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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2406736

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2406736

mardi 10 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2406736
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantLEURENT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête n° 2406736, enregistrée le 5 septembre 2024 et complétée par des pièces enregistrées le 9 septembre suivant, M. D B, représenté par Me Leurent, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du préfet de la Savoie du 2 septembre 2024 portant fixation du pays de renvoi dans le cadre d'une mesure d'éloignement et celle du préfet de l'Isère du 3 septembre 2024 l'assignant à résidence ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 € HT soit 1 440 € TTC au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'elle renonce à l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- la décision fixant le pays de destination est illégale en tant qu'elle est entachée d'incompétence, d'insuffisance de motivation, de défaut d'identification de l'interprète, de défaut de base légale, d'erreur manifeste d'appréciation et car elle viole les articles 3 et 8 de la CESDH et article 3 de la CIDE ;

- la décision d'assignation est illégale en tant qu'elle est entachée d'incompétence, d'insuffisance de motivation, de défaut de notification par un interprète, d'absence de perspective raisonnable, et est fondée sur une décision d'éloignement illégale, inadaptée et disproportionnée.

Le préfet de l'Isère a présenté un mémoire en défense enregistré le 9 septembre 2024 par lequel il conclut au rejet de la requête tendant à l'annulation de l'assignation à résidence.

Le préfet de la Savoie n'a soumis aucun mémoire en défense.

Vu les autres pièces des dossiers dont les pièces produites.

Vu le moyen d'ordre public tiré de l'incompétence de la juridiction administrative pour connaître d'une demande de placement en rétention administrative, communiqué aux parties le 6 septembre 2024.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales (CESDH) ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 (CIDE) ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA) ;

- la loi n° 91-647 du 10 septembre 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du Tribunal a délégué à Monsieur A les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience du 9 septembre à 14 heures.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A ;

- les observations de Me Leurent, en présence de Mme C, interprète par téléphone.

La clôture de l'instruction a, par application de l'article L. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. D B, né le 22 mars 1990 et de nationalité nigériane, a été condamné, par le tribunal correctionnel de Paris le 30 mai 2018, à une peine de deux ans d'emprisonnement et à une interdiction du territoire français pour des faits de traite d'être humain et proxénétisme aggravé. L'intéressé, marié à Mme F, également de nationalité nigériane, est père de 3 enfants.

2. En raison de l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur sa requête, il y a lieu de prononcer l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle du requérant.

3. La décision portant fixation du pays de renvoi dans le cadre d'une mesure d'éloignement a été signée par Mme Laurence Tur, secrétaire générale de la préfecture de la Savoie, qui disposait d'une délégation de signature par arrêté du 22 mai 2023, régulièrement publié. L'arrêté portant assignation à résidence a été signé par M. Laurent Simplicien, secrétaire général, qui bénéficiait, à ce titre, d'une délégation de signature accordée par le préfet de l'Isère par arrêté du 21 août 2023. Les moyens tirés de l'incompétence du signataire de l'acte doivent donc être écartés.

4. Ces décisions énoncent, avec une précision suffisante, les considérations de droit et de fait sur lesquelles elles sont fondées. Par suite les moyens tirés de l'insuffisance de leur motivation doivent être écartés.

5. S'agissant de la décision d'éloignement, le moyen tiré du défaut d'identification de l'interprète n'est pas assorti des précisions de droit permettant d'en apprécier le bien fondé et ne peut qu'être écarté. Il en va de même de celui selon lequel le préfet ne produit pas le jugement correctionnel du tribunal de Paris.

6. Si le requérant dit craindre pour sa vie en cas de retour dans son pays d'origine, il ne produit pas d'élément de nature à montrer la réalité et la gravité d'une telle crainte.

7. Le requérant expose être père de trois enfants, dont deux sont scolarisés en école maternelle et précise que son épouse demeure en France depuis 2013 et, souffrant de l'hépatite B, est soignée en France. Il ajoute travailler en tant que maître d'hôtel. Toutefois, par les pièces produites, il ne démontre ni vie privée et familiale ancrée dans la durée en France ni insertion sociale ou professionnelle particulière. Il ne justifie, en outre, pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où réside sa mère et où il a vécu jusqu'à l'âge de 25 ans, soit la majeure partie de sa vie. Il n'indique pas non plus en quoi il ne pourrait reconstituer la cellule familiale dans son pays d'origine. Dès lors, les moyens tirés d'erreur manifeste d'appréciation ou de violation des 8 de la CESDH et article 3 de la CIDE ne peuvent qu'être écartés.

8. S'agissant de la décision d'assignation à résidence querellée, le requérant, qui a signé cette décision et exercé son droit de recours dans le délai, a pu la comprendre même sans interprète. Il confirme, par ailleurs, à l'audience comprendre le français.

9. La condamnation du tribunal correctionnel de Paris du 30 mai 2018 ne fonde pas la décision d'assignation litigieuse. Le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette condamnation ne peut dès lors qu'être écarté.

10. Le requérant, n'apporte aucun élément de nature à montrer que son éloignement est sans perspective raisonnable. De même, aucune des pièces produites n'établit que les obligations quotidiennes imposées par l'assignation à résidence litigieuse seraient disproportionnées au regard des obligations habituelles du requérant. Les moyens correspondants ne peuvent, dès lors, qu'être écartés.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions dirigées contre la décision portant fixation du pays de renvoi dans le cadre d'une mesure d'éloignement ainsi que celles dirigées contre l'assignation à résidence ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D B, à Me Leurent, au préfet de l'Isère et au préfet de Savoie.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 septembre 2024.

Le magistrat désigné,

P. A

La greffière,

M. E

La République mande et ordonne aux préfets de la Savoie et de l'Isère en ce qui les concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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