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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2406649

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2406649

mercredi 18 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2406649
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantCOUTAZ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 4 septembre 2024, M. A B, représenté par Me Coutaz, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du préfet de l'Isère portant rejet de sa demande de regroupement familial du 7 décembre 2023 au profit de son épouse ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de prendre une décision expresse sur sa demande tenant compte des motifs du jugement rendu, dans les 8 jours qui suivront la notification du jugement à intervenir, sous astreinte définitive de 100 euros par jour de retard ;

3°) de condamner l'Etat à verser à M A B la somme de 3 500 euros sur le fondement de l'article L761-1 du Code de Justice Administrative.

M B soutient :

- que l'urgence est justifiée ; il lui est refusé le droit de vivre avec son épouse alors même qu'il est en France en situation régulière ; la durée de séparation d'un couple constitue une circonstance de nature à caractériser l'urgence qu'il y a à suspendre une décision de refus de regroupement familial ; le couple se trouve dans une situation de détresse psychologique en raison de la séparation physique prolongée, laquelle est susceptible de perdurer ;

- qu'il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée ; la décision méconnaît les dispositions des articles L. 434-7 et L. 434-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme ; il remplit les conditions de ressources ; la décision est entachée d'un vice de procédure.

L'ensemble des pièces de la procédure a été communiqué au préfet de l'Isère qui n'a pas produit dans la présente instance.

Vu :

- la requête enregistrée le 4 septembre 2024 sous le numéro 2406648 par laquelle M. A B, représenté par Me Coutaz, demande l'annulation de la décision attaquée.

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Vial-Pailler, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 18 septembre 2024 à 11H :

- le rapport de M. Vial-Pailler.

- les observations de Me Coutaz, représentant M. A B.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

En ce qui concerne l'urgence :

2. Il résulte des dispositions citées au point précédent que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre et il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par la requérante, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire. Enfin, la condition d'urgence s'apprécie à la date de la présente ordonnance.

3. En l'espèce, d'une part, eu égard à la durée de la séparation des époux, au délai écoulé depuis la demande de regroupement familial, M B justifie ainsi de circonstances particulières établissant une situation d'urgence.

En ce qui concerne le doute sérieux quant à la légalité de la décision

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 431-26 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité compétente pour délivrer l'autorisation d'entrer en France dans le cadre du regroupement familial est le préfet et, à Paris, le préfet de police. Cette autorité statue sur la demande de regroupement familial dans un délai de six mois à compter du dépôt par l'étranger du dossier complet de cette demande. L'absence de décision dans ce délai vaut rejet de la demande de regroupement familial ". Aux termes de l'article R. 434-12 du même code : " Au vu du dossier complet de demande de regroupement familial, les services de l'Office français de l'immigration et de l'intégration délivrent sans délai une attestation de dépôt de dossier qui fait courir le délai de six mois dont bénéficie l'autorité administrative pour statuer ". Il résulte de ces dispositions qu'en l'absence d'une décision expresse de l'administration à l'expiration d'un délai de six mois qui court à compter de la délivrance de l'attestation de dépôt de dossier, une décision implicite de rejet de la demande de regroupement familial naît du silence gardé par l'autorité compétente.

5. En second lieu, aux termes de l'article L. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile " L'étranger qui en fait la demande est autorisé à être rejoint au titre du regroupement familial s'il remplit les conditions suivantes : / 1° Il justifie de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille ; / 2° Il dispose ou disposera à la date d'arrivée de sa famille en France d'un logement considéré comme normal pour une famille comparable vivant dans la même région géographique ; / 3° Il se conforme aux principes essentiels qui, conformément aux lois de la République, régissent la vie familiale en France, pays d'accueil. ". Aux termes de l'article R. 434-4 : " Pour l'application du 1° de l'article L. 434-7, les ressources du demandeur et de son conjoint qui alimenteront de façon stable le budget de la famille sont appréciées sur une période de douze mois par référence à la moyenne mensuelle du salaire minimum de croissance au cours de cette période. Ces ressources sont considérées comme suffisantes lorsqu'elles atteignent un montant équivalent à : / 1° Cette moyenne pour une famille de deux ou trois personnes ; / (). ". Il résulte des dispositions précitées que le caractère suffisant du niveau de ressources du demandeur est apprécié sur la période de douze mois précédant le dépôt de la demande de regroupement familial, par référence à la moyenne mensuelle du salaire minimum de croissance au cours de cette même période. Néanmoins, lorsque ce seuil n'est pas atteint au cours de la période considérée, il est toujours possible pour le préfet de prendre une décision favorable en tenant compte de l'évolution des ressources du demandeur, y compris après le dépôt de la demande.

6. Il résulte de l'instruction qu'à la suite de sa demande de regroupement familial, l'Office français de l'immigration et de l'intégration a délivré à l'intéressé une attestation de dépôt de dossier, eu égard au caractère complet de son dossier, le 16 janvier 2024, précisant que la demande avait été enregistrée le 7 décembre 2023. En application des dispositions précitées, cette attestation fait courir le délai de six mois dont bénéficiait le préfet de l'Isère pour statuer sur la demande de M B, soit jusqu'au 7 juin 2024. Dans ces conditions, une décision implicite de rejet est née le 7 juin 2024.

7. En l'état de l'instruction, alors que le préfet de l'Isère n'a produit aucun mémoire en défense, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L.434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

8. Il résulte de ce qui précède que M B est fondée à demander la suspension de l'exécution de la décision attaquée du préfet de l'Isère en date du 7 juin 2024, portant refus de regroupement familial au bénéfice de son épouse.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. Le juge des référés ne pouvant prononcer que des mesures à caractère provisoire, il y a lieu d'enjoindre au préfet de l'Isère de réexaminer la demande de regroupement familial de M B dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance.

Sur les frais liés au litige :

10. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de condamner l'Etat au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E

Article 1r : L'exécution de la décision du préfet de l'Isère en date du 7 juin 2024 refusant à M B le bénéfice du regroupement familial pour son épouse, est suspendue.

Article 2 : Il y a lieu d'enjoindre au préfet de l'Isère de réexaminer la demande de regroupement familial de M B présentée au bénéfice de son épouse, dans un délai de 30 jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M A B et au préfet de l'Isère.

Fait à Grenoble, le 18 septembre 2024.

Le juge des référés,

C. Vial-Pailler

Le greffier,

G. Morand

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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