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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2407068

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2407068

mardi 19 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2407068
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantMIRAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 17 septembre 2024, M. A, représenté par Me Miran, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 5 juillet 2024 par lequel le préfet de la Savoie a refusé de l'admettre au séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Savoie à titre principal de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de 2 mois à compter du jugement, ou à titre subsidiaire de réexaminer la situation du requérant et dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans les 15 jours de la notification du jugement ;

3°) d'accorder l'aide juridictionnelle provisoire et de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et en application de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 à verser à Me Miran, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- le signataire de l'acte était incompétent ;

- l'arrêté est insuffisamment motivé ;

- le préfet n'a pas fait un examen particulier de la situation du requérant ;

- le refus de titre de séjour est entaché d'erreur de droit : le préfet n'a examiné sa demande qu'au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors qu'il avait formulé une demande au titre de la vie privée et familiale de l'article L. 423-23 et à titre subsidiaire au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le refus de titre de séjour méconnait l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le refus de titre de séjour méconnait l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'obligation de quitter le territoire français doit être annulée par voie de conséquence de l'illégalité du refus de titre de séjour ;

- l'obligation de quitter le territoire français méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 18 octobre 2024, le préfet de la Savoie conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête de M. A ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 18 septembre 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 22 octobre 2024.

Vu la décision attaquée et les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Sauveplane,

- et les observations de Me Huard, substituant Me Miran, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant de nationalité guinéenne, est arrivé en France en janvier 2016 et a été pris en charge par l'aide sociale à l'enfance en qualité de mineur isolé. Il a déposé auprès du préfet de la Savoie une demande de titre de séjour sur le fondement de la vie privée et familiale sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile une demande d'admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du même code. Par arrêté du 5 juillet 2024, le préfet de la Savoie a refusé de l'admettre au séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ".

3. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions d'annulation :

4. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ". Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi () ".

5. M. A est présent en France depuis 2016, soit depuis 8 ans, il a suivi ses études en France et a obtenu un CAP, il a travaillé sous contrat à durée indéterminée de 2019 à 2023 et il vit en concubinage avec une compatriote qui a donné naissance à un enfant et n'a plus d'attache dans son pays d'origine. Par suite, en refusant de l'admettre au séjour à titre exceptionnel au travail, le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation et méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, il y a lieu d'accueillir le moyen et d'annuler l'arrêté du 5 juillet 2024 du préfet de la Savoie.

Sur les conclusions d'injonction :

6. L'exécution de la présente décision implique nécessairement que le préfet de la Savoie délivre à M. A un titre de séjour " salarié " dans un délai de 2 mois.

Sur les frais du procès :

7. L'Etat, partie perdante, versera à Me Miran la somme de 1000 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que M. A soit définitivement admis à l'aide juridictionnelle et que Me Miran renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis provisoirement à l'aide juridictionnelle.

Article 2 :L'arrêté du 5 juillet 2024 du préfet de la Savoie est annulé.

Article 3 :Il est enjoint au préfet de la Savoie de délivrer à M. A un titre de séjour " salarié " dans un délai de 2 mois.

Article 4 :L'Etat versera à Me Miran la somme de 1000 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que M. A soit définitivement admis à l'aide juridictionnelle et que Me Miran renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 5 :Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Me Miran et au préfet de la Savoie.

Délibéré après l'audience du 12 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Sauveplane, président,

- Mme D, première-conseillère,

- Mme B, première-conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 novembre 2024.

Le président-rapporteur,

M. Sauveplane

L'assesseure la plus ancienne,

C. D

La greffière,

C. Jasserand

La République mande et ordonne au préfet de la Savoie en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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