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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2406910

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2406910

mercredi 4 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2406910
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème Chambre
Avocat requérantALBERTIN

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête n°2406910 et un mémoire, enregistrés le 12 septembre et le 22 octobre 2024, M. B D, représenté par Me Albertin, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 19 juin 2024 par lequel le préfet de la Drôme a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de 30 jours, a désigné le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Drôme, selon que le refus de titre est annulé pour un motif de forme ou de fond, de réexaminer sa situation ou de lui délivrer le titre de séjour sollicité, dans un délai de 2 mois à compter de la décision à intervenir et sous le bénéfice d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros hors taxes au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, à verser à son conseil qui s'engage à renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, ou à lui verser si l'aide juridictionnelle ne lui était pas accordée.

Il soutient que :

- l'arrêté est entaché de l'incompétence de son auteur ;

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

- il est entaché d'un vice de procédure tiré de l'absence de consultation de la commission du titre de séjour ;

- il est entaché d'un vice de procédure en l'absence d'avis de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) en méconnaissance des articles L.425-9, L.425-10 et R.425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il n'est pas démontré que ledit avis, à supposer qu'il existe, ait été pris par des médecins ayant compétence pour le prendre ;

- il n'est pas démontré que le rapport médical visé à l'article R.425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ait été régulièrement effectué et ce préalablement à l'avis du collège de médecins ; il y a lieu que l'autorité administrative communique ce rapport aux fins de s'assurer qu'il correspond à la réalité de la situation médicale du requérant et qu'aucune erreur manifeste d'appréciation n'a été commise dans ce rapport ;

- le rapport médical visé à l'article R.425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est entaché d'un défaut d'identification et de compétence de son auteur ;

- le refus de titre de séjour est insuffisamment motivé dès lors que le préfet se contente de citer l'avis du collège de médecins de l'OFII sans s'en approprier le contenu ;

- il méconnait les articles L. 425-9 et -10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il remplit l'ensemble des conditions de ces textes ;

- il méconnait son droit à une vie privée et familiale, tel que protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, qui s'exerce désormais en France ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français et la décision fixant le pays de destination :

- elle méconnait les articles L. 611-1 4° et L.542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il n'est pas démontré que la décision de la Cour nationale du droit d'asile lui a été notifiée préalablement à la décision d'éloignement ;

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité du refus de titre de séjour ;

- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnait l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité du refus de titre de séjour et de la décision d'éloignement ;

- elle est insuffisamment motivée et est entachée d'une erreur d'appréciation dans l'application de l'article L.612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 15 octobre 2024, le préfet de la Drôme conclut au rejet de la requête en faisant valoir que ses moyens ne sont pas fondés.

II. Par une requête n°2406912 enregistrée le 12 septembre 2024, Mme E D, représentée par Me Albertin, conclut aux mêmes fins et par les mêmes moyens que la requête n°2406910.

Par un mémoire en défense enregistré le 15 octobre 2024, le préfet de la Drôme conclut au rejet de la requête en faisant valoir que ses moyens ne sont pas fondés.

Vu les décisions attaquées et les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Au cours de l'audience publique du 12 novembre 2024, Mme Aubert a lu son rapport. Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes n°2406910 et n°2406912, présentées par les époux B et E D présentent à juger des questions semblables. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

2. M. et Mme D sont des ressortissants kosovars âgés respectivement de 42 et 38 ans. Ils déclarent être entrés en France le 7 février 2023, avec leurs enfants C, âgé de 15 ans, et A, âgée de 6 ans. Leurs demandes d'asile formées le 20 février 2023 ont été rejetées par l'OFPRA le 7 mars 2024 puis par la CNDA le 23 mai 2024. Les époux D ont formé le 16 janvier 2024 des demandes de titres de séjour en qualité de parents d'enfant malade sur le fondement de l'article L.425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par les arrêtés contestés du 19 juin 2024, le préfet de la Drôme leur a refusé les titres sollicités, les a obligés à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a désigné le pays de destination et leur a interdit le retour sur le territoire français pendant une période d'un an.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

3. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ".

4. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, les époux D au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions en annulation et en injonction :

En ce qui concerne le moyen commun à l'ensemble des décisions contestées :

5. Les arrêtés contestés ont été signés par M. Cyril Moreau, secrétaire général de la préfecture de la Drôme, qui disposait à cet effet d'une délégation de signature consentie par l'arrêté du 14 mars 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial du même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des arrêtés en litige doit être écarté.

