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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2407112

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2407112

vendredi 4 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2407112
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantSCP JOSEPH AGUERA ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 17 septembre 2024 et 2 octobre 2024, le syndicat Force ouvrière CNPE du Tricastin et M. B, représentés par le Cabinet 41 - Société d'avocats, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner la suspension, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de l'exécution de la note technique D453424053799 du 17 juillet 2024 relative aux modalités en cas de grève pour les salariés en service continu et discontinu au sein du centre nucléaire de production d'électricité (CNPE) du Tricastin ;

2°) de mettre à la charge de la société Electricité de France la somme de 3 500 euros à verser au syndicat requérant au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- leur requête est recevable dès lors qu'elle est accompagnée d'une requête au fond, laquelle a été introduite dans le délai de recours contentieux ;

- la condition d'urgence est remplie dès lors que la note contestée emporte une violation manifeste par la direction du CNPE de son obligation de préserver la sécurité des salariés et une atteinte excessive portée à l'exercice de leur droit de grève, outre le délai de jugement prévisible de la requête au fond, et sans que l'intérêt public ne s'oppose à la mesure de suspension puisque le droit de grève resterait régi par la note antérieure ;

- la note litigieuse n'a pas été soumise à la consultation préalable du comité social et économique en violation des articles L. 2312-8 et L. 2312-14 du code du travail ;

- ils sont recevables à invoquer ce vice de procédure ;

- elle ne comporte pas la mention de la qualité de son signataire, en méconnaissance de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle a été édictée par une autorité incompétente ;

- elle contrevient à l'obligation de sécurité de l'employeur vis-à-vis de ses salariés dans ses dispositions prévues aux paragraphes 4.4 et 5.1.1.2.3 concernant le cochage dans l'outil informatique de la case " pris/rendu systématique au BDC " et celles prévues au paragraphe 5.1.1.2.4 relatif à la possibilité de mobiliser des salariés d'autres équipes à la place des grévistes en cours de quart ;

- elle porte une atteinte excessive au droit de grève des agents en ce que les paragraphes 5.1.1.2 et 5.1.1.2.1 méconnaissent le droit individuel des salariés de se déclarer grévistes à tout moment et en ce que le paragraphe 5.1.1.2.3 prévoit une retenue sur rémunération qui n'est pas proportionnée à la durée de l'arrêt de travail et constitue une sanction pécuniaire déguisée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er octobre 2024, la SA Electricité de France conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge des requérants la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'urgence n'est pas caractérisée ;

- les requérants ne sont pas recevables à se prévaloir de l'absence de consultation du comité social et économique ;

- les moyens soulevés ne sont pas de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige.

Vu :

- la requête en annulation enregistrée le 17 septembre 2024 sous le n° 2407113 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Constitution et notamment son préambule ;

- le code de l'énergie ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. L'Hôte pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 3 octobre 2024, en présence de Mme Rouyer, greffière :

- le rapport de M. L'Hôte, vice-président,

- les observations de Me Ouakrat, représentant le syndicat Force ouvrière CNPE du Tricastin et M. B, et celles de Me de la Brousse, représentant Electricité de France.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".

2. Le 17 juillet 2024, le directeur des ressources humaines du centre nucléaire de production d'électricité (CNPE) du Tricastin a approuvé une note fixant les modalités en cas de grève pour les salariés en service continu et discontinu. Le syndicat Force ouvrière CNPE du Tricastin et M. B, membre du comité social et économique, demandent la suspension de l'exécution de cette note dont ils mettent en cause la légalité de certaines dispositions.

3. En premier lieu, les moyens tirés du défaut de consultation préalable du comité social et économique, de l'absence de mention de la qualité du signataire de la note et de l'incompétence de son auteur, ne sont pas de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de cette note.

4. En deuxième lieu, le paragraphe 4.4 de la note énonce le principe selon lequel les salariés grévistes ne doivent pas manipuler les outils informatiques de manière à ralentir ou empêcher le travail des non-grévistes. Le paragraphe 5.1.1.2.3 précise à cet égard que les salariés de conduite en grève ne peuvent intervenir sur l'outil informatique pour modifier la coche " Pris/Rendu systématique au BDC " en dehors des règles établies par l'organisation du site. Le paragraphe 5.1.1.2.4 prévoit la possibilité de pourvoir au remplacement des salariés grévistes par des salariés non grévistes venant d'autres services ou d'autres postes pour certaines activités dont la définition, le suivi et la réalisation sont de la responsabilité du chef d'exploitation. En l'état de l'instruction, le moyen tiré de ce que ces dispositions seraient de nature à porter atteinte à la sécurité des salariés n'est pas de nature à faire naître un doute sérieux quant à leur légalité.

5. En troisième lieu, le paragraphe 5.1.1.2 prévoit que le positionnement comme gréviste ou non-gréviste et la durée individuelle de grève doivent être exprimés au cours de la première heure de quart et ne peuvent être modifiés en cours de quart compte tenu de l'affectation à des activités concernant la sûreté. Le paragraphe 5.1.1.2.1 fixe les modalités de constitution des équipes minimum, après que chaque salarié s'est déclaré gréviste ou non gréviste, et pose la règle selon laquelle l'horaire du début de grève est le même pour l'ensemble de l'équipe. En l'état de l'instruction, le moyen tiré de ce que ces dispositions porteraient une atteinte excessive au droit de grève et en particulier au droit individuel des salariés de se déclarer grévistes à tout moment, n'apparaît pas de nature à faire naître un doute sérieux quant à leur légalité.

6. En dernier lieu, le paragraphe 5.1.1.2.3 fixe les modalités de vote des salariés de l'équipe minimale sur le non-respect du programme lorsque les organisations syndicales ont appelé à une telle action et prévoit, dans le cas où le respect du programme est majoritairement approuvé par l'équipe, que son non-respect effectif " entraine pour tous les grévistes, quel que soit leur temps individuel de grève, une retenue sur rémunération pour toute la durée du quart ". Si les requérants soutiennent que la retenue sur salaire ainsi prévue n'est pas proportionnée à la durée de l'arrêt de travail et constitue une sanction pécuniaire déguisée, ils ne justifient d'aucune urgence à suspendre l'exécution de ces dispositions.

7. Il résulte de ce qui précède que la requête du syndicat Force ouvrière CNPE du Tricastin et de M. B doit être rejetée.

8. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge des requérants une somme en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête du syndicat Force ouvrière CNPE du Tricastin et de M. B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions d'Electricité de France présentées en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée au syndicat Force ouvrière CNPE du Tricastin, à M. A B et à la SA Electricité de France.

Fait à Grenoble, le 4 octobre 2024.

Le juge des référés,

V. L'HÔTE

La République mande et ordonne au préfet de la Drôme en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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