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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2407014

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2407014

lundi 7 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2407014
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantCOUTAZ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête enregistrée le 16 septembre 2024 sous le n°2407020, M. C, représenté par Me Coutaz, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision implicite par laquelle le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un certificat de résidence ;

2°) d'enjoindre au préfet de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois, et dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai de 2 jours à compter de la notification de l'ordonnance à venir, sous astreinte de 20 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de l'urgence :

- l'urgence est présumée en matière de refus de renouvellement de titre de séjour et dépourvu de récépissé l'autorisant à travailler, il ne peut pas justifier de la régularité de son séjour auprès de son employeur pour ne pas perdre son emploi ;

S'agissant des moyens de nature à faire naître un doute sérieux sur la légalité de la décision :

- la décision est entachée d'un vice de procédure tiré de l'article L. 432-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour ;

- la décision méconnaît l'article 7bis F de l'accord franco-algérien ;

- la décision méconnaît l'article 6-1 et 6-5 de l'accord franco-algérien ;

- la décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

II. Par une requête enregistrée le 16 septembre 2024 sous le n°2407014, Mme C, représentée par Me Coutaz, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision implicite par laquelle le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un certificat de résidence ;

2°) d'enjoindre au préfet de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois, et dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai de 2 jours à compter de la notification de l'ordonnance à venir, sous astreinte de 20 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

S'agissant de l'urgence :

- l'urgence est présumée concernant une demande de renouvellement de titre de séjour et elle ne peut ni voyager, ni chercher un emploi, ni justifier de son droit au séjour en cas de contrôle ;

S'agissant des moyens de nature à faire naître un doute sérieux sur la légalité de la décision :

- la décision est entachée d'un vice de procédure tiré de l'article L. 432-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour ;

- la décision méconnaît l'article 6-5 de l'accord franco-algérien ;

- la décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 septembre 2024, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que l'urgence n'est pas caractérisée puisque la requérante possède un récépissé.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- les requêtes en annulation enregistrées sous les n°2407011 et 2407017.

Vu :

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme B pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience publique du 3 octobre 2024 au cours de laquelle ont été entendus :

- le rapport de Mme B ;

- les observations de Me Coutaz, pour M. et Mme C.

La clôture de l'instruction a été repoussée au 3 octobre à 17h00.

Des notes en délibéré ont été produites pour M. et Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant algérien né en 1973, est entré en France en 2000 et a obtenu le bénéfice de l'asile le 25 février 2005. Alors marié à une ressortissante française, il a sollicité le 5 septembre 2016 sa naturalisation. Le 5 janvier 2017, il a divorcé et a épousé, le 31 juillet 2017, Mme E. Le 1er février 2018, il a obtenu la naturalisation avant que la nationalité française lui soit retirée par décret du 1er juillet 2022. Le 19 décembre 2022, il a remis sa carte d'identité française à l'administration, a sollicité la délivrance d'une carte de résident de 10 ans et s'est vu remettre des récépissés. Mme C, quant à elle, est entrée en France le 23 mars 2022 et a sollicité la délivrance d'un titre de séjour " vie privée et familiale " qui lui a été accordé le 18 octobre 2022. Le 23 octobre 2023, elle a sollicité le renouvellement de ce titre et s'est vu remettre un récépissé dont la validité expirait le 22 avril 2024. Par les présentes requêtes, M. et Mme C demandent, au juge des référés, d'ordonner la suspension des décisions du préfet de l'Isère par lesquelles il a implicitement refusé de leur délivrer un certificat de résidence de 10 ans et 1 an. Ces requêtes présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune, il y a lieu de les joindre pour statuer par une seule ordonnance.

Sur la demande de suspension d'exécution :

2. L'article L. 521-1 du code de justice administrative permet au juge des référés d'ordonner la suspension de l'exécution d'une décision administrative ou de certains de ses effets lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision.

En ce qui concerne la condition d'urgence :

3. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence est en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant d'établir la réalité de circonstances particulières qui justifient que la condition d'urgence soit regardée comme remplie.

4. En l'espèce, le préfet ne démontre aucunement que Mme C se soit vue délivrer un récépissé de demande de titre de séjour, circonstance qui serait de nature à faire obstacle à la reconnaissance d'une urgence à suspendre. Le seul document produit est un récépissé délivré à M. C valable jusqu'au 15 décembre 2024 mais qui n'autorise pas son titulaire à travailler. Or M. et Mme C font valoir, sans aucune contestation sur ces points, que les décisions en cause leur ont fait perdre leur droit au travail et place leur famille dans une situation de précarité. Dans ces circonstances, la condition d'urgence est remplie.

En ce qui concerne la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée :

5. En l'état de l'instruction, le moyen tiré de ce que les décisions attaquées méconnaissent les dispositions de l'article 6-5° de l'accord franco-algérien et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité des décisions en litige. Par suite, il y a lieu d'ordonner la suspension de l'exécution des décisions implicites refusant la délivrance de certificats de résidence à M. et Mme C.

Sur les conclusions d'injonction :

6. La présente décision implique qu'il soit enjoint au préfet de l'Isère de délivrer, à titre provisoire jusqu'au jugement de fond, un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " à M. et Mme C dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance et, dans l'attente, de leur délivrer un document provisoire justifiant de la régularité de leur séjour et les autorisant à travailler dans un délai de cinq jours à compter de la notification de la présente ordonnance. En revanche, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais d'instance :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à M. et Mme C au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er :L'exécution des décisions implicites du préfet de l'Isère est suspendue.

Article 2 :Il est enjoint au préfet de l'Isère de délivrer, à titre provisoire, un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " à M. et Mme C dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance et, dans l'attente, de leur délivrer un document provisoire justifiant de la régularité de leur séjour et les autorisant à travailler dans un délai de cinq jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 3 :L'Etat versera à M. et Mme C une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 :La présente ordonnance sera notifiée à M. et Mme C et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au préfet de l'Isère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 octobre 2024.

Le juge des référés,

J. B

Le greffier,

G. Morand

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2407020 ; 2407014

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