En ce qui concerne les refus de titre de séjour :

6. En premier lieu, aux termes de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration./ L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. () "

7. En l'espèce, le collège des médecins de l'OFII a rendu son avis le 30 avril 2024. Les trois médecins signataires avaient compétence pour ce faire en application de l'arrêté du directeur général de l'OFII en date du 11 janvier 2024. Par ailleurs, il ressort du bordereau de transmission établi par le directeur général de l'OFII que le rapport médical visé à l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, établi par un autre médecin non-membre du collège, a été transmis le 22 février 2024, soit avant que le collège des médecins n'émette son avis. Enfin, les requérants, qui se bornent à émettre des doutes sur le contenu du rapport médical n'assortissent pas leur moyen des précisions suffisantes pour en apprécier le bien-fondé alors au demeurant que l'avis du collège de médecins conclut, conformément à leurs écritures, que l'état de santé de l'enfant nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Par suite, le moyen tiré du vice entachant la procédure de consultation du collège de médecins de l'OFII doit être écarté.

8. En deuxième lieu, l'arrêté mentionne les circonstances de fait et de droit qui en sont le fondement. Par suite, l'arrêté est suffisamment motivé. De surcroit, contrairement à ce qu'indiquent les requérants, il ressort des termes des arrêtés contestés que le préfet de la Drôme ne s'est pas cru à tort en situation de compétence liée par l'avis du collège de médecins de l'OFII dès lors notamment qu'il a précisé que les époux D ne produisaient aucune pièce de nature à le contredire. Le moyen doit par suite être écarté.

9. En troisième lieu, d'une part aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an. ()/ La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'État.() " A ceux de l'article L.425-10 du même code : " Les parents étrangers de l'étranger mineur qui remplit les conditions prévues à l'article L. 425-9, ou l'étranger titulaire d'un jugement lui ayant conféré l'exercice de l'autorité parentale sur ce mineur, se voient délivrer, sous réserve qu'ils justifient résider habituellement en France avec lui et subvenir à son entretien et à son éducation, une autorisation provisoire de séjour d'une durée maximale de six mois. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. () / Elle est délivrée par l'autorité administrative, après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans les conditions prévues à l'article L. 425-9.

10. D'autre part, la partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'OFII qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dont il peut effectivement bénéficier dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires et des éventuelles mesures d'instruction qu'il peut toujours ordonner.

11. Pour refuser la délivrance du titre de séjour sollicité, le préfet de la Drôme s'est fondé sur l'avis du collège de médecins de l'OFII au terme duquel si l'état de santé de l'enfant A D nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, cet enfant peut bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine et voyager sans risque.

12. Il ressort des pièces du dossier que l'enfant A souffre d'une paralysie cérébrale bilatérale mixte causant notamment une absence d'autonomie pour se déplacer, une absence de langage et de mode de communication et un encombrement bronchique et nécessitant des soins consistant en la prise médicamenteuse de Dépakine (antiépileptique), de Lioresal (myorelaxant) et Urbnayl (anxiolytique) et l'injection de toxine botulique (visant à diminuer les troubles dystoniques), outre des appareillages et des séances de kiné bi-hebdomadaires. Toutefois, les éléments médicaux produits n'établissent pas que l'enfant ne pourrait pas bénéficier au Kosovo de la surveillance médicale et des soins sus-décrits. A ce titre, le courrier de la commune de Viti, au Kosovo, au terme duquel son centre principal de santé familiale ne dispense pas d'injection de toxine botulique ne suffit pas à contredire l'avis de l'OFII concluant à l'accès à un traitement approprié au Kosovo. Le certificat d'un médecin du centre hospitalier de Grenoble en date du 7 mars 2023 attestant que l'état de santé de l'enfant est incompatible avec des trajets de moyenne et longue distance, peu circonstancié et émis antérieurement à l'avis du collège de médecins de L'OFII, n'est pas de nature à l'infirmer. Enfin, si les requérants produisent le résultat d'un encéphalogramme réalisé le 11 septembre 2024 laissant à penser que la situation médicale de l'enfant se dégrade, il ne ressort pas des nouvelles pièces produites que les soins nécessaires à A auraient évolué depuis la date de la décision contestée. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des articles L. 425-9 et -10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté comme non fondé.

