Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2406813

vendredi 27 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2406813
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantSELARL PHILIPPE PETIT & ASSOCIES

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Grenoble, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l'arrêté du maire du Grand-Serre du 29 août 2024. Cet arrêté mettait en demeure M. et Mme F de retirer des obstacles sur un chemin, que la commune qualifiait de chemin rural, afin de permettre l'accès à une exploitation agricole. Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas remplie, le retrait des obstacles ne portant pas une atteinte grave et immédiate aux intérêts des requérants. En conséquence, la requête a été rejetée et les requérants ont été condamnés à verser 800 euros à la commune au titre des frais de justice.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 9 septembre 2024 et le 25 septembre 2024, M. et Mme F et D la maison des collines, représentés par Me Clément, demandent au juge des référés, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté du 29 août 2024 par lequel le maire de la commune du Grand-Serre les a mis en demeure de retirer sans délai les obstacles à la circulation sur le chemin dit A 117 ;

2°) de mettre à la charge de la commune du Grand-Serre la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la condition d'urgence est remplie ;

- le chemin est un chemin privé et pas un chemin rural au sens de l'article L. 161-1 du code rural et de la pêche maritime ; la commune n'apporte pas la preuve qu'elle est propriétaire de ce chemin ;

- les injonctions faites aux requérants ne sont pas proportionnées aux buts poursuivis ;

- l'arrêté méconnaît leur droit à un recours effectif ;

- l'arrêté est fondé sur des motifs erronés en fait ;

- l'arrêté est entaché d'un détournement de pouvoir.

Par un mémoire en défense enregistré le 24 septembre 2024, la commune du Grand-Serre, représentée par Me Petit, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge des requérants la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la condition d'urgence n'est pas remplie ;

- il n'existe aucun doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête en annulation enregistrée sous le n°2406753.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code rural et de la pêche maritime ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme C pour statuer sur les demandes de référés.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience publique du 26 septembre 2024 au cours de laquelle ont été entendus :

- le rapport de Mme C ;

- les observations de Me Clément, pour les requérants ;

- et celles de Me Masson, pour la commune du Grand-Serre.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande de suspension d'exécution :

1. L'article L. 521-1 du code de justice administrative permet au juge des référés d'ordonner la suspension de l'exécution d'une décision administrative ou de certains de ses effets lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision.

2. La condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

3. En l'espèce, il apparaît qu'à l'issue d'un litige quant aux droits d'utilisation d'un chemin desservant plusieurs propriétés privées et dont les requérants revendiquent la propriété, le maire de la commune du Grand-Serre a, sur le fondement de ses pouvoirs de police administrative, mis en demeure les requérants d'enlever les obstacles à la circulation présents sur ce chemin, que la commune considère comme relevant de la qualification de chemin rural, afin de permettre à Mme G, exploitante agricole, d'accéder à ses terres, considérant l'urgence sanitaire de faire évacuer les bêtes de son cheptel décédées des suites d'une épidémie de fièvre catarrhale ovine. Même si la commune a convenu de l'existence d'un autre chemin permettant l'accès à la propriété de Mme G, il n'apparaît pas dans les circonstances de l'espèce que le retrait des obstacles présents sur ce chemin d'accès, ce même s'ils entendent revendiquer la propriété de celui-ci, porterait une atteinte grave aux intérêts que les requérants entendent défendre justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de l'arrêté soit suspendue. Par suite, la condition d'urgence n'était pas remplie, il y a lieu de rejeter les conclusions des requérants présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.

Sur les frais d'instance :

4. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune du Grand-Serre, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, une quelconque somme au titre des frais exposés par les requérants et non compris dans les dépens. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. et Mme F et D la maison des collines le versement à d'une somme de 800 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er :La requête présentée par M. et Mme F et D la maison des collines est rejetée.

Article 2 :Les requérants verseront à la commune du Grand-Serre une somme de 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 :La présente ordonnance sera notifiée à M. et Mme F, à D la maison des collines et à la commune du Grand-Serre.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 septembre 2024.

Le juge des référés,

J. C

Le greffier,

P. Muller

La République mande et ordonne au préfet de la Drôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2406813