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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2406917

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2406917

jeudi 26 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2406917
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantLAUMET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 septembre 2024 et un mémoire du 24 septembre 2024, la société par actions simplifiée (SAS) Balme, représentée par Me Laumet, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension des décisions implicite du 15 juillet 2024 et 10 août 2024 du maire de la commune de Manigod refusant la délivrance d'un certificat de permis de construire modificatif tacite formulée le 15 mai 2024 (n° PCM PC 074 160 21 X0035 M01), jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;

2°) d'enjoindre à la commune de Manigod de délivrer sous quinzaine ledit certificat, le tout sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Manigod une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- il y a urgence : elle a déjà engagé d'importants frais d'acquisition du terrain d'assiette ; si elle dispose du permis de construire initial, elle n'est plus en mesure de réaliser ce projet dans son entier ;

- en l'absence de réponse de la part de la commune de Manigod, depuis le 26 janvier 2024, elle est titulaire d'une autorisation tacite à la suite de l'instruction de sa demande de permis de construire modificatif et la commune a l'obligation de lui délivrer un certificat en application de l'article R. 424-13 du code de l'urbanisme ;

- un courriel de la commune sans être une lettre électronique recommandée et sans accusé de réception ne constitue pas une notification régulière au sens du code de l'urbanisme et l'article R. 423-48 qui permettait un envoi par voie électronique a été abrogé en 2021 soit avant la date du permis de construire modificatif ; la commune ne dispose pas du téléservice prévu à l'article L. 423-3 du code de l'urbanisme ; il ressort du formulaire CERFA du PCM que la SAS Balme ne voulait pas les demandes de pièces complémentaires en version dématérialisée, a fortiori les notifications de permis de construire modificatif.

Par un mémoire en défense enregistré le 24 septembre 2024, la commune de Manigod, représentée par Me Philippe, conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- la décision implicite de rejet du 15 août 2024, née de la seconde demande de certificat formée le 7 juin 2024, est une décision purement confirmative de la décision implicite de rejet du 15 juillet 2024 ;

- la condition d'urgence fait défaut dès lors que la prétendue impossibilité pour la société requérante de réaliser son projet initial n'est à aucun moment démontrée, d'autre part, la situation d'urgence invoquée ne résulte en aucun cas du défaut de certificat litigieux mais bien de l'incapacité de la SAS Balme à réaliser le projet initial dont les causes alléguées sont parfaitement étrangères à la commune ;

- un arrêté de refus de permis de construire modificatif a été transmis à la société requérante : aucun permis de construire modificatif tacite n'a pu naitre.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 12 septembre 2024 sous le numéro 2406915 par laquelle société Balme demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président a désigné M. Sauveplane, vice-président, pour statuer sur les demandes en référé.

Au cours de l'audience publique tenue le 25 septembre 2024 en présence de Mme Jasserand, greffier d'audience, M. Sauveplane a lu son rapport et entendu Me Laumet, représentant la SAS Balme et Me Philippe pour la commune de Manigod.

Considérant ce qui suit :

1. La SAS Balme a sollicité un permis de construire, enregistré sous le n° PC 074 160 21 X0035, qui lui a été accordé le 6 septembre 2022. Elle a déposé le 13 juillet 2023 une demande de permis de construire modificatif et le service instructeur a sollicité des pièces complémentaires le 7 août 2023 qui lui ont été remises le 26 octobre 2023. En l'absence de réponse de la part de la commune de Manigod depuis le 26 janvier 2024, la SAS Balme a estimé être titulaire d'un permis tacite à la suite de l'instruction de sa demande de permis de construire modificatif. Elle a sollicité par deux courriers des 15 mai 2024 et 7 juin 2024 auprès de la commune, après l'écoulement du délai de retrait de trois mois, prévu à l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme, le certificat de permis tacite prévu à l'article R. 424-13 du code de l'urbanisme. Le maire de la commune de Manigod a implicitement rejeté cette demande.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

S'agissant de la condition tendant à l'urgence :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () " A ceux de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique. () "

3. Aux termes de l'article L. 600-3 du code de l'urbanisme : " Un recours dirigé contre une décision de non-opposition à déclaration préalable ou contre un permis de construire, d'aménager ou de démolir ne peut être assorti d'une requête en référé suspension que jusqu'à l'expiration du délai fixé pour la cristallisation des moyens soulevés devant le juge saisi en premier ressort. / La condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative est présumée satisfaite. () Lorsqu'une personne autre que celles mentionnées à l'alinéa précédent défère une décision relative à un permis de construire ou d'aménager et assortit son recours d'une demande de suspension, le juge des référés statue sur cette demande dans un délai d'un mois. "

4. La présomption d'urgence posée par l'article L. 600-3 du code de l'urbanisme ne s'applique qu'aux recours dirigés contre une décision de non-opposition à déclaration préalable ou contre un permis de construire mais ne s'applique pas, en revanche, aux refus de certificat de permis de construire tacite. Il revient donc au pétitionnaire qui conteste un tel refus qui lui a été opposé, de justifier de la condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative.

