de M. B lors de son audition qu'ils vivent une camionnette dans l'attente d'un logement social. Il ne dispose d'aucun moyen de subsistance autre que les prestations d'allocation familiale. S'il est soutenu que sa compagne travaille dans l'achat et la vente de ferraille, les trois factures d'achat produites ne permettent pas de tenir comme établie la consistance de cette activité et les revenus qui en résulteraient. Bien qu'ayant déjà séjourné en France notamment pendant l'année 2012-2013 où il était scolarisé au lycée polyvalent André Argouges à Grenoble, M. B ne justifie ainsi d'aucune insertion sociale et professionnelle alors qu'il déclare retourner régulièrement en Roumanie.

9. Eu égard à l'ensemble de ces circonstances, et en particulier à la répétition des faits et des mises en cause pour vol sur une période de temps limitée, le préfet de l'Isère n'a pas méconnu les dispositions précitées de l'article L. 251-1 en estimant que la présence de M. B en France constitue une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour la sécurité publique, qui constitue un intérêt fondamental de la société française.

10. Compte tenu de ce qui a été dit au point 8 sur la précarité de la situation personnelle et familiale de M. B en France, aucun obstacle avéré ne s'oppose à ce qu'il retourne avec sa compagne en Roumanie où leurs enfants pourraient, dans cette hypothèse, commencer ou poursuivre leur scolarité. Dès lors, et bien que ses parents résideraient en France, le préfet de l'Isère n'a pas porté au droit à la vie privée et familiale de M. B une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels la mesure d'éloignement de l'intéressé a été prise. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant du 26 janvier 1990 doivent être écartés.

Sur la légalité de la décision refusant le bénéfice d'un délai de départ volontaire :

11. Aux termes des dispositions de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les étrangers dont la situation est régie par le présent livre disposent, pour satisfaire à l'obligation qui leur a été faite de quitter le territoire français, d'un délai de départ volontaire d'un mois à compter de la notification de la décision. L'autorité administrative ne peut réduire le délai prévu au premier alinéa qu'en cas d'urgence et ne peut l'allonger qu'à titre exceptionnel ".

12. Le comportement de M. B représente une menace suffisament grave pour l'ordre public ainsi qu'il a été dit précédemment. Par conséquent, le préfet a pu légalement refuser de lui accorder un délai de départ volontaire sur le fondement des dispositions précitées.

Sur la légalité de la décision d'interdiction de circulation pour une durée d'un an :

13. L'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que " L'autorité administrative peut, par décision motivée, assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français édictée sur le fondement des 2° ou 3° de l'article L. 251-1 d'une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée maximale de trois ans ".

14. Il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'interdiction de circulation sur le territoire français devrait être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la mesure d'éloignement.

15. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 8 et dès lors que sa durée est limitée à un an, le préfet de l'Isère a pu prononcer à l'encontre de M. B une interdiction de circulation sur le territoire français sans méconnaître ni les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni celles de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

16. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée, y compris les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er :M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 :La requête de M. B est rejetée.

Article 3 :Le présent jugement sera notifié à M. D B, à Me Combes et au préfet de l'Isère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 octobre 2024.

Le magistrat désigné,Le greffier,

J-L. A P. Muller

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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