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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2406740

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2406740

mardi 17 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2406740
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantDJINDEREDJIAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I) Par une requête, enregistrée sous le n° 2406740, le 5 septembre 2024, M. B D, représenté par Me Djinderedjian, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 9 août 2024 par lequel le préfet de la Haute-Savoie l'a assigné à résidence pour une durée de 45 jours renouvelable une fois ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- la compétence du signataire de l'arrêté n'est pas rapportée ;

- les modalités d'application de l'assignation, qui ne sont pas compatibles avec son état de santé, sont disproportionnées et portent une atteinte excessive à sa vie privée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 septembre 2024, le préfet de la Haute-Savoie demande au tribunal, à titre principal, de prononcer un non-lieu à statuer ou, à titre subsidiaire, de rejeter la requête.

Il soutient que :

- la signataire de l'arrêté dispose d'une délégation de signature régulièrement publiée ;

- les modalités de l'assignation ont été modifiées par un arrêté du 10 septembre 2024 afin de tenir compte de son état de santé.

II) Par une requête, enregistrée sous le n° 2406742, le 5 septembre 2024, Mme A F, épouse D, représentée par Me Djinderedjian, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 9 août 2024 par lequel le préfet de la Haute-Savoie l'a assignée à résidence pour une durée de 45 jours renouvelable une fois ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Elle soutient que :

- la compétence du signataire de l'arrêté n'est pas rapportée ;

- les modalités d'application de l'assignation, qui ne sont pas compatibles avec l'état de santé de son mari qu'elle accompagne, sont disproportionnées et portent une atteinte excessive à sa vie privée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 septembre 2024, le préfet de la Haute-Savoie demande au tribunal, à titre principal, de prononcer un non-lieu à statuer ou, à titre subsidiaire, de rejeter la requête.

Il soutient que :

- la signataire de l'arrêté dispose d'une délégation de signature régulièrement publiée ;

- les modalités de l'assignation ont été modifiées par un arrêté du 10 septembre 2024 afin de tenir compte de l'état de santé de son mari.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la loi n° 91-647 du 10 septembre 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme G en application de l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, Mme G a présenté son rapport, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Après avoir prononcé la clôture de l'instruction à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme D, ressortissants du Kosovo, sont entrés irrégulièrement en France avec leur fille mineure le 14 mars 2023. Ils ont déposé des demandes d'asile rejetées par l'OFPRA par décisions du 12 juin 2023. Le 8 août 2023, M. D a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en raison de son état de santé. Par un arrêté du 11 septembre 2023, le préfet de la Haute-Savoie a fait obligation à M. D de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Par un arrêté du 19 septembre 2023, le préfet de la Haute-Savoie a également fait obligation à Mme D de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Par deux arrêtés du 19 juin 2024, le préfet de la Haute-Savoie a assigné les intéressés à résidence pour une durée de 45 jours renouvelable une fois. Et il a renouvelé ces assignations pour une durée de 45 jours par deux arrêtés du 9 août 2024 dont les intéressés demandent l'annulation dans la présente instance.

2. Les requêtes concernent la situation d'un couple, présentent à juger des questions identiques et ont fait l'objet d'une instruction commune. Dès lors, il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :

3. Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur les requêtes de M. et Mme D, de prononcer leur admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur l'exception de non-lieu à statuer opposée en défense :

4. D'une part, un recours pour excès de pouvoir dirigé contre un acte administratif n'a d'autre objet que d'en faire prononcer l'annulation avec effet rétroactif. Si, avant que le juge n'ait statué, l'acte attaqué est rapporté par l'autorité compétente et si le retrait ainsi opéré acquiert un caractère définitif faute d'être critiqué dans le délai du recours contentieux, il emporte alors disparition rétroactive de l'ordonnancement juridique de l'acte contesté, ce qui conduit à ce qu'il n'y ait lieu pour le juge de la légalité de statuer sur le mérite du pourvoi dont il était saisi. Dans le cas où l'administration se borne à procéder à l'abrogation de l'acte attaqué, cette circonstance prive d'objet le pourvoi formé à son encontre, à la double condition que cet acte n'ait reçu aucune exécution pendant la période où il était en vigueur et que la décision procédant à son abrogation soit devenue définitive.

5. D'autre part, lorsqu'une décision administrative faisant l'objet d'un recours contentieux est retirée en cours d'instance pour être remplacée par une décision ayant la même portée, le recours doit être regardé comme tendant également à l'annulation de la nouvelle décision. Lorsque que le retrait a acquis un caractère définitif, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions dirigées contre la décision initiale, qui ont perdu leur objet. Le juge doit, en revanche, statuer sur les conclusions dirigées contre la nouvelle décision.

6. Si le 10 septembre 2024, le préfet de la Haute-Savoie a pris deux arrêtés modifiant les modalités de contrôle de l'assignation à résidence prise le 9 août 2024, il n'a ni retiré ni abrogé les arrêtés du 9 août 2024. Dès lors, les requêtes de M. et Mme D conservent un objet.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

7. En premier lieu, les arrêtés du 9 août 2024 ont été signés par Mme I C, adjointe de la cheffe du bureau de l'asile et de l'éloignement et ceux du 10 septembre 2024 par Mme E H, cheffe du bureau de l'asile et de l'éloignement. Elles avaient toutes deux reçu à cette fin une délégation de signature consentie par un arrêté du préfet de la Haute-Savoie du 15 décembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence des signataires des deux arrêtés doit être écarté.

8. En second lieu, si les arrêtés du 9 août 2024 fixaient des horaires de présentation au commissariat de police d'Annecy quotidiens incompatibles avec la prise en charge médicale dont M. D bénéficie au centre hospitalier d'Annecy, il ressort des pièces du dossier que ces modalités de présentation ont été modifiées par les arrêtés du 10 septembre 2024 afin de tenir compte de la situation de M. D. Les requérants ne critiquent pas ces nouvelles modalités de présentation. Par suite, ils ne sont pas fondés à soutenir que les modalités de présentation fixées par les arrêtés des 9 août et 10 septembre 2024 sont disproportionnées et portent une atteinte excessive à leur vie privée.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par les requérants doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquence leurs conclusions relatives aux frais de l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : M. et Mme D sont admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions des deux requêtes est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B D, à Mme A F, épouse D et au préfet de la Haute-Savoie.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 septembre 2024.

La magistrate désignée,

E. GLa greffière,

E. BEROT-GAY

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

2, 240674

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