vendredi 20 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2406734 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Avocat requérant | DABBAOUI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 5 septembre 2024, M A B, représenté par Me Dabbaoui, demande au juge des référés :
1°) de déclarer sa requête recevable ;
2°) d'ordonner sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté du 2 août 2024 par lequel le préfet de la Haute-Savoie l'a expulsé du territoire français ;
3°) de condamner l'État à lui verser la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-I du code de justice administrative ;
M B soutient :
- que l'urgence est justifiée ; la décision litigieuse a conduit au retrait du récépissé ainsi qu'au non renouvellement de sa carte de séjour ; il a été suspendu de son contrat de travail à durée indéterminée à temps plein ; l'arrêté d'expulsion l'empêche d'entretenir tout lien avec son fils mineur et français pour lequel il participe à son éducation et son entretien ; il atteste d'un lien fusionnel avec son fils, lien qui a perduré durant l'incarcération ; la perspective d'une séparation engendre chez lui et son fils des retentissements psychologiques ;
- qu'il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée ; il existe une insuffisance de motivation quant au caractère réel et actuel de la menace pour l'ordre public ; l'arrêté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ; les articles 8 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme ont été méconnus.
Par un mémoire en défense, enregistré le 18 septembre 2024, le préfet de la Haute-Savoie conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- La condition d'urgence n'est pas remplie ;
- Il n'existe pas de doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté.
-
Vu :
- la requête enregistrée le 5 septembre 2024 sous le numéro 2406733 par laquelle M A B, représenté par Me Dabbaoui, demande l'annulation de la décision attaquée.
- les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Vial-Pailler, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 19 septembre 2024 à 11H15 :
- le rapport de M. Vial-Pailler.
- les observations de Me Rouvier, substituant Me Dabbaoui, représentant M A B.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
En ce qui concerne l'urgence :
2. Il résulte de ces dispositions que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit faire l'objet d'une appréciation globale.
3. D'une part, eu égard à son objet et à ses effets, une décision prononçant l'expulsion d'un étranger du territoire français porte, en principe, par elle-même atteinte, de manière grave et immédiate, à la situation de la personne qu'elle vise et crée, dès lors, une situation d'urgence justifiant que soit, le cas échéant, prononcée la suspension de cette décision. Si le préfet fait valoir, à juste titre, que M. A B ne justifie pas habiter chez la mère de son fils, cette circonstance selon laquelle il n'habiterait pas au domicile de cette personne dont il est séparé ne permet pas, toutefois, de remettre en cause le fait qu'il est employé par une société dont le siège est à Archamps en Haute-Savoie, à proximité de la commune de Collonges-sous-Salève, dans laquelle réside son fils. Par ailleurs, si M. B produit peu de justificatifs de sa participation à l'entretien de son fils, il démontre, par contre, avoir entretenu des contacts réguliers avec ce dernier pendant la détention et participer à son éducation. Depuis le 7 mai 2024, date de sa mise en liberté probatoire, il dispose d'un emploi en CDI. Dans ces circonstances, le préfet de la Haute-Savoie ne peut utilement faire valoir que ce contrat reste récent. M. B est présent en France depuis 19 ans et il est père d'un enfant français. Le préfet de la Haute-Savoie n'avance aucun argument de nature à renverser la présomption d'urgence. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'eu égard à la personnalité de l'intéressé, l'urgence qui s'attacherait à l'exécution de la mesure d'expulsion sans attendre que le tribunal statue au fond sur sa légalité l'emporterait sur l'urgence à en suspendre les effets. Dès lors, la condition d'urgence doit être regardée comme remplie.
En ce qui concerne le doute sérieux quant à la légalité de la décision
4. Aux termes de l'article L. 631-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut décider d'expulser un étranger lorsque sa présence en France constitue une menace grave pour l'ordre public, sous réserve des conditions propres aux étrangers mentionnés aux articles L. 631-2 et L. 631-3 ". Aux termes de l'article L. 631-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peut faire l'objet d'une décision d'expulsion que si elle constitue une nécessité impérieuse pour la sûreté de l'Etat ou la sécurité publique et sous réserve que l'article L. 631-3 n'y fasse pas obstacle : 1° L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins un an ; () 3° L'étranger qui réside régulièrement en France depuis plus de dix ans, sauf s'il a été pendant toute cette période titulaire d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle portant la mention " étudiant " ; () ". Aux termes de son article R. 632-1 : " Sauf en cas d'urgence absolue, l'autorité administrative compétente pour prononcer l'expulsion d'un étranger en application de l'article L. 631-1 est le préfet de département et, à Paris, le préfet de police. ". Enfin, selon l'article R. 632-2 du même code : " L'autorité administrative compétente pour prononcer l'expulsion d'un étranger en application des articles L. 631-2 () ainsi qu'en cas d'urgence absolue est le ministre de l'intérieur. ".
5. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
6. En l'état de l'instruction, alors même que l'intéressé a fait l'objet de 4 condamnations inscrites sur le bulletin numéro 2 de son casier judiciaire, le moyen tiré de ce que l'arrêté contesté, par lequel le préfet de la Haute-Savoie, a ordonné son expulsion du territoire français, porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, doit, dans les circonstances de l'espèce et compte tenu de la nature de la menace pour l'ordre public que constitue la présence en France de l'intéressé, dont le comportement depuis sa détention et sa mise en en liberté probatoire est exemplaire, être tenu comme de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de cet arrêté.
7. Il résulte de ce qui précède que M. B est fondé à demander la suspension de l'exécution de l'arrêté du 2 août 2024 par lequel le préfet de la Haute-Savoie l'a expulsé du territoire français.
Sur les frais liés au litige :
8. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros demandée par le requérant au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E
Article 1r : L'exécution de l'arrêté du préfet de la Haute-Savoie en date du 2 août 2024 ordonnant l'expulsion de M A B est suspendue.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3: La présente ordonnance sera notifiée à M A B et au préfet de la Haute-Savoie.
Fait à Grenoble, le 20 septembre 2024.
Le juge des référés,
C. Vial-Pailler
Le greffier,
G. Morand
La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026