lundi 23 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2406869 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | SENE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 11 septembre 2024, M. A E, représenté par Me Sene demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 6 septembre 2024, par lequel le préfet de l'Isère l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant un délai d'un an et a fixé le pays de destination ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros, à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. E soutient que :
L' arrêté attaqué est entaché d'incompétence, d'un défaut de motivation et d'examen particulier et complet de sa situation.
L'obligation de quitter le territoire français :
- est entaché d'erreur manifeste d'appréciation ;
- méconnaît l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- est entaché d'erreur manifeste d'appréciation au regard de l'appréciation de son comportement comme une menace à l'ordre public.
La décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :
- méconnait les articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
La décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- est entachée d'un défaut d'examen des quatre critères prévus par l'article L. 612-6 le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- est privée de base légale ;
- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de l'absence de menace à l'ordre public et des circonstances humanitaires au vu notamment de son état de santé ;
- porte une atteinte disproportionnée à son droit à mener une vie privée et familiale ;
Par un mémoire en défense, enregistré le 13 septembre 2024, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.
Le préfet fait valoir qu'aucun des moyens n'est fondé.
Vu :
- les décisions attaquées ;
- les autres pièces du dossier ;
- la décision par laquelle le président du tribunal à délégué à Mme Portal les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article R. 776-15 du code de justice administrative.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le magistrat désigné a, au cours de l'audience publique du 23 septembre 2024, présenté son rapport, les parties n'étant ni présentes ni représentées.
L'instruction a été close à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. E, ressortissant nigérian née le 6 juin 1999, déclare être entré en France au mois de mars 2023. A la suite d'une altercation en date du 5 septembre 2024, il a été interpellé par les forces de l'ordre et a été placé en garde à vue. Le lendemain soit le 6 septembre 2024, le préfet de l'Isère, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour pour une durée d'un an d'une part. Il s'agit de la décision attaquée.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. En raison de l'urgence à statuer sur la requête présentée par M. E, il y a lieu d'admettre celui-ci, à titre provisoire, au bénéfice de l 'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions en annulation :
En ce qui concerne la compétence de l'auteur de l'acte :
3. L'arrêté attaqué a été signé par Mme C, cheffe de service du droit des étrangers et de l'immigration, qui bénéficiait à ce titre d'une délégation de signature accordée par le préfet de l'Isère par arrêté du 15 avril 2024, régulièrement publié. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire des actes doit donc être écarté.
En ce qui concerne la motivation :
4. L'arrêté contesté comporte l'énoncé des dispositions légales dont il a été fait application ainsi que des circonstances de fait au vu desquelles il a été pris. Le préfet de l'Isère n'était pas tenu de mentionner de manière exhaustive tous les éléments tenant à la situation personnelle dont M. E entend se prévaloir. Dès lors, le moyen tiré d'une insuffisance de motivation doit être écarté. En outre, il ne ressort pas des termes de la décision attaquée qui évoque notamment les problèmes de santé de M. E et ses liens avec sa compagne, Mme D, que le préfet n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation de l'intéressée.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
5. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants :1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ;() ".
6. Comme l'indique le préfet de l'Isère en défense, la décision d'obligation de quitter le territoire français est fondé sur l'article L.611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité et le moyen tiré de l'absence de menace à l'ordre public est par suite inopérant à l'encontre de cette décision.
7. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale []. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "
8. M. E réside en France depuis moins de dix-huit mois à la date de la décision attaquée. En outre, il n'a réalisé aucune démarche en vue de régulariser son séjour et n'a pas sollicité un titre de séjour en qualité d'étranger malade. S'il ressort des pièces du dossier qu'il a souffert d'un ulcère à l'estomac et a bénéficié d'un traitement pour ce motif, il n'allègue nullement qu'il ne pourrait être soigné dans son pays d'origine. La raison avancée lors de son audition pour expliquer son départ du Nigeria est celle du décès de l'ensemble des membres de sa famille et d'évènements terroristes au Nigeria. Il indique avoir un fils, F B D née le 23 avril 2019 en Italie bien qu'il ne l'ait pas reconnu. Si ce dernier réside en France avec sa mère, Mme G D, celle-ci est contrairement aux allégations du requérant, illégalement sur le territoire français et a déjà fait l'objet d'une décision d'obligation de quitter le territoire français le 12 août 2024 du préfet de la Haute-Garonne après le rejet par la Cour nationale du droit d'asile de sa demande d'asile. Dans ces circonstances, marquée par la brièveté du séjour de M. E en France, la décision attaquée n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, elle n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation à raison de sa situation personnelle.
