Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2407102

jeudi 3 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2407102
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantMARGAT

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Grenoble, statuant en référé, a suspendu l'exécution de la décision implicite du préfet de l'Isère refusant la délivrance d'un titre de séjour à M. C, ressortissant tunisien entré en France en 2018 via le regroupement familial. Le juge a estimé que la condition d'urgence était remplie, le refus plaçant le requérant en situation irrégulière, et que les moyens tirés de la violation de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'erreur manifeste d'appréciation étaient propres à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision. Il a enjoint au préfet de délivrer un récépissé de demande de titre de séjour autorisant le travail sous huit jours, sans astreinte, et a condamné l'État à verser 600 euros au titre de l'aide juridictionnelle.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 18 septembre 2024, M. B C, représenté par Me Margat, demande au juge des référés :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) de suspendre l'exécution de la décision implicite du préfet de l'Isère lui refusant la délivrance d'un titre de séjour ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de réexaminer sa situation sous huit jours et de lui délivrer dans l'attente, sous 48 heures à compter de la notification de l'ordonnance renouvelable jusqu'à délivrance du titre de séjour ou qu'il statué au fond sur sa demande, une autorisation provisoire de séjour ou une attestation de prolongation d'instruction, ceci sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

4°) de condamner l'Etat au versement d'une somme de 1 000 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie ;

- la décision est entachée de défaut de motivation et d'examen de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les articles 5 et 12 de l'accord franco-tunisien ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiquée au préfet de l'Isère qui n'a produit aucun écrit en défense.

Vu :

- la décision du président du tribunal désignant M. A, magistrat honoraire, comme juge des référés ;

- la requête en annulation enregistrée sous le n° 2407077 ;

- les autres pièces du dossier ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-tunisien en matière de séjour et de travail du 17 mars 1988 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience publique du 3 octobre 2024 à 10 heures 45 au cours de laquelle ont été entendus Me Margat et M. C.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'aide juridictionnelle :

1. En raison de l'urgence s'attachant aux procédures de référé, il y a lieu d'admettre provisoirement M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur la demande de suspension d'exécution :

2. L'article L. 521-1 du code de justice administrative permet au juge des référés d'ordonner la suspension de l'exécution d'une décision administrative ou de certains de ses effets lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision.

3. M. C est entré en France en 2018, à l'âge de douze ans, par la voie du regroupement familial. Devenu majeur le 30 mars 2023, il a déposé une première demande de titre de séjour sur le site ANEF. A ce jour, il ne dispose d'aucune attestation de prolongation d'instruction, de sorte que sa demande a fait l'objet d'une décision implicite de refus de titre de séjour.

4. Compte tenu de la présence régulière sur le sol français de M. C depuis 2018, la condition d'urgence est remplie dès lors que le refus en litige a pour conséquence de le placer en situation irrégulière.

5. En l'état de l'instruction, les moyens tirés de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de l'article 10 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 et de l'erreur manifeste d'appréciation sont propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

6. Dans ces conditions, il y a lieu d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision implicite ayant rejeté la demande de titre de séjour de M. C.

Sur l'injonction :

7. La présente décision implique nécessairement qu'un récépissé de demande de titre de séjour autorisant M. C à travailler lui soit délivré. Il y a lieu de fixer au préfet de l'Isère un délai d'exécution de huit jours à compter de la date de notification de la présente décision. Il n'y a pas lieu, en revanche, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais d'instance :

8. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme de 600 euros à verser à Me Margat au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

O R D O N N E

Article 1er :M. C est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 :L'exécution de la décision implicite de rejet de la demande de titre de séjour de M. C est suspendue.

Article 3 :Il est enjoint au préfet de l'Isère de délivrer à M. C un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de huit jours suivant la notification de la présente décision.

Article 4 :L'Etat versera une somme de 600 euros à Me Margat au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 5 :La présente ordonnance sera notifiée à M. B C, à Me Margat et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au préfet de l'Isère.

Fait à Grenoble, le 3 octobre 2024.

Le juge des référés,

C. A

La greffière,

M. D

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2407102