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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2406878

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2406878

vendredi 27 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2406878
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantBORGES DE DEUS CORREIA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 11 septembre 2024, M. A, représenté par Me Borges de Deus Correia, demande au juge des référés :

1°) de l'admettre provisoirement à l'aide juridictionnelle ;

2°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la décision implicite du préfet de l'Isère refusant de renouveler son attestation de prolongation de l'instruction de sa demande de titre de séjour, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie : il est père d'un enfant français, il est en situation irrégulière et son employeur a mis fin à contrat de travail ;

- le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R.431-15-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

La requête a été communiquée au préfet de l'Isère qui n'a pas défendu.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 11 septembre 2024 sous le numéro 2406877 par laquelle M. A demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 25 septembre 2024 en présence de Mme Jasserand, greffier d'audience, M. B a lu son rapport et entendu Me Zaïem substituant Me Borges de Deus Correia ; le préfet n'étant ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant sénégalais né le 13 octobre 1983 à Moudery (Sénégal), est parent d'un enfant français né le 14 février 2023. Il a déposé une demande de titre de séjour en qualité de parent d'enfant français le 13 décembre 2023. Une première attestation de prolongation de l'instruction de sa demande de titre de séjour valable jusqu'au 15 mai 2024 lui a été remise, puis une seconde attestation de prolongation valable jusqu'au 4 septembre 2024.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ".

3. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

4. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () " A ceux de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique. () " Enfin le premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code prévoit que : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. "

En ce qui concerne la condition d'urgence :

5. Il résulte de ces dispositions que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

6. Il résulte de l'instruction que l'attestation de prolongation de l'instruction de M. A a expiré le 4 septembre 2024 ; il est désormais en situation irrégulière et son contrat de travail a été suspendu en raison de l'irrégularité de son séjour. Par suite, la condition d'urgence doit être regardée comme remplie.

En ce qui concerne l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

7. En l'état de l'instruction, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 431-15-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée. Par suite, les conclusions aux fins de suspension de l'exécution de la décision attaquée doivent être accueillies.

Sur les conclusions d'injonction :

8. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire. Il n'est pas saisi du principal et se prononce dans les meilleurs délais ".

9. En vertu de ces dispositions, il appartient au juge des référés d'assortir sa décision de suspension des seules obligations provisoires qui en découlent pour l'administration, le juge des référés suspension ne pouvant décider une mesure qui a les mêmes effets qu'une annulation pour excès de pouvoir.

10. Compte tenu du motif de suspension retenu au point 7, il y a lieu d'enjoindre au préfet de l'Isère de renouveler l'attestation de prolongation de l'instruction de sa demande de titre de séjour de M. A dans un délai de 8 jours, sauf à lui opposer explicitement un refus de titre de séjour.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

11. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions de Me Borges de Deus Correia tendant à l'application de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

O R D O N N E :

Article 1er :M. A est admis provisoirement à l'aide juridictionnelle.

Article 2 :L'exécution de la décision implicite du préfet de l'Isère refusant de renouveler l'attestation de prolongation de l'instruction de la demande de titre de séjour de M. A est suspendue.

Article 3 :Il est enjoint au préfet de l'Isère de renouveler l'attestation de prolongation de l'instruction de sa demande de titre de séjour de M. A dans un délai de 8 jours, sauf à lui opposer explicitement un refus de titre de séjour.

Article 4 :Les conclusions de Me Borges de Deus Correia tendant à l'application de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 sont rejetées.

Article 5 :La présente ordonnance sera notifiée à M. A, à Me Borges de Deus Correia et au ministre de l'Intérieur.

Copie en sera adressée au préfet.

Fait à Grenoble, le 27 septembre 2024.

Le juge des référés,

M. B

La République mande et ordonne au ministre de l'Intérieur, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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