En ce qui concerne la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :
9. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; () ".
10. M. E déclare être entré irrégulièrement sur le territoire français et il n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Il ne prétend pas ni ne démontre l'existence de circonstances particulières de nature à s'opposer à ce que le risque qu'il se soustraie à l'obligation de quitter le territoire français soit regardé comme établi en application de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ces circonstances suffisaient au préfet de l'Isère pour priver l'intéressé de tout délai de départ volontaire, alors qu'il allègue disposer d'une adresse à Grenoble sans être en mesure de la justifier auprès de la préfecture et à supposer même que sa présence ne constituerait pas une menace pour l'ordre public. Par suite, les moyens tirés de l'erreur d'appréciation et de la méconnaissance des articles L.612-2 et -3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an :
11. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. /Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. /Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".
12. En vertu des dispositions citées au point précédent, il incombe à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas, susceptible de justifier une telle mesure, se trouve l'étranger. Elle doit, par ailleurs, faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifie sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit être regardée comme une telle menace. L'autorité administrative n'est cependant pas tenue de préciser les éléments de fait susceptibles de fonder une décision différente de celle qu'elle a prise.
13. Il ressort de l'arrêté en litige qu'il cite les dispositions de l'article L. 612-6 qui constituent le fondement de l'interdiction de retour et fait état des différents critères qu'il est tenu d'examiner en vertu des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La décision portant interdiction de retour en litige comporte ainsi l'ensemble des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement et est suffisamment motivée. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée et de la méconnaissance de l'article L.612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.
14. La décision obligeant M. E à quitter le territoire n'étant pas illégale, le moyen tiré de ce que la décision prononçant une interdiction de retour sera annulée en conséquence de l'illégalité de la mesure d'éloignement, doit être écarté.
15. Il ressort des pièces du dossier et notamment des procès-verbaux d'audition que M. E reconnaît les faits de violences volontaires aggravées, à savoir de violence avec arme en réunion commis le 5 septembre 2024. Nonobstant la circonstance qu'il n'ait pas encore fait l'objet d'une condamnation, le préfet de l'Isère établit que le Procureur de la République a poursuivi l'infraction précitée et que le requérant est convoqué au tribunal judiciaire de Grenoble le 21 octobre 2024 et le 15 janvier 2025 pour un jugement correctionnel. Ainsi, nonobstant l'absence d'antériorité judiciaire à mettre en parallèle avec la brièveté de son séjour en France, le préfet de l'Isère n'a pas commis d'erreur d'appréciation en estimant que M. E constituait une menace à l'ordre public.
16. En tout état de cause, à supposer même que l'intéressé ne représenterait pas une menace pour l'ordre public, compte tenu de la situation de M. E décrite précédemment qui ne caractérise aucune circonstance humanitaire, l'interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an n'est ni disproportionnée et ni entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
17. Les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations des articles 8 de convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation qui reprennent les mêmes arguments que ceux développés à l'encontre de la décision d'éloignement, ne peuvent qu'être écartés pour les mêmes motifs que ceux exposés ci-dessus.
18. M. E n'est dès lors pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 6 septembre 2024.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :
19. Les conclusions présentées par M. E, partie perdante, doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : M. A E est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A E, à Me Sene et au préfet de l'Isère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 septembre 2024.
Le magistrat désigné,
N. Portal
Le greffier,
J. Bonino
La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2406869
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026