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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2407086

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2407086

jeudi 5 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2407086
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre
Avocat requérantDJINDEREDJIAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 17 septembre 2024, Mme A B, représentée par Me Djinderedjan, demande au tribunal :

1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du l'arrêté du 2 août 2024 par lequel le préfet de la Haute-Savoie a refusé de lui délivrer un titre de séjour et a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours laquelle fixe le pays de destination ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Savoie de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans les meilleurs délais à compter de la notification à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions d'astreinte sous un délai d'un mois ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros en application des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- l'arrêté est entaché de l'incompétence de son auteur ;

- il méconnait l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 octobre 2024, le préfet de la Haute-Savoie conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique Mme Barriol a lu son rapport, en l'absence des parties.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, née le 10 mars 1991, de nationalité nigériane est entrée irrégulièrement sur le territoire français le 9 juin 2018. Elle a sollicité, le 22 juin 2018, le statut de réfugié auprès des services de la préfecture de 1'Isère. Saisies le 7 août 2018 d'une demande de prise en charge de la demande de l'intéressée, sur le fondement de l'article 18-1 b du règlement UE n° 604/2013 du 26 juin 2013, les autorités italiennes ont accepté leur responsabilité par un accord implicite intervenu le 21 août 2018. Par un arrêté du 16 octobre 2018, le préfet de la Haute-Savoie a ordonné sa remise aux autorités italiennes. Le recours formé contre cette décision a été rejeté par un jugement du tribunal administratif de Grenoble le 29 novembre 2018. La France est devenue responsable de la demande d'asile de Mme B le 21 juin 2019. Le 15 mai 2020, l'office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) a rejeté se demande d'asile tout comme la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 6 décembre 2022. Le 22 juillet 2022, Mme B a déposé une demande de titre de séjour au regard de l'état de santé de son fils. Elle a obtenu deux autorisations provisoires de séjour sur la période du 14 décembre 2022 au 1er décembre 2023. Le 13 octobre 2023, l'intéressée a sollicité le renouvellement de son titre de séjour. Par l'arrêté contesté du 2 août 2024, le préfet de la Haute-Savoie a rejeté sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Au regard de l'urgence, il y a lieu d'admettre provisoirement Mme A B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions d'annulation :

3. En premier lieu, M. David-Anthony Delavoët, secrétaire général de la préfecture de la Haute-Savoie, disposait d'une délégation de signature, consentie par un arrêté du 15 décembre 2022 publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de la Haute-Savoie. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté contesté doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile " Les parents étrangers de l'étranger mineur qui remplit les conditions prévues à l'article L. 425-9, ou l'étranger titulaire d'un jugement lui ayant conféré l'exercice de l'autorité parentale sur ce mineur, se voient délivrer, sous réserve qu'ils justifient résider habituellement en France avec lui et subvenir à son entretien et à son éducation, une autorisation provisoire de séjour d'une durée maximale de six mois. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / Cette autorisation provisoire de séjour ouvre droit à l'exercice d'une activité professionnelle. / Elle est renouvelée pendant toute la durée de la prise en charge médicale de l'étranger mineur, sous réserve que les conditions prévues pour sa délivrance continuent d'être satisfaites. /Elle est délivrée par l'autorité administrative, après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans les conditions prévues à l'article L. 425-9. " Ce dernier article dispose : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. () ".

5. Sous réserve des cas où la loi attribue la charge de la preuve à l'une des parties, il appartient au juge administratif, au vu des pièces du dossier, et compte-tenu, le cas échéant, de l'abstention d'une des parties à produire les éléments qu'elle est seule en mesure d'apporter et qui ne sauraient être réclamés qu'à elle-même, d'apprécier si l'état de santé d'un étranger nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve de l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La partie qui justifie d'un avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, s'il peut ou non bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

