mardi 17 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2406727 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | LEURENT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 4 septembre et 2 octobre 2024, M. B A, représenté par Me Leurent, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 3 septembre 2024 par lequel le préfet de l'Isère l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une période d'un an ;
2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 440 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. A soutient que :
L'arrêté dans son ensemble :
- est entaché d'incompétence ;
- est insuffisamment motivé ;
- est illégal en l'absence d'examen particulier de sa situation par le préfet.
- L'obligation de quitter le territoire méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentale et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.
La décision refusant le délai de départ volontaire :
- est entaché d'erreur de droit dès lors qu'il ne présente pas de risque de soustraction à la décision ;
- est illégale par exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.
La destination fixant le pays de destination :
- est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- est illégale par exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.
L'interdiction de retour sur le territoire français :
- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentale et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- est illégale par exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.
Par un mémoire en défense, enregistré le 18 septembre 2024, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 13 septembre 2024 la clôture d'instruction a été fixée au 3 octobre 2024.
Par ordonnance du 2 octobre 2024 la clôture d'instruction a été reportée au 9 octobre 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-tunisien en matière de séjour et de travail du 17 mars 1988 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Vial-Pailler,
- et les observations de Me Leurent, représentant M. A.
Considérant de ce qui suit :
1. M. A, ressortissant tunisien né le 19 octobre 1994, déclare être entré en France en 2022. Par un arrêté du 3 septembre 2024, le préfet de l'Isère l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et l'a interdit de retour sur le territoire français pendant une période d'un an. Dans la présente instance, M. A demande au tribunal d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté susvisé du 3 septembre 2024.
Sur l'arrêté dans son ensemble :
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. Laurent Simplicien, secrétaire général de la préfecture de l'Isère, qui bénéficiait à ce titre d'une délégation de signature accordée par le préfet par un arrêté du 8 avril 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs du même jour. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté n'est pas fondé et doit être écarté.
3. En deuxième lieu, la décision attaquée comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement au sens de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Contrairement à ce que M. A soutient, l'arrêté contesté contient des éléments précis justifiant l'absence de délai de départ volontaire en raison du risque que l'intéressé se soustraie à son obligation, notamment la circonstance que le requérant n'est pas en capacité de démontrer son entrée régulière sur le territoire français, ni avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour, le préfet n'étant pas tenu de reprendre dans l'arrêté en litige, l'intégralité des éléments de faits propres à sa situation personnelle portés à sa connaissance.
4. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier, et notamment du procès-verbal d'audition par les services de la police nationale en date du 3 septembre 2024, produit par le préfet que M. A a été entendu sur sa situation administrative en France, son identité, sa durée de présence et son parcours. À ce titre, il a pu faire valoir ses éléments relatifs à sa vie personnelle, notamment son souhait de s'installer en France, où il a trouvé du travail. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision en litige est intervenue en violation du droit d'être entendu.
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
5. Pour soutenir que l'arrêté attaqué a été pris en violation de son droit au respect de sa vie privée et familiale, M. A indique qu'il s'est rapidement intégré sur le plan professionnel et personnel. Toutefois, si M. A soutient avoir un emploi dans la restauration, il ne produit aucun contrat de travail et s'il indique être en relation amoureuse, il n'apporte aucun élément de nature à démontrer cette relation. En tout état de cause, il ressort du procès-verbal d'audition que M. A est présent en France depuis seulement deux ans, et qu'il est défavorablement connu des services de police, puisqu'il a été arrêté en transportant de la résine de cannabis. Enfin, il ressort des pièces fournis par l'intéressé qu'il a conservé des liens avec sa famille dans son pays d'origine, M. A démontrant avoir envoyé des sommes d'argent en Tunisie. Par suite, eu égard à la durée et aux conditions de son séjour en France, il n'est pas fondé à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour ces mêmes motifs, le préfet n'a pas entaché son refus d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle.
Sur le refus de délai de départ volontaire :
6. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. " Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour () "
7. Pour soutenir que la décision lui refusant un délai de départ volontaire méconnaîtrait les dispositions précitées, M. A soutient qu'il ne présentait pas de risque de soustraction à la décision, dès lors qu'il avait indiqué dans le procès-verbal d'audition qu'il entendait s'y conformer et qu'il n'a jamais fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire auparavant. Toutefois, il ressort de ce même procès-verbal que M. A n'est pas entré régulièrement sur le territoire français et qu'il n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Par suite, le préfet n'a pas méconnu les dispositions précitées en refusant d'accorder au requérant un délai de départ volontaire.
8. L'exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire, directement invoqué contre la décision refusant le délai de départ volontaire doit être écarté par les motifs exposés aux points précédents.
Sur la décision fixant le pays de destination :
9. L'exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire ainsi que le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation, directement invoqués contre la décision fixant le pays de destination doivent être écartés par les motifs exposés aux points précédents.
Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :
10. L'exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire ainsi que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, directement invoqués contre la décision interdisant le retour sur le territoire français doivent être écartés par les motifs exposés aux points précédents.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. A et, par voie de conséquence, ses conclusions au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de l'Isère.
Délibéré après l'audience du 15 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Vial-Pailler, président,
M. Villard, premier conseiller,
Mme Pollet première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 décembre 2024.
Le président, rapporteur,
C. VIAL-PAILLER
L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,
N. VILLARDLe greffier,
G. MORAND
La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2406727
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026