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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2406593

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2406593

jeudi 12 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2406593
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationJuge unique 3
Avocat requérantLAMY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 1er septembre 2024, Mme C A, représentée par Me Lamy, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 26 août 2024 par lequel le préfet de la Savoie a ordonné sa remise aux autorités allemandes responsables de l'examen de sa demande d'asile ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'admettre provisoirement au séjour en qualité de demandeur d'asile ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros à verser à son conseil au titre des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme A soutient que l'arrêté de remise :

- est insuffisamment motivé ;

- méconnaît les délais prévus par l'article 21 dudit règlement pour présenter la requête aux fins de prise en charge ;

- a été pris au terme d'une procédure viciée par l'absence de l'entretien prévu par les dispositions de l'article 5 du règlement UE n° 604/2013, le défaut de remise d'un résumé de tout éventuel entretien ou encore l'absence de qualification de l'agent ayant mené l'entretien ;

- a été pris au terme d'une procédure viciée faute de lui avoir délivré l'ensemble des informations prévues par les dispositions de l'article 4 du règlement UE n° 604/2013 ;

- est illégal si le préfet ne produit pas l'entier dossier, demandé dans le cadre de la présente instance ;

- a été irrégulièrement notifié en l'absence de précisions quant aux personnes susceptibles de fournir une assistance juridique.

Vu :

- l'arrêté contesté ;

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention de Genève du 28 juillet 1951 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- les règlements (UE) n° 603/2013 et n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du Tribunal a désigné Mme Triolet, vice-présidente, pour statuer sur les litiges visés à l'article L. 572-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Bonino, greffière, Mme Triolet a présenté son rapport et constaté l'absence des parties.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :

1. Eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de Mme A, il y a lieu de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions en annulation :

2. Mme A, ressortissante congolaise née en mars 1998, également connue sous l'identité de Mme B, ressortissante angolaise née en octobre 1989, a déclaré être arrivée en France le 3 novembre 2022. Elle a formé une demande d'asile le 16 novembre 2022 en indiquant n'avoir aucun document d'identité. Le relevé de ses empreintes a établi qu'elle était titulaire d'un visa délivré par les autorités allemandes. Elle a été transférée vers ce pays le 10 août 2023 et elle y a enregistré une demande d'asile le même jour. Elle est néanmoins revenue en France le 18 janvier 2024 et s'est présentée en préfecture pour demander l'asile en France. Le 12 juillet 2024, les services de la préfecture ont enregistré une demande de reprise en charge, qui a été explicitement acceptée par les autorités allemandes le 17 juillet 2024. Le préfet de la Savoie a ordonné sa remise aux autorités allemandes, responsables de l'examen de sa demande d'asile par l'arrêté contesté du 26 août 2024.

3. Le préfet, qui n'a ni défendu ni produit de pièces, ne justifie pas que l'arrêté en litige a été précédé d'un nouvel entretien ou qu'il pouvait s'en dispenser en l'espèce en application de l'article 5 du règlement UE n° 604/2013. Au demeurant, il ne ressort d'aucune pièce et pas même du jugement n° 2300685, qui a rejeté le précédent recours de la requérante contre son transfert vers l'Allemagne, qu'elle a bien reçu les informations sur cette procédure. Dès lors, les moyens tirés de la méconnaissance de ces dispositions doivent être accueillis et l'arrêté annulé.

Sur les conclusions en injonction :

4. Aux termes de l'article L. 572-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision de transfert est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues au livre VII. L'autorité administrative statue à nouveau sur le cas de l'intéressé. ".

5. L'annulation de l'arrêté préfectoral du 26 août 2024 implique seulement, eu égard au motif qui la fonde, que l'administration procède à un nouvel examen de la situation de Mme A. Il y a lieu d'enjoindre au préfet d'y procéder dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais exposés et non compris dans les dépens :

6. Il n'y a pas lieu dans les circonstances de l'espèce de faire droit à la demande de Mme A au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : Mme A est admise provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'arrêté du préfet de la Savoie du 26 août 2024 est annulé.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de la Savoie de statuer de nouveau sur la situation de Mme A dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A, à Me Lamy et au préfet de la Savoie.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 septembre 2024.

La magistrate désignée,

A. TrioletLa greffière,

J. Bonino

La République mande et ordonne au préfet de la Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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