5. En principe, cette condition d'urgence doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

6. Il résulte de l'instruction que la SAS Balme a fait l'acquisition du terrain d'assiette de la construction autorisée par le permis de construire initial du 6 septembre 2022 et que des contrats de réservation ont été signés pour des appartements à construire. Elle soutient que le permis de construire initial ne peut plus être exécuté pour des questions économiques et a besoin du permis de construire modificatif pour engager les travaux et amortir les frais déjà engagés. Par suite, la condition d'urgence doit être regardée comme remplie.

S'agissant de la condition tendant à l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

7. D'une part, aux termes de l'article R. 424-13 du code de l'urbanisme : " En cas de permis tacite ou de non-opposition à un projet ayant fait l'objet d'une déclaration, l'autorité compétente en délivre certificat sur simple demande du demandeur, du déclarant ou de ses ayants droit "

8. D'autre part, aux termes de l'article R. 424-1 du code de l'urbanisme : " A défaut de notification d'une décision expresse dans le délai d'instruction déterminé comme il est dit à la section IV du chapitre III ci-dessus, le silence gardé par l'autorité compétente vaut, selon les cas : b) Permis de construire, permis d'aménager ou permis de démolir tacite. " A ceux de l'article R. 424-10 du même code : " La décision accordant ou refusant le permis ou s'opposant au projet faisant l'objet d'une déclaration préalable est notifiée au demandeur par lettre recommandée avec demande d'avis de réception postal. "

9. Selon l'article R. 424-1 du code de l'urbanisme, et sous réserve des exceptions prévues par ce code, le silence gardé par l'autorité compétente au terme du délai d'instruction sur une déclaration préalable ou une demande de permis au titre du code de l'urbanisme vaut, selon les cas, décision tacite de non-opposition à cette déclaration ou permis tacite de construire, d'aménager ou de démolir. Il en résulte que l'auteur d'une déclaration préalable ou d'une demande de permis est réputé être titulaire d'une décision de non opposition ou d'un permis tacite si aucune décision ne lui a été notifiée avant l'expiration du délai réglementaire d'instruction de son dossier. En revanche, la notification par lettre recommandée avec accusé de réception d'une telle décision avant le terme du délai réglementaire d'instruction fait obstacle à la naissance d'une décision implicite de non-opposition à déclaration préalable ou d'un permis tacite.

10. En l'état de l'instruction, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 424-13 du code de l'urbanisme, en raison de l'absence de notification régulière de l'arrêté du 13 décembre 2023 du maire de la commune refusant le permis de construire modificatif, est de nature à faire naitre un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée. Par suite, les conclusions aux fins de suspension de l'exécution de la décision attaquée doivent être accueillies.

Sur les conclusions d'injonction :

11. Il y a lieu d'enjoindre à la commune de Manigod de délivrer à la SAS Balme, à titre provisoire, le certificat de permis de construire modificatif n° PC 074 160 21 X0035 M01 prévu à l'article R. 424-13 du code de l'urbanisme, dans un délai de 15 jours à compter de la notification de la présente décision, sans qu'il soit besoin de prononcer une astreinte à ce stade.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

12. Il y a lieu de mettre à la charge de la commune de Manigod, partie perdante, la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. En revanche, ces dispositions font obstacle aux conclusions de la commune de Manigod dirigées contre la société requérante qui n'est pas, dans la présente instance de référé, la partie perdante.

O R D O N N E :

Article 1er :L'exécution de la décision implicite du maire de la commune de Manigod refusant de délivrer à la SAS Balme un certificat de permis de construire modificatif tacite est suspendue.

Article 2 :Il est enjoint à la commune de Manigod de délivrer à la SAS Balme, à titre provisoire, un certificat de permis de construire modificatif n° PC 074 160 21 X0035 M01, dans un délai de 15 jours à compter de la notification de la présente décision.

Article 3 :La commune de Manigod versera à la SAS Balme la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 :Les conclusions de la commune de Manigod tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées et le surplus des conclusions de la requête de la SAS Balme est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à la SAS Balme et à la commune de Manigod.

Fait à Grenoble, le 26 septembre 2024.

Le juge des référés,

M. Sauveplane

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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