Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2407045

jeudi 3 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2407045
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantBORGES DE DEUS CORREIA

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Grenoble, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension des décisions implicites du préfet de l'Isère refusant à M. B la délivrance d'un récépissé et d'un titre de séjour. Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas remplie, malgré la naissance récente de sa fille française, en raison de l'absence de circonstances particulières et de la perception de prestations sociales. La requête a été rejetée sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 17 septembre 2024, M. C B, représenté par Me Borges de Deus Correia, demande au juge des référés :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) de suspendre l'exécution des décisions implicites du préfet de l'Isère refusant, d'une part, de lui délivrer une attestation de prolongation d'instruction ou un récépissé de sa demande de titre de séjour, d'autre part, de lui délivrer un titre de séjour ;

3°) d'enjoindre au préfet, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, à compter de la décision à intervenir, de lui délivrer une attestation de prolongation d'instruction ou un récépissé de demande de titre de séjour ; d'enjoindre au préfet, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale ", à défaut de réexaminer sa situation administrative et de lui notifier une nouvelle décision ;

4°) de condamner l'Etat au versement d'une somme de 1 500 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie ;

- le refus d'attestation de prolongation d'instruction ou de récépissé de demande de titre de séjour est entaché d'erreur de droit au regard des articles R. 431-12, R. 431-14 et R. 431-15-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de l'article 6-4 de l'accord franco-algérien, de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le refus de titre de séjour est entaché de vice de procédure, faute de saisine préalable de la commission du titre de séjour et méconnaît l'article 6-4 de l'accord franco-algérien, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

La requête a été communiqué au préfet de l'Isère qui n'a produit aucun écrit en défense.

Vu :

- la décision du président du tribunal désignant M. A, magistrat honoraire, comme juge des référés ;

- la requête en annulation enregistrée sous le n° 2407047 ;

- les autres pièces du dossier ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience publique du 3 octobre 2024 à 10 heures au cours de laquelle ont été entendus Me Mathis, substituant Me Borges de Deus Correia, ainsi que M. B.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. En raison de l'urgence s'attachant aux procédures de référé, il y a lieu d'admettre provisoirement M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

2. L'article L. 521-1 du code de justice administrative permet au juge des référés d'ordonner la suspension de l'exécution d'une décision administrative ou de certains de ses effets lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision.

3. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Dans le cas d'un rejet d'une première demande, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier, à très bref délai, d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.

4. En l'espèce, si M. B est père d'une fille française née le 4 septembre 2023, ce seul fait ne constitue pas une circonstance particulière pouvant caractériser l'urgence à saisir le juge des référés d'un refus de première demande de titre de séjour, d'autant, d'une part, que la famille perçoit des prestations sociales pour un montant mensuel de 1 515 euros et, d'autre part, que le requérant dit être présent en France depuis près de sept ans, sans justifier de la moindre tentative pour régulariser sa situation. Dans ces conditions, la requête de M. B doit être rejetée dans l'ensemble de ses conclusions pour défaut d'urgence.

O R D O N N E

Article 1er :M. B est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 :La requête de M. B est rejetée.

Article 3 :La présente ordonnance sera notifiée à M. C B, à Me Borges de Deus Correia et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au préfet de l'Isère.

Fait à Grenoble, le 3 octobre 2024.

Le juge des référés,

C. A

La greffière,

M. D

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2407045