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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2406639

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2406639

mercredi 4 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2406639
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantMARCEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 3 septembre 2024, M. B A, représenté par Me Marcel, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui délivrer, dans un délai de vingt quatre heures à compter de la réception de la présente ordonnance, une attestation de prolongation d'instruction l'autorisant à travailler, sous astreinte de 200 euros par jour de retard passé ce délai ;

3°) de condamner l'Etat à verser à son conseil la somme de 1 200 euros au titre de L.761-1 du code de justice administrative, celui-ci s'engageant à exercer l'option prévue à l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et à renoncer à percevoir la somme correspondante à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

M. B A soutient que :

- la condition d'urgence est remplie ; le refus de lui délivrer une attestation de prolongation d'instruction le place dans une situation d'urgence, au sens de cet article ; il se trouve dépourvu de tout document lui permettant de justifier de la régularité de son séjour et de la possibilité de travailler et de poursuivre sa formation professionnelle ; l'absence de délivrance d'une attestation de prolongation d'instruction met à mal son contrat d'apprentissage et la rentrée scolaire prochaine ; du fait de l'absence de délivrance d'une attestation de prolongation d'instruction il se retrouve sans la moindre ressource, alors qu'il pourrait percevoir un salaire, du fait de son contrat d'apprentissage ; de plus, s'il bénéficie d'un accompagnement "jeune majeur" du Département de l'Isère jusqu'au 31 octobre 2024, il doit commencer à trouver un logement autonome ; or, sans titre

de séjour, cela n'est pas possible ; en outre, il a bien déposé un dossier complet ; il remplit toujours les conditions pour se voir délivrer son titre de séjour " vie privée et familiale ", de plein droit ; à ce jour, il ne s'est pas vu délivrer d'attestation de prolongation d'instruction, en méconnaissance des dispositions des articles R.431-15-1 et R.431-15-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le préfet de l'Isère porte une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté du travail et au droit au respect de sa vie privée et familiale.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du Tribunal a désigné M. Vial-Pailler, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé ;

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président () ". Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application de ces dispositions, l'admission provisoire de M. B A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ". En vertu de l'article L. 522-3 du même code, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête sans instruction ni audience lorsque la condition d'urgence n'est pas remplie ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée.

3. Par ailleurs, aux termes de l'article R. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le silence gardé par l'autorité administrative sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet ". Aux termes de l'article R. 432-2 du même code : " La décision implicite de rejet mentionnée à l'article R. 432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois. / Par dérogation au premier alinéa, ce délai est de quatre-vingt-dix jours lorsque l'étranger sollicite la délivrance d'un titre de séjour mentionné aux articles R. 421-23, R. 421-43, R. 421-47, R. 421-54, R. 421-54, R. 421-60, R. 422-5, R. 422-12, R. 426-14 et R. 426-17. ". Aux termes de l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu'il précise. (). ". Aux termes de l'article R. 431-15 du même code : " Le récépissé de demande de renouvellement d'une carte de séjour permettant l'exercice d'une activité professionnelle autorise son titulaire à exercer une activité professionnelle. ". Aux termes de l'article R. 431-15-1 du même code : " Le dépôt d'une demande présentée au moyen du téléservice mentionné à l'article R. 431-2 donne lieu à la délivrance immédiate d'une attestation dématérialisée de dépôt en ligne. Ce document ne justifie pas de la régularité du séjour de son titulaire. / Lorsque l'instruction d'une demande complète et déposée dans le respect des délais mentionnés à l'article R. 431-5 se poursuit au-delà de la date de validité du document de séjour détenu, le préfet est tenu de mettre à la disposition du demandeur via le téléservice mentionné au premier alinéa une attestation de prolongation de l'instruction de sa demande dont la durée de validité ne peut être supérieure à trois mois. Ce document, accompagné du document de séjour expiré, lui permet de justifier de la régularité de son séjour pendant la durée qu'il précise. Lorsque l'instruction se prolonge, en raison de circonstances particulières, au-delà de la date d'expiration de l'attestation, celle-ci est renouvelée aussi longtemps que le préfet n'a pas statué sur la demande []. ". Aux termes, enfin, du dernier alinéa de l'article R. 431-15-2 du même code : " L'attestation de prolongation de l'instruction d'une demande de renouvellement d'une carte de séjour permettant l'exercice d'une activité professionnelle autorise son titulaire à exercer une activité sur le territoire de la France métropolitaine dans le cadre de la réglementation en vigueur ".

4. En opérant une distinction entre les deux procédures de référé régies respectivement par les articles L. 521-1 et L. 521-2 du code de justice administrative, le législateur a entendu répondre à des situations différentes. Les conditions auxquelles est subordonnée l'application de ces dispositions ne sont pas les mêmes, non plus que les pouvoirs dont dispose le juge des référés. En particulier, le requérant qui saisit le juge des référés sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 doit justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure de la nature de celles qui peuvent être ordonnées sur le fondement de cet article.

5. M. A, qui a déposé une demande de titre de séjour sur le 25 mars 2024, fait état de la précarité de sa situation administrative et financière en l'absence d'attestation de prolongation d'instruction de sa demande de titre de séjour. L'intéressé, qui indique avoir déposé un dossier complet, soutient, en particulier, que le refus de lui délivrer une attestation de prolongation d'instruction le place dans une situation d'urgence, au sens de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, qu'il se trouve dépourvu de tout document lui permettant de justifier de la régularité de son séjour et de la possibilité de travailler et de poursuivre sa formation professionnelle, que l'absence de délivrance d'une attestation de prolongation d'instruction met à mal son contrat d'apprentissage et la rentrée scolaire prochaine et que du fait de l'absence de délivrance d'une attestation de prolongation d'instruction il se retrouve sans la moindre resource. Toutefois, ces circonstances, alors qu'il indique au surplus bénéficier d'un accompagnement "jeune majeur" du Département de l'Isère jusqu'au 31 octobre 2024, ne sont pas de nature à caractériser une urgence telle qu'elle appellerait une réponse immédiate du juge des référés. Par suite, alors que M. A peut saisir le juge des référés sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, il ne démontre pas, en l'état de l'instruction, que la condition d'urgence particulière exigée par les dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative est satisfaite.

6. Au surplus, il résulte des dispositions rappelées au point 3 que le silence gardé pendant quatre mois sur une demande de délivrance de titre de séjour fait naître en principe une décision implicite de rejet. L'attestation de prolongation d'instruction a pour seul objet de permettre à un ressortissant étranger de séjourner régulièrement sur le territoire français pendant la durée de l'instruction de sa demande de titre de séjour. En l'espèce, l'instruction a pris fin avec l'intervention d'une décision implicite de rejet de la demande de renouvellement de titre de séjour dont le requérant pourrait demander la suspension sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative. Dans ces conditions, il n'est pas démontré en l'état que le préfet de l'Isère aurait porté une quelconque atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale en ne délivrant pas au requérant une attestation de prolongation d'instruction postérieurement à la naissance de la décision implicite de rejet de sa demande de titre de séjour.

7. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée par application de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.

O R D O N N E

Article 1er : M. B A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et à Me Marcel.

Copie en sera adressée au préfet de l'Isère.

Fait à Grenoble, le 4 septembre 2024.

Le juge des référés,

C.Vial-Pailler

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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