13. En quatrième lieu, ainsi qu'il vient d'être dit, les époux D ne remplissaient pas les conditions de délivrance de titres de séjour en qualité de parents d'enfant malade, de sorte que le préfet n'était pas tenu de soumettre leur cas à la commission du titre de séjour avant de leur refuser la délivrance d'un titre de séjour sur ce fondement.

14. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. ()"

15. M. et Mme D déclarent vivre en France depuis le mois de février 2023. Il ressort des pièces produites qu'ils œuvrent à leur insertion dans la société française où ils ont scolarisé leur fils aîné, actuellement en seconde professionnelle, et où ils accomplissent les démarches de soins de leur fille A. Toutefois, à la date de la décision contestée, la famille D n'était en France que depuis dix-sept mois. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'enfant A ne pourrait pas bénéficier au Kosovo des soins adaptés à son état. Par suite, le refus de titre de séjour opposé à M. et Mme D n'a pas porté à leur droit au respect de leur vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance, par cette décision, des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés doit être écarté. Pour les mêmes motifs, cette décision n'est pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de M. et Mme D.

16. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation des refus de titre opposés à Mme et M. D doivent être rejetées.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français et la décision fixant le pays de renvoi :

17. En premier lieu, les refus de titre n'étant pas annulés, la décision d'éloignement et celle fixant le pays de renvoi ne peuvent faire l'objet d'une annulation par voie de conséquence.

18. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants: () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3o ()" A ceux de l'article L.542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version issue de la loi n°2024-42 du 26 janvier 2024 : " () Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la signature de celle-ci. Dans le cas où il est statué par ordonnance, l'autorité administrative ne peut engager l'exécution de la décision portant obligation de quitter le territoire français du demandeur d'asile dont le droit au maintien a pris fin qu'à compter de la date de notification de l'ordonnance."

19. Il ressort des pièces du dossier que la Cour nationale du droit d'asile a rejeté les recours des époux D par ordonnances du 23 mai 2024. Les décisions d'éloignement, qui sont postérieures à la signature de ces ordonnances, ne méconnaissent pas les dispositions susvisées.

20. En troisième lieu, pour les motifs indiqués au point 13, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être pareillement écartés.

21. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant :" dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. " Ces stipulations sont applicables à toute décision affectant de manière suffisamment directe et certaine, la situation d'un enfant mineur.

22. Les requérants soutiennent que les décisions contestées méconnaissent l'intérêt supérieur de l'enfant A au regard de son état de santé. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'enfant ne pourrait pas bénéficier au Kosovo des soins adaptés à son état. Par ailleurs, les décisions contestées n'ont pas pour effet de la séparer de ses parents. Par suite, les décisions contestées ne méconnaissent pas les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

23. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français./ Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français..". A ceux de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. ".

24. Il ressort des pièces du dossier que M. et Mme D résidaient avec leurs enfants en France depuis dix-sept mois à la date des décisions contestées, qu'ils ont été déboutés de leurs demandes d'asile, qu'ils ont entamé des démarches d'insertion, de scolarisation et de soins pour leurs deux enfants mineurs, qu'ils n'ont jamais fait l'objet de mesures d'éloignement et ne représentant pas une menace pour l'ordre public. Dans ces conditions, en faisant interdiction à M. et Mme D de retourner sur le territoire français durant un an, le préfet a fait une inexacte application de l'article L.612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

25. Par suite, et sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens d'annulation de ces décisions, les interdictions de retour prononcées à l'encontre de Mme et M. D doivent être annulées.

26. La présente décision n'implique pas de mesure d'exécution. Les conclusions d'injonction seront par suite rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

27. L'Etat ne pouvait être regardé comme partie perdante pour l'essentiel, les conclusions de Me Albertin tendant à l'application de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er :Mme et M. D sont admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 :Les décisions du 19 juin 2024 par lesquelles le préfet de la Drôme a interdit à Mme et à M. D le retour sur le territoire français pour une durée de douze mois sont annulées.

Article 3 :Le surplus des requêtes de Mme et M. D est rejeté.

Article 4 :Les conclusions de Me Albertin tendant à l'application des dispositions de l'article de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sont rejetées.

Article 5 :Le présent jugement sera notifié à Mme E D, à M. B D, à Me Albertin et au préfet de la Drôme.

Délibéré après l'audience du 12 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Sauveplane, président,

- Mme Letellier, première conseillère,

- Mme Aubert, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 décembre 2024.

La rapporteure,

E. Aubert

Le président,

M. Sauveplane

La greffière,

C. Jasserand

La République mande et ordonne au préfet de la Drôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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