6. Par un avis du 5 mars 2024, le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a estimé que l'état de santé de l'enfant de Mme B nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut ne devrait toutefois pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité et, qu'au vu des éléments de son dossier, il peut voyager sans risque vers son pays d'origine. Il ressort des pièces du dossier que l'enfant de Mme B, qui a accepté de lever le secret médical, souffre d'un trouble du spectre autistique. Il a bénéficié d'un suivi pluridisciplinaire par le centre d'action médicosociale précoce, qui a cessé lorsqu'il a atteint l'âge de six ans soit le 11 juillet 2024. Le bilan du 22 février 2024 établi par le médecin de cette structure envisage une orientation vers un institut médico-éducatif. La maison départementale des personnes handicapées de Haute-Savoie a attribué pour cet enfant une allocation d'éducation de l'enfant handicapé et une orientation vers un service d'éducation spéciale et de soins à domicile. Toutefois, si Mme B fait valoir qu'une telle prise en charge est impossible au C, ni les divers certificats médicaux produits, ni l'article de presse versé au dossier faisant état d'un nombre insuffisant de psychiatre dans son pays d'origine, ni les autres pièces produites ne permettent de remettre en cause l'appréciation portée par le préfet de la Haute-Savoie sur la base de l'avis du collège des médecins de l'OFII selon laquelle le défaut de prise en charge ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Ce seul motif était de nature à justifier le refus de titre de séjour en litige sans qu'il soit besoin d'apprécier l'accessibilité aux soins. Enfin, la circonstance que le collège des médecins de l'OFII a précédemment dans un avis du 26 octobre 2022 indiqué que l'état de santé de l'enfant pouvait entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité n'est pas contradictoire compte tenu de l'âge de l'enfant, qui avait moins de six ans et était pris en charge par le centre d'action médicosociale précoce. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

8. Ainsi qu'il a été dit ci-dessus, bien que l'enfant de Mme B souffre d'un trouble autistique nécessitant un suivi pluridisciplinaire dont il bénéficie en France, il n'est pas établi que le défaut de prise en charge médicale de l'autisme dont il est atteint est susceptible d'entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité pour lui. Dans ces conditions, la requérante n'est pas fondée à soutenir qu'en prenant l'arrêté attaqué, le préfet de la Haute-Savoie aurait fait une inexacte application des stipulations citées au point précédent.

9. D'autre part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".

10. Mme B, entrée en France le 9 juin 2018, selon ses déclarations, résidait sur le territoire français depuis plus de six ans à la date de l'arrêté attaqué en raison de l'examen de sa demande d'asile et des soins prodigués à son fils. Ainsi qu'il a été dit précédemment il n'est pas établi que le défaut de prise en charge médicale en France de son fils, qui bénéficie d'un suivi pluridisciplinaire et notamment orthophoniste et d'une scolarisation en milieu ordinaire dans des conditions adaptées avec accompagnement, aura des conséquences d'une exceptionnelle gravité pour lui de sorte que Mme B ne saurait se prévaloir de l'insuffisante prise en charge de son fils au C. Il ne ressort pas des pièces du dossier que l'intéressée a développé des liens personnels ou amicaux d'une particulière intensité sur le territoire français. Elle n'établit pas être dépourvue d'attaches personnelles au C où elle a vécu jusqu'à l'âge de vingt-sept ans et où elle conserve nécessairement des attaches. Dans ces conditions, et alors même qu'elle justifie d'une formation de 85 heures en langue française et qu'elle a exercé une activité professionnelle d'agent d'entretien du 3 février au 22 décembre 2023, le préfet de la Haute-Savoie, en refusant de lui délivrer un titre de séjour n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels cette décision a été prise. Il n'a ainsi pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de Mme B à fin d'annulation doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction et sur les frais d'instance :

12. Les conclusions à fin d'annulation de Mme B devant être rejetées, il s'ensuit que doivent l'être également, ses conclusions à fin d'injonction, puisque la présente décision n'appelle ainsi aucune mesure d'exécution.

13. Ses conclusions tendant à ce que soit mise à charge de préfet de la Haute-Savoie une somme en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 visée ci-dessus doivent également être rejetées, ces dispositions faisant obstacle à ce que le tribunal fasse bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge.

D E C I D E :

Article 1er : Mme B est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de Mme B est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet de la Haute-Savoie.

Délibéré après l'audience du 21 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Thierry, président,

Mme Barriol, première conseillère,

Mme Galtier, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 décembre 2024.

La rapporteure,

E. Barriol

Le président,

P. ThierryLa greffière,

A. Zanon

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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